Le coût des médicaments, le marketing et l’éthique

Chaque année, les pharmaceutiques investissent des milliards dans la promotion<br />
de leurs produits auprès des médecins et du public, souligne l'auteure. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Chaque année, les pharmaceutiques investissent des milliards dans la promotion
de leurs produits auprès des médecins et du public, souligne l'auteure. 

Alors que les pays scandinaves négocient avec les compagnies pharmaceutiques le prix des médicaments, le Canada paie encore le gros prix. Au Québec, le coût des médicaments est couvert par le Régime général d’assurances médicaments (RGAM) qui est un régime mixte (public/privé) ; les coûts sont partagés entre le RGAM dans une proportion de 60 % et par les assureurs privés dans une proportion de 40 %. La population québécoise paie par ses impôts et ses assurances collectives le coût des médicaments.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS, 2017), le coût des médicaments est au deuxième rang en importance dans les dépenses en santé au Canada, avec 16,4 % des dépenses de santé, après celles liées aux hôpitaux (28,3 %), mais avant les services médicaux (15,4 %). Au cours des dernières années, la croissance des dépenses liées au coût des médicaments dépasse la croissance des coûts des services médicaux. Or, pour un même budget, l’augmentation du coût des médicaments limite les ressources des autres postes budgétaires en santé, notamment les montants alloués aux hôpitaux et le rationnement des ressources humaines et financières qui en découle. Il serait donc important que le Canada négocie à la baisse le prix des médicaments avec les compagnies pharmaceutiques.

Chaque année, les pharmaceutiques investissent des milliards dans la promotion de leurs produits

 

Le coût des médicaments ne cesse d’augmenter, notamment à cause des techniques de marketing des compagnies et de leur esprit de compétition qui les incite à développer des produits légèrement différents des produits existants pour gagner une plus grande part du marché (stratégie Me too). Chaque année, les pharmaceutiques investissent des milliards dans la promotion de leurs produits auprès des médecins et du public. […]

Influence du marketing

En matière de marketing, les compagnies pharmaceutiques influencent les politiques et les interventions de santé pour augmenter continuellement leur clientèle. Ce fut le cas de la vaccination contre le virus A (H1N1) encouragée par l’Organisation mondiale de la santé, dont certains experts étaient sous l’influence ou parties prenantes de compagnies pharmaceutiques. Sous l’influence des pharmaceutiques, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5) a défini le spectre de l’autisme, qui inclut l’hyperactivité, le trouble de l’attention et d’autres problèmes. Ainsi, le nombre d’enfants considérés maintenant comme autistes augmente, de même que la prescription de psychotropes.

Les compagnies pharmaceutiques font leurs propres études empiriques, elles sont donc juges et parties et nettement en conflit d’intérêts. Elles s’associent à des chercheurs universitaires pour donner de la crédibilité à leurs résultats, utilisent des auteurs fantômes dans leur publication et évitent de publier les résultats négatifs de leurs études. Les ouvrages de Hadler, de Welch et ses collègues, de Gøtzsche dénoncent des pratiques qui visent à modifier les résultats de recherche pour montrer l’importance et les bénéfices d’un nouveau médicament et inciter au surdiagnostic et au surtraitement.

Malgré le fait que des compagnies pharmaceutiques ont dû payer 30 milliards de dollars en compensations ou en amendes dans le cadre d’ententes de gré à gré pour des poursuites au criminel aux États-Unis entre 1991 et 2012, notamment dans le cadre de la mise en marché de certains antipsychotiques, les mêmes techniques de marketing sont toujours utilisées et les mêmes produits battent des records de vente. Les pharmaceutiques ne reculent devant rien pour augmenter leurs profits et faire inscrire leurs produits sur la liste des médicaments remboursés. Elles développent des partenariats avec les gouvernements, avec les centres de recherche et les universités et elles financent des associations de citoyens.

Évaluations indépendantes

L’augmentation de l’espérance de vie depuis 2000 ne peut être reliée aux seuls médicaments ; d’autres facteurs sont en cause : l’utilisation du stimulateur cardiaque, la réanimation cardio-respiratoire, l’alimentation par tubes, la dialyse rénale, etc. Selon de nombreux chercheurs, les médicaments créés après 1990 sont plus coûteux, sans être nécessairement plus efficaces que les médicaments de première génération. Dans une étude effectuée en France portant sur les médicaments produits entre 2002 et 2011, les résultats ont montré que 8 % d’entre eux apportaient un bénéfice clinique ou thérapeutique et que 15 % apportaient plus de torts que de bénéfices.

Lors de l’introduction d’un nouveau médicament ou d’un nouveau vaccin, il serait temps de s’assurer que les évaluations sont faites par des organisations indépendantes de l’industrie pharmaceutique et d’appliquer aux analyses coûts/bénéfices de ces nouveaux produits des principes éthiques, comme la transparence (quels sont les conflits d’intérêts en présence ?), le mieux-être (y a-t-il un réel bénéfice ?) et la justice (son coût exorbitant limite-t-il l’accès à d’autres soins de santé ?). Ces deux conditions sont nécessaires pour préserver la crédibilité des résultats de recherche et pour améliorer la qualité et l’équité de notre système de santé.

* Lettre cosignée par André-Pierre Contandriopoulos, Ph.D. (économie), Louise Ringuette, M.Sc. (microbiologie/bioéthique), Louis-Marc Bourdeau, Ph.D. (statistique), Jean-Claude St-Onge, Ph.D. (socio-économie), Charles Marsan, DMV, MA (bioéthique), Bryn Williams-Jones, Ph.D. (bioéthique), tous de l’Université de Montréal, et Steve Morgan, Ph.D. (économie), de l’Université de Colombie-Britannique.


 
2 commentaires
  • Marguerite Paradis - Inscrite 2 décembre 2017 07 h 36

    LES PHARMACEUTIQUES, UN ÉLÉMENT DANS UN SYSTÈME MALADE

    Malheureusement ce ne sera pas avec nos éluEs actuels, tant québécois que canadien, qu’il y aura une réflexion et une pratique pour un « système de santé ».
    Par exemple, je ne comprends pas pourquoi ce sont les « médoc » qui sont priorisés dans notre système de santé.
    La qualité des logements et du milieu d’habitation, l’accès à une alimentation de qualité, l’apprentissage dans l’enfance du comment prendre soin de son corps, un revenu décent, etc.
    Voilà les bases d’un réel « système de santé ».
    M.P.

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 décembre 2017 07 h 58

    Un système public s'impose!

    Nos gouvernements devront avoir honte de laissez-faire les compagnies pharmaceutiques qui se trouvent dans un conflit d'intérêts. Nous continuons de verser des sommes exagérées pour nos médicaments, tandis que d'autres pays, notamment la Nouvelle-Zélande, ont négocié de meilleurs prix pour leurs médicaments.
    Nous sommes le seul pays au monde avec un système de soins de santé publique, mais l'achat de nos médicaments est encore au privé. Il n'y a aucune raison pour nos gouvernements de faire l'oreille sourde à nos demandes.