L’éducation, une priorité pour qui?

La mission première du ministère de l’Éducation est d’assurer la réussite scolaire de tous les élèves.
Photo: Frédérick Florin Agence France-Presse La mission première du ministère de l’Éducation est d’assurer la réussite scolaire de tous les élèves.

Alors que la présente campagne électorale mobilise l’électorat sur les priorités du prochain gouvernement, l’éducation souffre encore de l’austérité budgétaire imposée au cours des dernières années. Sachant qu’un changement de garde au ministère de l’Éducation entraînera un réalignement des politiques, si ce n’est des programmes actuels, comment apprécier la pertinence du coup de barre qu’autant de promesses électorales annoncent ? Un rappel de la mission première du ministère de l’Éducation, qui est d’assurer la réussite scolaire de tous les élèves, permet de mieux jauger les véritables enjeux qui devraient prévaloir dans l’opinion publique. Rappelons également que cette mission n’est pas une promesse clientéliste, mais un engagement formel, noble et équitable auprès des jeunes, de leurs parents, des enseignants et de la société entière, qui bénéficiera d’une relève bien éduquée.

Enseignante dans une commission scolaire du Québec depuis 1991, et conseillère pédagogique depuis 2006, doctorante en éducation, je déploie toutes les ressources disponibles pour que les élèves s’affranchissent d’une éducation de base essentielle pour vivre ensemble dans une communauté multiethnique et pluriculturelle. J’ai pu observer les résultats des coups de barre successifs que les gouvernements précédents ont donnés aux pratiques d’enseignement et aux modes d’apprentissage. Et j’ai compris qu’au-delà de l’administration scolaire et du système d’éducation actuel, dont les contraintes ont été maintes fois médiatisées, l’enjeu central de l’éducation vise davantage l’accomplissement de l’individu dans un environnement de plus en plus complexe. Toute ma carrière, j’ai mis la passion qui m’anime à étudier cet enjeu qui nous engage tous, de la tendre enfance à l’adolescence et de l’âge adulte jusqu’à la pleine maturité, pour réaliser cette humanité commune qui nous habite tous, indistinctement.

Deux pistes

Or, pour que cet engagement formel du ministère de l’Éducation atteigne sa cible — la réussite scolaire —, voici deux pistes qui méritent notre attention :

s’assurer que les enseignants ont une compréhension commune des cadres légaux, notamment les cadres d’évaluation des apprentissages, qui sont des documents ministériels mis à leur disposition pour planifier les apprentissages et l’évaluation. J’ai constaté que nombre d’entre eux n’en tiennent pas toujours compte dans leur pédagogie, ce qui fausse l’évaluation des élèves pour juger leur apprentissage et leurs compétences ;

s’assurer que la formation initiale et la formation continue en éducation sont mises à niveau par rapport aux connaissances de pointe dans le domaine de l’enseignement et de l’apprentissage et que les pratiques en classe profitent des avancées de la recherche scientifique.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’Institut national d’excellence en éducation a récemment été lancé pour inspirer les futurs ministres de l’Éducation, une initiative pour que l’amélioration de notre système scolaire soit établie sur des faits scientifiques (« L’éducation, une priorité à géométrie variable », Le Devoir, les 8 et 9 septembre 2018).

Quand on sait que les pratiques d’enseignement souffrent d’innovation, il faut se méfier des promesses, des coups d’éclat et des coups de barre qui favorisent davantage le clientélisme que la réussite de nos enfants. Valorisons l’éducation en la protégeant de l’austérité budgétaire. Offrons aux étudiants dans ce domaine une formation universitaire initiale à niveau avec les connaissances actuelles. Encourageons l’acquisition de nouvelles connaissances chez les enseignants grâce à la formation continue et assurons-nous qu’ils les valident en classe afin qu’ils en bénéficient professionnellement. Et assurons-nous que l’évaluation des élèves soit pertinente pour leur permettre de mieux se connaître et d’évoluer dans ce monde que nous leur aurons légué.