Au public, l’innovation bénéficie aux moins privilégiés

L’école privée subventionnée contribue, en ce moment, à faire avancer l’éducation au Québec. Toutefois, il y a un volet important de l’équation qu’il faut aussi examiner: sa clientèle, en provenance de milieux socio-économiques favorisés.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’école privée subventionnée contribue, en ce moment, à faire avancer l’éducation au Québec. Toutefois, il y a un volet important de l’équation qu’il faut aussi examiner: sa clientèle, en provenance de milieux socio-économiques favorisés.

Le déclencheur

Marc-André Girard, directeur du secondaire au collège Beaubois, s’en prend à ceux qui mènent des « campagnes de dépréciation » à l’endroit des écoles privées subventionnées, « ceux qui innovent et qui font autrement sont victimes de “l’effet beige”, cet immense vortex uniformisateur qui nivelle sans cesse vers le bas au nom de l’équité et de l’égalité des chances ».

« L’école privée, un remède contre le nivellement par le bas en éducation ! », Le Devoir, 14 mai 2017.

Votre récent article dans Le Devoir m’a beaucoup fait réfléchir. Ayant habituellement de la difficulté à faire la part des choses dans ce débat, vous m’avez amené à la nuance.

En effet, l’école privée subventionnée jouit d’une latitude enviable dans ses prises de décisions. Pas de grosse machine, de hiérarchie qui ne fait malheureusement qu’éloigner les services des élèves. Une mobilisation accrue, car l’équipe-école est nécessairement partie prenante des décisions et a les coudées franches pour se lancer dans des projets. Pour avoir rencontré bon nombre d’intervenants du privé dans différents rendez-vous technopédagogiques, il est vrai qu’on ne peut qu’être impressionné du niveau d’innovation que l’on retrouve dans ses établissements. Des environnements qui font rêver tous les intervenants du secteur public. Donc, en ce sens, je me dois de me ranger derrière vous. L’école privée subventionnée contribue, en ce moment, à faire avancer l’éducation au Québec.

Question de clientèle

Toutefois, il y a un volet important de l’équation que vous avez complètement occulté dans votre billet : votre clientèle. Cette clientèle en provenance de milieux socio-économiques favorisés, souvent sélectionnée par des examens d’entrée, homogène par l’absence quasi totale d’élèves en difficultés, vous permet également d’atteindre ces résultats. Et c’est là que je ne peux que diverger de votre opinion. Le système public, tout imparfait qu’il est (et je suis le premier à le dénoncer), se donne la responsabilité sociétale d’offrir une éducation POUR TOUS : riches ou pauvres, performants ou en difficulté, en parfaite santé comme handicapés. Cette responsabilité sociétale n’est pas partagée par une importante proportion des établissements privés, qui sont pourtant subventionnés. Et ça, ça avantage nécessairement les performances de ces écoles.

Lorsque vous définissez le système comme « beige », je sursaute. Connaissez-vous les CFER (Centres de formation en entreprises et récupération) ? Une innovation pédagogique présente depuis 1990 qui a permis à la récupération de voir le jour au Québec, et ce, dans un système 100 % public et avec une clientèle qui, à 16 ans, n’a pas atteint les acquis de la 6e année. Avez-vous déjà vu, dans les rendez-vous de technopédagogues, l’équipe du CFER de Bellechasse ? Ces pionniers de l’innovation technopédagogique permettent depuis cinq ans à des élèves de se dépasser avec leurs iPad, allant même jusqu’à leur apprendre à programmer des robots humanoïdes Nao ? Beiges, ces gens, vraiment ? Aux antipodes du nivellement par le bas, ils ambitionnent, comme les 120 autres intervenants de ce réseau, de transformer des jeunes en difficulté en citoyens engagés qui contribueront, comme les diplômés des écoles privées subventionnées, à la société québécoise. Je vous parle des CFER car je le connais, mais le système public regorge de leaders innovants qui souffrent en silence de ne pas avoir les moyens des écoles privées et qui acceptent de relever le défi de s’occuper de ceux dans le besoin.

Comme je vous le disais d’entrée de jeu, votre billet est porteur de vérité. Une vérité malheureusement partielle, qui ne présente que les arguments qui illustraient bien votre propos. Je rêve d’un système d’éducation universel plus en santé. Et si les écoles privées subventionnées le souhaitent, elles peuvent en effet y être un moteur de changement. Mais qu’elles le soient pour tous. Les fondations de ces établissements disposent de fonds pour mettre sur pied des services qui permettraient facilement d’accueillir un pourcentage important d’élèves dans le besoin, financier comme pédagogique. Votre indépendance est un privilège qui devrait, selon moi, vous inciter à prendre davantage de responsabilités par rapport à la société qui vous l’octroie.


 
4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 mai 2017 00 h 54

    le privé nous coûte plus cher et la qualité n'est pas au rendez-vous.

    Vous vous trempez, monsieur. Il n'y a rien dans l'article de Marc-André Gérard qui ressemble à la vérité. C'est simplement de la propagande affairiste en faveur du privé subventionné. Les exemples de dépassement des coûts partout dans le privé se multiplient et démontrent que le privé nous coûte plus cher et la qualité n'est pas au rendez-vous.

  • Bernard Terreault - Abonné 18 mai 2017 08 h 23

    Constatations

    Il y a des raisons historiques qui expliquent que la classe moyenne canadienne-française a favorisé et favorise encore l'école privée, à un niveau qu'on ne voit pas ailleurs au Canada, aux États-Unis, en France et autres pays dits développés. Je confesse que je suis allé au privé, mes enfants aussi. Ma ville abonde en écoles des deux types et il est facile de faire des constatations à la sortie des classes. Dans les écoles privées les élèves ont la peau blanche (et sont coiffés et habillés proprement). Au public, les enfants d'immigrés semblent dominer, et les groupes de copains "multicolores" sont nombreux. Mais il est évident que, puisque ces écoles comptent à la fois des immigrés qui connaissent mal la langue et les "de souche" trop pauvres ou trop turbulents ou trop peu doués pour aller au privé, alors la tâche des enseignants y est bien plus difficile et il leur faudrait des ratios prof/élève bien plus élevés que les écoles privées qui sélectionnent leur clientèle.

    • René Pigeon - Abonné 18 mai 2017 13 h 05

      Je ne vois pas dans votre commentaire les « raisons historiques qui expliquent que la classe moyenne canadienne-française a favorisé et favorise encore l'école privée, à un niveau qu'on ne voit pas ailleurs ».

      Les écoles catholiques canadiennes françaises excluaient les immigrés.

  • Louis Fortin - Abonné 18 mai 2017 19 h 54

    Une question de moyen tout simplement

    L'école publique doit composer avec des éléments quasi inexistants au privé: sous-financement chronique, bâtiment désuet, problème d'image, mixité de la clientèle et j'en passe.

    Quand on vient me la rabattre avec les performances exceptionnelles du privé, j'ai plutôt tendance à dire que c'est l'école publique qui fait des mirables avec les moyens que nous lui donnons. Le privé encourage une élite qui a les moyens de faire ce choix. Il serait grand temps que nous acceptions de donner les moyens de ses ambitions à notre école publique pour la rendre attrayante et pour qu'ainsi plus de parents la choisissent. Il s'y passe des choses formidables trop souvent occulétées.