Francophonie: une histoire de chiffres et de réalités

«Si notre francophonie existe toujours dans 40 ans, elle sera portée non plus seulement par les enfants qui sont présentement dans nos écoles, mais aussi par tous ceux et toutes celles qui ont choisi de vivre une partie de leur vie en français, peu importe leur origine ou leur langue maternelle», affirme l'auteur.
Photo: Getty Images «Si notre francophonie existe toujours dans 40 ans, elle sera portée non plus seulement par les enfants qui sont présentement dans nos écoles, mais aussi par tous ceux et toutes celles qui ont choisi de vivre une partie de leur vie en français, peu importe leur origine ou leur langue maternelle», affirme l'auteur.

Dans une lettre publiée dans Le Devoir du jeudi 8 novembre (« Une nécessaire mise au point sur la francophonie canadienne »), François Charbonneau remet en cause l’utilisation, par notre organisme, du chiffre de 2,7 millions pour décrire le fait français dans les neuf provinces et trois territoires où se trouvent les communautés francophones et acadiennes que nous servons. Ce chiffre correspond à ceux et celles qui connaissent le français, qu’il s’agisse de leur langue maternelle ou non. La lettre de M. Charbonneau faisait écho au débat suscité par la mention de ces 2,7 millions à l’émission Tout le monde en parle dimanche dernier.

Dans ce débat, cette semaine, certains ont joint leur voix à celle de M. Charbonneau pour prôner des définitions plus restreintes de la francophonie. Il y en a même qui avancent que seuls ceux et celles qui ont le français comme langue maternelle, et ceux et celles qui parlent français le plus souvent à la maison, devraient figurer dans cette petite case statistique francophone.

Or, selon cette définition, trois des employés et employées de la FCFA ne sont plus des francophones. Deux sont nés respectivement au Burundi et au Chili et ont une autre langue maternelle que le français ; le troisième parle à égalité le français et l’anglais à la maison. Trouvez l’erreur.

Nous sommes en 2018. La francophonie a changé. Près de 30 % des francophones de la Colombie-Britannique et 26 % de ceux et celles de l’Alberta ne sont pas nés au Canada. Un nombre croissant de personnes de langue anglaise vivent en partie en français à la maison parce que leur conjoint ou conjointe est francophone et que leurs enfants fréquentent nos écoles.

Bien sûr que les 2,7 millions de personnes qui parlent le français ailleurs qu’au Québec ne s’identifient pas tous comme francophones. Mais ces parents de langue anglaise qui participent aux activités en français à l’école de leurs enfants, ces gens issus de l’immersion qui font la fête au Festival du voyageur à Saint-Boniface, participent-ils à la vie de la communauté francophone ? De plus en plus, la réponse est oui.

L’expérience quotidienne

La question n’est pas de savoir s’ils sont francophones ou non. La question est de savoir si, peu importe comment ils s’identifient eux-mêmes, ils font partie de cette expérience quotidienne qui s’appelle la francophonie. Qui sommes-nous pour statuer sur leur appartenance ? Qui sommes-nous pour trier qui se situe à l’extérieur plutôt qu’à l’intérieur ?

Si on nous donne le choix entre deux statistiques foncièrement imparfaites pour dépeindre tout le spectre des façons de s’identifier à la francophonie ou d’y participer, nous ferons toujours le choix de la plus inclusive. C’est une question d’ouverture. Une question de non plus uniquement protéger la francophonie, mais aussi la partager.

Différentes statistiques dépeignent différentes facettes d’une réalité et sont utiles dans différents contextes. Autour du noyau dur formé de 1,1 million de personnes pour qui le français est la principale langue de communication, peu importe leur langue maternelle, il y a ce fruit de 1,6 million de personnes qui ont appris le français et l’utilisent beaucoup, modérément ou un peu dans la vie quotidienne. Le potentiel de croissance de la francophonie, il est là. Et dans le cas qui nous occupe, le public de Radio-Canada et de l’émission Tout le monde en parle — qui, à ce que l’on sache, n’a pas comme mandat de s’adresser aux seuls francophones de langue maternelle —, il est là.

Utiliser ce chiffre ne revient pas à nier le défi majeur de l’assimilation. Pas plus que de corriger les propos de Denise Bombardier sur la disparition de nos communautés ne revient à dire que tout va bien en francophonie. Trouver des solutions à ce défi majeur ? Oui, absolument, et nous y travaillons chaque jour. Continuer d’exclure systématiquement les immigrants et immigrantes qui ont choisi le français, les gens qui se battent à nos côtés et participent à nos communautés ? Non, cent fois non.

Si notre francophonie existe toujours dans 40 ans, elle sera portée non plus seulement par les enfants qui sont présentement dans nos écoles, mais aussi par tous ceux et toutes celles qui ont choisi de vivre une partie de leur vie en français, peu importe leur origine ou leur langue maternelle. Autant commencer à les inclure maintenant.

5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 10 novembre 2018 00 h 48

    Les mariages exogames et l’assimilation

    Non seulement on est francophone lorsque c’est notre langue maternelle, mais on doit vivre en français dans un pays qui n’arrête pas de se dire bilingue, langues officielles obligent. Sinon, désolé, ce n’est qu’une langue secondaire. Je parle, j’écris et je lis en anglais et je me suis au grand jamais considéré comme un anglophone. Et lâchez-nous avec la francophonie a changé. Les francophones qui ne sont pas nés au Canada, eh bien, dans une génération ou moins, ne parleront plus français, surtout leur progéniture. Allumez SVP. Ils vivent dans des provinces où les institutions francophones n’existent pas et que pour travailler, il faut parler exclusivement en anglais. Les écoles ne sont que des endroits artificiels qui entretiennent une certaine dualité linguistique illusoire pour les élèves. Hors de ces enceintes, ils parlent et vivent en anglais.

    Dans les mariages exogames en Ontario, si la maman est française et le père est anglophone, les enfants ont 30% des chances de parler et vivre en français à la maison. Dans le cas contraire, c’est seulement 15% des cas que le phénomène se produit. Bonjour assimilation.

    Vous savez aussi qu’en Ontario, si un francophone veut faire parti de la police provinciale de l’Ontario, il faut qu’il parle, lise et écrive en anglais. Or, pour les anglophones, nul besoin d’avoir aucune connaissance du français. Cette double mesure antidémocratique n’est qu’un des nombreux obstacles où un francophone doit se buter s’il veut s’épanouir dans le merveilleux monde du ROC. Et là où il y a de la discrimination linguistique, le racisme systémique n’est pas loin.

    Alors cher porte-voix des francophones en milieu minoritaire, je passe tout simplement. Vos croyances naïves pour un futur durable de ma langue et culture dans un Canada qui ne parle pas et ne veut rien savoir du français, je passe tout simplement. Et pour faire illusion aux autres, il faut être capable de se convaincre soi-même de l’illusion. Je crois que vous y êtes parvenu.

  • Michel Blondin - Abonné 10 novembre 2018 12 h 09

    Les chiffres et la réalité: un masque à la tristesse.

    Nier la réalité que le françaqis est en perte de vitesse au point d'ëtre, toute proportion gardée, négligeable quantitativement, ne sert qu'à faire le jeu de l'État central qui couvre une assimilation massive depuis 1867. Un anglophone bilingue d'occasion devient un locuteur français pour les chiffres.

    Cette réalité niée manipule les définitions de langues maternelles, langues d'usages, langues parlées à la maison. Bref, pour un portrait qui déculpabilise le Canada anglais .
    Masquer la réalité pour les apparences: des illusions d'une grande tristesse.

  • Denis Paquette - Abonné 10 novembre 2018 15 h 14

    la culture et le pouvoir n'est ce pas une difficulté a laquelle tout les peuples doivent tenir compte

    peut être que le fait francais est plus que ce que nous en pensons , peut être que.le fait francais est fait pour transcender les âges , si deman matin on demandait aux québécois d'en tenir compte, quel serait leur réaction, ils seraient peut être alors obligés de différencier culture et pouvoir , est ce que le pouvoir ne nous éloigne pas de cette culture que nous trouvons tres importante ,nous devrions peut être réfléchir a ces choses dommage que Bernard Landry soit décédé, il aurait été interessant de lui demander ce qu'il en pensait

  • Pierre Grandchamp - Abonné 11 novembre 2018 09 h 11

    Quelle tristesse!

    Quelle tristesse, ce tiraillage à propos de stats! « La Confédération ou l’histoire d’un échec »-Fernand Dumont 1992. On se console comme on peut! La réalité, c’est que, hors Québec, le français est, de plus en plus, une langue locale et marginale. Et même, à Montréal, le français est en net recul.

    Le pire : nous avons fabriqué nos propres bourreaux. Ce sont les Trudeau, Chrétien et cie qui ont enterré la notion de BICULTURALISME. « Obnibulés par des préjugés anti- nationalistes, ils ont condamné la notion de peuples fondateurs, inventé le multiculturalisme et le bilinguisme, comme si un pays pouvait se morceler en enclaves culturelles et véhiculer 2 langues sans en préciser les bases
    communautaires"-Roméo Paquette ex-FHQ-

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 novembre 2018 17 h 21

      Rappelons que: - le nouveau gouvernement de l'Ontario a fait disparaître le ministère des Francophones - au New Brunswick, un nouveau parti politique a fait son entrée à l'Assemblée législative dont les idées sont loin de plaire aux Francophones. Et cela, en 2018!