«Le rêve de Champlain», ce n’était qu’un rêve

Champlain fut en réalité le premier administrateur colonial à réclamer l’exclusion des protestants de la Nouvelle-France.
Photo: Wikicommons / Edmond-Joseph Massicotte Champlain fut en réalité le premier administrateur colonial à réclamer l’exclusion des protestants de la Nouvelle-France.

Depuis la parution de la biographie Le rêve de Champlain de David Hackett Fischer et la diffusion de la télésérie du même titre sur TFO, plusieurs tombent dans le piège de l’hagiographie (en n’insistant que sur l’humanisme que lui attribue Fischer sans le démontrer) et de la téléologie (en transposant des valeurs actuelles à une époque passée). On a même cité l’humanisme et le rêve de Samuel de Champlain (tels que conçus par Fischer) en exemple dans la polémique entourant la pièce de théâtre Kanata ! C’est dire la portée de cette biographie.

Champlain joue un rôle central dans la fondation et, oui, il fait preuve de respect envers les Amérindiens, mais il n’était pas aussi tolérant et son rôle n’était pas aussi élargi que certains l’ont affirmé. Depuis que l’on parle du « rêve de Champlain », c’est comme si des générations de chercheurs avaient travaillé en vain pendant des décennies. On commençait à peine à entrevoir l’homme qui a précédé le personnage/le héros, l’évolution de son discours narratif. À comprendre la complexité de la géopolitique amérindienne et des réseaux de Français catholiques et protestants impliqués dans la fondation. Que le pouvoir décisionnel de Champlain était limité et qu’il s’adaptait à ses supérieurs. Le travail de générations de chercheurs portait ses fruits, amenant de nouvelles connaissances et une meilleure compréhension de cette époque fondatrice… Sur certains pans de l’histoire du Québec, nous risquons de reculer dans le temps d’un demi-siècle (dans le long processus de réécriture d’une histoire plus scientifique qui a débuté au milieu du XIXe siècle) si nous ne constatons pas dès maintenant qu’une partie du « rêve de Champlain » n’était qu’un rêve. Celui de son biographe de surcroît !

Fischer commet des erreurs d’interprétation inacceptables. Pour justifier l’« humanisme » de Champlain, concept central dans ledit « rêve », il le représente comme responsable de la définition de la politique amérindienne de la France et de la diplomatie franco-amérindienne avant 1609. Or, ce n’est qu’à partir de 1608 (à cette date, Pierre Dugua de Mons mandate François Gravé du Pont pour la diplomatie et Champlain pour la construction de l’habitation de Québec) que Champlain est lieutenant officiel d’un supérieur en poste et qu’il représente son roi en négociant des alliances avec des chefs autochtones (ce qu’il fera dès le printemps suivant).

De 1608 à 1635, il obéit aux ordres des monarques et des dirigeants coloniaux qu’il représente. À aucun moment, il ne définit la politique amérindienne de la France. Il n’était qu’un lieutenant ! Il appliquait la politique d’alliances d’Henri IV, maintenue jusqu’à la chute de la Nouvelle-France en 1763. Pour comprendre les origines desdites alliances, c’est vers Henri IV qu’il faut se tourner. En 1603, en nommant Dugua son lieutenant général en Nouvelle-France, il lui ordonne notamment de conclure des alliances, traités, paix et confédérations avec les « princes » autochtones. En ignorant ces faits, Fischer se trompe et induit ses lecteurs en erreur.

Le rêve et les faits

Autre lacune grave de la thèse de Fischer. Il représente son sujet comme étant plus « humaniste » que ses devanciers et contemporains parce qu’il aurait été plus tolérant aux autres religions (le protestantisme et l’animisme). En fait, Champlain véhicule un double discours. Il reconnaît que les Amérindiens forment des « nations » et des « peuples », mais il les décrit aussi comme des « sauvages », des « bêtes brutes », « sans foi ni loi », pactisant avec le « Diable », que la France entend civiliser et convertir au catholicisme.

Suivant la politique coloniale qu’il applique tout au long de sa carrière canadienne, il vise à long terme la conquête de leurs territoires, leur assujettissement et leur acculturation. Il veut en faire des Français, des sujets du roi de France ! Par ailleurs, que penser de ses appels à l’exclusion des protestants de la colonie naissante dès 1613, quatorze ans avant leur exclusion officielle par Louis XIII et Richelieu lors de la création de la Compagnie des Cent-Associés ? Si Champlain avait été si tolérant des différences religieuses que le croit Fischer, il se serait opposé à cette décision. L’historien François-Xavier Garneau a montré que ce fut une erreur stratégique pour le peuplement colonial qui devient rapidement, dès le XVIIe siècle, inférieur à ceux de la Nouvelle-Hollande et des Treize Colonies anglaises naissantes.

Champlain fut en réalité le premier administrateur colonial à réclamer l’exclusion des protestants de la Nouvelle-France (une autre fissure apparaît dans le buste du héros) ! Et que penser de l’article de l’acte de création de ladite compagnie (dont Champlain était associé !) qui stipule que les Amérindiens convertis au catholicisme deviennent des « naturels Français » ? Nous sommes loin d’un climat de tolérance religieuse. Fischer ne voit/dit pas tout cela, tout comme le projet et le processus de conquête des territoires et de leurs habitants en cours.

Champlain fut un homme d’exception, c’est indéniable. Mais ne nous emballons point. Laissons de côté le rêve pour revenir aux faits historiques.

30 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 août 2018 01 h 41

    Le contraste entre les colonialismes français et britannique

    Selon M. D’avignon, Champlain « vise à long terme la conquête de leurs territoires, leur assujettissement et leur acculturation.»

    Permettez-moi d’en douter.

    Ce qui intéresse la France à l’époque de la Nouvelle-France, c’est la traite de la fourrure. Les navires français ne ramène dans la métropole rien d’autres que des pelleteries.

    Si on exclu le conflit avec les Iroquois, qu’envoie la France au-devant des Autochtones ? Des coureurs des bois, c’est-à-dire des commis voyageurs. Des gens qui sont isolés, sans protection policière, avec comme seule interprète la femme autochtone qui leur sert également de conjointe.

    Bref, des représentants condamnés à bien s’entendre avec leurs clients.

    Ce qui contraste avec le colonialisme anglo-saxon qui n’hésita pas à pacifier par les armes les peuples autochtones qui s’opposaient à la dépossession de leur territoire, n’hésitant pas à tuer des millions de bisons (leur garde-manger) pour les faire crever de faim.

    C’est ainsi qu’au Canada, le gouvernement raciste de Macdonald refusa de reconnaître les droits des Métis —métissés avec qui sinon avec des Français — sur les terres qu’ils occupaient depuis des siècles afin de les confier à des colons anglais.

    Le même comportement que celui des troupes de Cromwell, qui, envoyés en 1649 en Irlande, ont exterminé entre le tiers et la moitié des habitants de l’île pour les confier leurs terres à des colons anglais.

    Bref, les francoQuébécois ont parfaitement raison d’être en colère parce qu’on essaie de faire croire que les raciste au Canada, c’est eux.

    Les peuples anglo-saxons sont de nos jours, ce qu’étaient les Vikings au Moyen-Âge; des pillards qui sèment la guerre, le chaos et l’anarchie afin de d’emparer des richesses des autres peuples, notamment du pétrole des pays qui en possèdent.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 août 2018 09 h 17

      M. Martel, encore plus : toute l'histoire des Français ici dit le contraire cette assertion de M. d'Avignon.

      De Gaspé jusqu'aux Rocheuses et du lac Supérieur à la Nouvelle Orléans, plus une bonne partie des plaines actuelles des USA, la langue de la diplomatie était le français, la langue de leurs amis communs. Hé oui.
      C'est resté vrai jusqu'à la fin de 19ème siècle dans l'Ouest du Canada, quand McDonald, qui préparait la naissance de l'Alberta et la Saskatchewan, a manoeuvré pour parquer les autochtones et massacrer les Métis. L'armée a déferlé, puis des colons dont beaucoup d'Irlandais mêlés à des Écossais et Anglais. Le ménage contre le français, pollution nuisible pour cet ami des Orangistes, fut une belle réussite.

      Les Français ont respecté tous leurs traités avec des autochtones à la lettre et dans l'esprit. Tous.
      Les Agniers-Mohawks, ayant vu l'impossibilité de la conquérir la vallée du St-Laurent, ont signé la Grande Paix de Montréal avec les Innus(Montagnais pour l'histoire), Wendats, Outaouais et Français en 1701. Cette paix a été respectée par tous dans une réelle bonne entente jusqu'à ce que les Anglais promettent des merveilles aux Agniers-Mohawks pour qu'ils repartent en guerre.
      Ensuite bien sûr les Anglais se sont foutus de leurs promesses. C'est tout l'histoire de leur Canada "si tolérant".

      Nulle part les Français ne se sont installés sans en demander la permission, sauf Montréal parce que l'île était désertée depuis longtemps. On passe sur ce qu'a dit le maire Coderre. J'espère que c'était par ignorance.

      Cet esprit consensuel et métissé est le grand héritage de ce passé : on haïïïït la chicane! Plusieurs nous le reprochent évidemment d'ailleurs, allez comprendre.

      La tentative de M. d'Avignon porte à vide : personne ne fait de Champlain un saint, seulement un gars qui a pensé juste et bien.
      Puisque il se risque au procès d'intention insidieux, il démontre noir sur blanc la sienne, d'un révisionnisme assez plat.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 août 2018 10 h 30

      Ce que vous écrivez est méchant pour les Vikings, qui ne faisaient que venger les exactions qu'avaient commises Charlemagne contre leurs cousins saxons — d'où leur propension à attaquer les églises, ce que les Européens chrétiens ne comprenaient pas, même s'ils avaient accdepté sans le moindre problème que Charlemagne détruisît les temples païens des Saxons.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 août 2018 16 h 23

      Même si Champlain n’est pas aussi blanc que neige, les Anglais ont été pires. Ils ont tout simplement pratiqué la politique du « Lebensraum » qui n’est pas sans rappeler celle d’un petit barbu de la 2e guerre mondiale. En passant, les fortifications de l’emplacement de Champlain à Québec sont un chef d’œuvre militaire pour l’époque.

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  • Sylvain Deschênes - Abonné 13 août 2018 06 h 37

    Une photo avec ça?

    Vouloir mettre à jour la connaissance d'un personnage historique en perpétuant l'erreur fort connue de sa représentation iconique est déjà un peu risible.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 13 août 2018 10 h 03

      Exact M. Deschênes. Nous savons aujourd'hui de source sûre qui était ce personnage que l'on représente toujours sous les traits de Samuel de Champlain. Il s'agit de Michel Particelli d'Emery, conseiller de Richelieu!

      D'autre part, il est bon de noter le contexte des propos de Champlain cités par Mathieu D'Avignon.

      «II est à propos de dire qu’ayant reconnu aux voyages précédents qu’il y avait en quelques endroits des peuples arrêtés [c’est-à-dire sédentaires, tels les Iroquois en guerre avec les Algonquins, les Montagnais et les Malécites] et amateurs de labourage, n’ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion comme bêtes brutes, lors je jugeai à part moi, que ce serait faire une grande faute si je ne m’employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu» (d’où la venue, quelques années plus tard, des Récollets). Samuel de Champlain 1619, compte rendu de l’année 1615.

      D’ailleurs, il est fort possible qu’à la vue de la cruauté manifeste des cinq nations iroquoiennes dans une guerre qui les opposait aux amérindiens alliés des Français, un «changement d’humeur» eut raison de Champlain envers certaines tribus indiennes.

      Un siècle plus tôt, un même retournement de sentiment eut raison des rêves de Christophe Colomb, lorsque celui-ci constata la cruauté et le cannibalisme de certaines tribus indigènes, tels les Caraïbes, envers d’autres peuplades plus pacifiques, tels les paisibles pêcheurs Arawaks.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 août 2018 13 h 29

      Mme Rodrigue, le portrait à la tête de l'article publié est bel et bien celui du portrait de Michel Particelli d'Emery, surintendant des finances sous Louis XIII que rappelle le livre de Vaugeois et Litalien intitué Champlain : la naissance de l'Amérique française.

      S'agissant des projets d'évangélisations de Champlain, ils ne sont pas indépendants des problèmes qu'il rencontre dans la colonie qu'il entend faire prospérer pour le compte du roi et du commerce qu'il a mandat d'activer, ce qu'il fait avec les Algonquins, les Montagnais et les Malécites depuis 1608, année au cours de laquelle il s'est allié à ces derniers déjà en guerre contre les Nations Iroquoises, ce qui se transforma à des mini guerres juesqu'en 1763.

      Avec l'arrivée du régiment Carignan-Salières, ce fut la première de trois guerres des Français contre les Iroquois et leurs alliés brtianniques, les deux autres ayant été déployées en 1689 et 1698, la dernière ayant conduit à la Paix des Braves qu'adossèrent les Iroquois en 1701.

      Cela étant, on peut avancer que les alliances de Champlain en 1608 ont dicté les affrontements ultérieurs avec les Iroquois et leur antagonisme envers l'envahissement de la France des zones de leur commerce pratiquée en lien avec les Anglais et les Hollandais plus à l'ouest et au sud-ouest.

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  • Raynald Blais - Abonné 13 août 2018 06 h 43

    Relativité d'un rêve

    "...une partie du « rêve de Champlain » n’était qu’un rêve. Celui de son biographe de surcroît ! (Mathieu d’Avignon)

    Alors que les premières nations d'Amérique du Sud avait une économie d'accumulation permettant aux Espagnols de les éliminer pour leur voler leurs biens, celles au nord du Saint-Laurent avaient une économie de subsistance obligeant les Européens à se servir de leur expertise et force de travail pour s'accaparer de richesses inexploitées.
    Dans les deux cas, les envahisseurs participaient à l'accumulation primitive du capital (on dit primitive pcq ça ressemble à du vol) qui leur permettra d'exploiter à une plus grande échelle le travail des Européens et celui de tous les peuples à l'avantage d'une classe en plein essor, la bourgeoisie.
    Tel était le contexte économique alimentant les rêves de Champlain et de ses contemporains, peu importe leur teneur.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 août 2018 09 h 44

      M. Blais, vous êtes très mal informé ou bien vous avez des visées aujourd'hui en réécrivant l'histoire.

      Je constate que vous aimez parlez d'accumulation et de bourgeoisie, je conclue que vous tentez, comme bien des gens avant vous, de poser de force la grille marxiste sur le modèle colonial, puis que vous tordez encore plus la réalité pour l'adapter à ladite grille.
      Tut-tut-tut-tut. Votre entreprise est plus que tristounette.

      Il est reconnu, malgré les faussetés de M. d'Avignon, que le but était double : enrichir la compagnie avec le commerce des fourrures, ce qui impliquait les autochtones et des postes de traite, d'un part, et fonder un pays sur la base d'une nouvelle nation, de culture principalement française et métissée du savoir des amérindiens. Je ne dis pas que c'est parfait comme idée mais ce sont des faits avérés.

      À l'arrivée des Anglais les milionnaires Français, très nombreux, sont repartis évidemment : plus de commerce pour eux. Mais il reste qu'ils ne faisaient QUE du commerce en toute bonne entente, alors votre procès d'intention, hein...
      Le mythe selon lequel les Anglais n'ont fait QUE la même chose que les Français est archi-faux. Les uns ont respecté tous les traités à la lettre, les autres ont trahi et massacré tout ce qui les gênait.

      L'histoire du Kapital est une chose. Celle des peuples en diffère grandement parce que, voyez-vous, sur les rives de ce fleuve de sang dégoulinant que vous regardez fixement pour le détester ET planter votre drapeau, il y a des gens qui ont vécu, échangé, grandi, cultivé, ont eu peur ou ont ri.

      Le mot "échangé" n'a rien de léger ici. Je suis Métis comme une grand part de la population et pour moi les mots "culture métissée" signifient quelquer chose qui ressemble étonnamment à la réalité, sans la moindre grille!
      Reste bien sûr qu'en tant que minorité, les français ici sont taxés de racistes ou pires... par bien plus racistes qu'eux.

      Et certains embarquent dans ce piège à cons, Kapital en bandouli

    • Raynald Blais - Abonné 13 août 2018 21 h 05

      « À l'arrivée des Anglais les millionnaires Français, très nombreux, sont repartis évidemment : plus de commerce pour eux. Mais il reste qu'ils ne faisaient QUE du commerce en toute bonne entente, alors votre procès d'intention, hein... » (Jean-François Trottier)

      Pour me disculper bien futilement de faire un procès d’intention à ces millionnaires français, voici un argument soulevé par un brillant docteur en histoire et maître en sciences sociales, M. Denys Delage, qui explique à la page 89 de son livre, « Le pays renversé », paru en 1985 chez Boréal Express, qu’à...
      « ...à cette époque du capitalisme marchand, ce n’est pas tant le commerce des fourrures que l’échange inégal qui structure toute l’histoire de l’Amérique du Nord-Est. C’est également l’échange inégal qui dérègle les mécanismes de reproduction des sociétés amérindiennes et qui bouleverse les rapports des hommes entre eux et celui tout aussi important de l’homme avec la nature... La question qui se pose donc, c’est de comprendre comment cet échange a conduit à la richesse des uns et à la pauvreté des autres. »

      C’est bien naïvement que je poursuivais sa réflexion sur le comment CE FAIT D’ÉCHANGES INÉGAUX a pu tenir si longtemps, d’avant même l’arrivée de Champlain en Amérique jusqu’à la victoire de l’Angleterre sur la France, si ce n’est d’être supporté par la force économique d’une classe sociale qui allait bientôt renverser les monarchies et privilèges aristocratiques avec l’appui populaire.

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  • Claude Bariteau - Abonné 13 août 2018 06 h 55

    Champlain, le rêveur ?

    Champlain, un converti au catholicisme, fut un employé de Dugua, huguenot détenteur d'un contrat d'exclusivité jusqu'en 1608 pour le commerce des pelteries avec les Amérindiens et l'établissement de colonies.

    C'est sous sa direction que Champlain participe à ses activités et fonde un poste de traite à Kébec après s'être associé à des « Nations » amérindiennes en guerre contre les Iroquois, à laquelle il participe à leur invitation.

    Ce poste, Champlain oeuvra, avec l'appui du roi, à en faire aussi une colonie florissante, ce qui ne fut pas sans difficultés. D'où ses va-et-vient entre la France et Québec entre 1608 et 1627.

    Lorsqu'il revient en 1627, il est supporté financièrement par la Compagnie des Cents associés, dont il est investisseur grâce à son mariage, et le Cardinal Richelieu. Cela se fait dans un contexte où la France, en guerre avec l'Angleterre, bannit la présence d'Huguenots de la Nouvelle-France et prône l'évangélisation des Amérindiens.

    L'entreprise est contrée par les frères huguenots Kirke de 1627 à 1629, année où ils prennent possession des établissements français de la vallée du Saint-Laurent au nom du roi d'Angleterre.

    Comme ls prises des frères Kirke se font après la signature d'un traité de paix entre le France et l'Angleterre, l'Angleterre retourne à la France ses conquêtes lors du traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632.

    Champlain revient cette fois comme représentant du roi. À la demande de ses associés amérindiens, il mandate de construire un poste de traite à Trois-Rivières et s'éteint en 1635.

    Champlain s'est associé à des Huguenots dans ses activités, y compris son épouse, et changea son approche à la demande du roi de France à l'issue d'une guerre de religions.

    En fait les rêves de Champlain furent ceux des rois de la France avant 1627 et après cette date. Il n'a rien d'un grand rêveur anti-protestant et d'un évangélisateur du catholicisme. Il réalisait les vues de ses employeurs royaux en composant à sa façon.

    • Danielle Brossard - Abonnée 13 août 2018 09 h 04

      Étant restée sur mon appétit suite à la lecture de vos commentaires des plus intéressants, auriez-vous des livres d’histoire sur la Nouvelle-France à nous suggérer sur ce sujet ?

    • Claude Bariteau - Abonné 13 août 2018 16 h 41

      Il y a le livre de Vaugeois et Litalien, mais aussi le site suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_de_Champlain qui contient un historique détaillé et une bibliographie abondante.

      Il importe de lire ce texte en ayant en tête que Champlain fut un engagé de Dugua de Mons en 1599, qui détient un permis du roi pour le commerce des fourrures, permis qu'il prendra fin en 1608 alors que Champlain se lie à dees Nations amérindennes déjà en guerre avec les Iroquois.

      Champlain poursuivra grâce à des contrats du roi, mais dut plier baggage en 1629. Tous les français alors présents quittent les lieux. Champlain revient en 1632 pour pousuivre son mandat.

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  • Jean Lacoursière - Abonné 13 août 2018 07 h 15

    Qu'en pense Hackett Fisher ?

    Après cette lettre et celle de De Waele et Cohen,

    (https://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo-histoire/524683/samuel-de-champlain-et-les-autochtones-construire-aujourd-hui-sur-un-reve-inexistant),

    ...il serait intéressant de lire dans les pages du Devoir ce que Hackett Fisher pense de ses critiques.

    • André Joyal - Abonné 13 août 2018 09 h 10

      Oui, comme les lecteurs de la version papier n'ont pas accès aux commentaires, j'espère fortement que «Le Devoir» se fera un...devoir de publier une réplique que mérite cet article contestable (et un tantinet détestable).

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