Ce sont les régions qui ont élu le gouvernement

Ce sont les régions qui ont élu ce gouvernement et les régions veulent s’associer à lui pour offrir un maximum de possibilités à tous les territoires qui composent le Québec.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ce sont les régions qui ont élu ce gouvernement et les régions veulent s’associer à lui pour offrir un maximum de possibilités à tous les territoires qui composent le Québec.

Le 1er octobre dernier, le Québec a élu un nouveau gouvernement. Si tous les observateurs s’entendent pour qualifier de nouvelle ère la période qui débute, peu ont souligné que ce sont les régions qui l’ont porté au pouvoir. Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, la majorité gouvernementale ne provient pas des grands centres, mais de communautés qui ont aussi soif de changements. À titre de porte-parole des régions, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) demande au premier ministre désigné que cette nouvelle réalité se reflète dans la composition de son Conseil des ministres.

Depuis trop longtemps, les ministères stratégiques sont principalement confiés à des députés qui proviennent des grands centres. Par exemple, on doit remonter à Gérard D. Lévesque pour trouver le dernier ministre des Finances véritablement originaire d’une région du Québec. M. Legault doit donc saisir l’occasion qui lui est offerte pour rétablir les équilibres et donner aux députés provenant de régions la chance de relever les plus importantes responsabilités de l’État québécois.

Pour marquer son attachement envers les régions, M. Legault doit rebâtir un partenariat fort entre l’État et les élus des gouvernements de proximité que constituent les municipalités et les MRC. Depuis 2003, chaque région a son ministre responsable qui n’est doté d’aucun pouvoir ni budget, leur capacité réelle se limitant à la représentation auprès de ses collègues titulaires. Ce modèle n’a pas donné les résultats escomptés, les régions demeurant toujours dépendantes des volontés des ministères centraux et victimes des problèmes de cohésion des programmes et des interventions de l’État. Pour s’en convaincre, il suffit de citer l’exemple du programme des pôles régionaux d’innovation lancé au début de 2018, qui a exclu les MRC alors que la loi leur confie la responsabilité du développement et de l’accompagnement des entreprises sur leur territoire. Si l’intention de départ était bonne, sa mise en place s’est faite sans tenir compte de cette réalité et a malheureusement suscité convoitise et division étant donné les sommes en jeu, fragilisant même certaines démarches de concertation de développement local et régional dans plusieurs régions du Québec.

Pour rebâtir les liens entre Québec et ses régions sur des bases solides, le premier ministre doit insuffler un véritable réflexe région au gouvernement en nommant un ministre des Régions doté des pouvoirs horizontaux suffisants pour mener à terme une politique ambitieuse et généreuse de développement régional en concertation avec les tables de préfets des territoires. Après des années de concentration des activités des ministères, la tâche de répondre aux besoins des régions commande des gestes forts et concrets de la part du premier ministre.

Ce sont les régions qui ont élu ce gouvernement et les régions veulent s’associer à lui pour offrir un maximum de possibilités à tous les territoires qui composent le Québec. Dans ce contexte, le premier ministre doit saisir cette occasion unique de lancer cet important chantier.

* Les signataires : Jacques Demers, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, président de la FQM ; Yvon Soucy, préfet de la MRC de Kamouraska ; Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine et président de la Communauté maritime et Nadia Minassian, préfète de la MRC du Roché-Percé.

4 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 13 octobre 2018 05 h 37

    Qui est la grosse tête qui a inventé le concept de « régions » ?


    Au Québec, avant la Révolution tranquille, personne ne se concevait comme « régional », encore moins « périphérique ». Personne n’avait eu l’outrecuidance de s’imaginer au centre de quoi que ce soit. Les concepts de Centre et de Périphérie étaient encore absents des esprits. Il était normal de vivre soit en ville, soit au village ou à la campagne. Nul n’en faisait tout un plat. C’est cette normalité d’habiter où que ce soit sur le territoire qu’il faudra retrouver un jour. Se pourrait-il que fondamentalement, le concept même de « régions » soit pernicieux ? Hergé, le célèbre auteur de Tintin, aurait pu ajouter une injure au répertoire pourtant déjà riche du capitaine Haddock : « Espèce de périphérique ! »

  • Gaston Bourdages - Abonné 13 octobre 2018 07 h 09

    Un ministre des régions qui...

    ...pourrait aussi contribuer à la mise en place d'un gouvernement composé de fédérations regroupant les 17 régions administratives du Québec ? Un ministre qui donnerait naissance à plus d'autorité donc de pouvoirs régionaux ?
    Ma vision ? Nous du Bas Saint-laurent n'avons pas les mêmes qualités que les gens de l'Abitibi-Témiscamingue ni les mêmes défauts tout comme les gens de la Côte-Nord face à ceux de la Gaspésie.
    Existe-t-il au Québec un bilan des forces et faiblesses des gens composant les 17 régions administratrices ?
    Nous avons, un jour, fait cet exercice dans notre petit patelin. Que de découvertes nous y avons faites ! Nous avions plus de qualités, plus de forces que de défauts et de faiblesses.
    Bravos à vous madame Minassian, à vous messieurs Demers, Soucy et Lapierre. D'autres noms j'aurais aimé lire sur cette trop courte liste.
    Gaston Bourdages,
    Saint-mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Cyril Dionne - Abonné 13 octobre 2018 07 h 24

    Montréal

    Sans les régions, Montréal n’existerait pas. Ce sont les régions qui alimentent, nourrissent et procure l’énergie à Montréal. Et oui, ce sont les régions qui ont élu un gouvernement qui représente la majorité des Québécois.

    Montréal, c’est la tyrannie des minorités. Montréal, c’est la minorité anglophone et la minorité marxiste qui ne contribuent en rien, à l’essor du Québec et au bien-être des Québécois. Montréal entretient une relation parasitique avec les régions. Les régions n’ont pas besoin de Montréal, mais Montréal a besoin des régions.

  • Bernard Terreault - Abonné 13 octobre 2018 09 h 44

    Pas rien que les ''régions''

    Le 450, la grande banlieue, a aussi voté CAQ. Et ce 450 suburbain est tout aussi différent des ''régions'' qu'il l'est du ''Montréal sur l'Île''.