La guerre en Syrie, la honte d’une génération

L’UNICEF a recensé pour 2016 652 enfants tués à la suite d’actes de guerre et 851 enfants recrutés.
Photo: Joseph Eid Agence France-Presse L’UNICEF a recensé pour 2016 652 enfants tués à la suite d’actes de guerre et 851 enfants recrutés.

Que l’on tente de l’ignorer ou pas, la guerre civile en Syrie, qui dure maintenant depuis six ans, est la honte de notre génération.

Tous ceux qui, comme moi, sont éduqués, ont la chance de profiter de la paix, d’accéder à l’information en temps réel, et tous ceux qui, comme moi, sont parents de la génération future ont un devoir moral de se préoccuper de ce qui se passe en Syrie.

Oublions la géopolitique qui nous donne envie de nous déclarer impuissants. Pensons plutôt aux enfants et aux adolescents syriens, aux millions de déplacés internes et aux millions d’enfants réfugiés qui ont dû entreprendre un dangereux voyage. Nous avons tous un rôle à jouer pour garantir un avenir meilleur à ces enfants vulnérables.

L’indifférence n’est pas possible. À moins qu’on ne les y force, les enfants ne font pas la guerre. Ils ne portent pas les armes et ne tuent pas. Un enfant veut simplement jouer, apprendre et grandir. Mais pour ce faire, ils doivent se sentir en sécurité.

Malheureusement, et c’est horrible, c’est tout le contraire en Syrie. Les enfants sont constamment pris pour cible. Leurs maisons sont frappées, leurs écoles sont détruites et leurs terrains de jeu sont ensanglantés.

Les hôpitaux sont si souvent bombardés qu’on y trouve à peine de quoi soigner les enfants blessés. Les médecins, faute de matériel médical, ne peuvent sauver que les cas qui ont le plus de chances de survie.

La pire année pour les enfants

L’année 2016 fut la pire pour les enfants en Syrie. L’UNICEF a recensé 652 enfants tués à la suite d’actes de guerre et 851 enfants recrutés par des groupes armés pour participer aux combats. À cela s’ajoute tout ce qui ne peut être chiffré : les séquelles psychologiques, les cauchemars et le désespoir.

En Syrie et dans la région, des milliers d’enfants sont forcés de travailler au lieu d’aller à l’école. Trop de jeunes filles sont mariées alors qu’elles sont encore enfants. Leurs parents n’ont pas d’autre option. Comme n’importe quel parent, ils souhaitent un meilleur avenir pour leurs enfants. Le travail et le mariage sont parfois les seules solutions pour contrer la pauvreté et le dénuement. […]

Lorsque je voyage dans la région, je suis touchée par la fierté des parents qui me présentent leur fille ou leur fils qui ont encore la chance d’aller à l’école. Je les admire tant pour tous leurs efforts et leurs sacrifices, et je les remercie, car ce sont ces enfants-là qui pourront aider à reconstruire la Syrie, une fois que les armes se tairont.

Alors, que demande l’UNICEF ? D’abord, plus de fonds pour apporter l’aide nécessaire aux enfants touchés. Puis, la libre circulation de nos équipes sur le terrain. Les parties au conflit doivent nous garantir un accès humanitaire pour rejoindre les enfants en danger.

Mettons-nous, pour un instant, dans la peau d’un enfant syrien et utilisons toute la peur, l’injustice et la faim que nous ressentons pour agir. Exigeons que les acteurs du conflit syrien et ceux qui les appuient cessent toute attaque contre les écoles, les centres de santé, les infrastructures d’eau et demandons à tous ceux qui ont de l’influence sur ce conflit de s’engager dès maintenant à protéger les enfants syriens au lieu de les attaquer.

17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 mars 2017 01 h 51

    Et oui des trafiquants d'huile

    est-ce que cette region du monde n'a-t-elle pas toujours étée en guerre, comment expliquer autrement le nombre d'approches qui existe dans cette region,peut etre que la Syrie a toujours étée au centre des grandes migrations, j'imagine ce territoire est au centre de centaines de tributs, dommage que nous n'ayons pas eu la chance de vraiment interroger Sadam Hussein,nous en aurions appris l'histoire, mais que faire avec le clan Bush, qui n'avait qu'une seul chose en tête , dominer la région, quelle belle faillitte, des sciecles d'histoires de disparus , quels incultes que ces trafiquants d'huile, peut etre sont-ils de leur temps et j'espere que Trump ne fera pas la meme erreur

  • Pierre Laval Mathieu - Abonné 18 mars 2017 05 h 09

    Article qui fait réfléchir

    • André Joyal - Abonné 18 mars 2017 17 h 06

      @ m. Mathieu,
      Ditesnous ce que donne votre réflexion.

    • Marc Therrien - Abonné 18 mars 2017 21 h 36

      @M. Joyal,

      Parfois, achever une réflexion demande plus que les 3 jours accordés par ce forum.
      Parfois aussi, une réflexion approfondie accentue le sentiment d'impuissance qui n'est pas pour autant une excuse pour ne pas agir ou une fuite. Et enfin, peut-être que les "actions" proposées par l'auteure, professionelle des affaires humanitaires, dans le dernier paragraphe de son texte peuvent être jugées insignifiantes par l'esprit critique qui réfléchit beaucoup et qui ainsi, a perdu le sens de la pensée positive puissante ou magique (wishful thinking).

      Marc Therrien

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 mars 2017 08 h 21

    Le mythe de la guerre civilisée

    La guerre est une boucherie. Elle l’a toujours été et elle le sera toujours.

    Oublier la géopolitique, comme le suggère l’auteur, nous permet de mieux voir à quel point cette guerre est une honte.

    Mais si on se refuse à voir _pourquoi_ on l’a déclenchée, cela signifie que nous continuerons d’être manipulés par le cancer de nos économies développées. Ce cancer, c’est le complexe militaro-industriel. Au nom du maintien des emplois, celui-ci a besoin continuellement de nouvelles guerres pour maintenir les emplois.

    Pour le contenter, nos dirigeants politiques trouveront le nouveau prétexte (armes de destructions massives, vilain et cruel régime à abattre, etc.) qui fera en sorte que des millions de citoyens bien intentionnés applaudiront à nos bombardements et à la vente d’armement militaire. Comme si on pouvait bombarder sans tuer.

    Et devant le résultat, nous nous indignerons.

    Mais on doit bien se le dire : l’indignation est un sentiment légitime devant l’horreur. Mais elle ne sert à rien dans la mesure où elle ne nous enseigne rien. Elle ne va jamais au-delà d’une même irrémédiable conclusion; la guerre est laide.

    Donc nous sommes condamnés à aller de guerre en guerre et d’indignation en indignation jusqu’à ce que tout cela, peu à peu, devienne anodin et sans intérêt. Jusqu’à ce que nous détournions la tête parce que nous ne voulons plus en entendre parler.

    Voyez seulement le nombre de commentaires que suscitera ce texte et comparez-le au nombre de commentaires suscités par n’importe quel autre texte portant sur une question identitaire.

    • André Joyal - Abonné 18 mars 2017 17 h 12

      Bonne remarque M. Martel concernant le nb de commentaires portant sur l'identitaire. Le probleme, s'il me fait réfléchir ce texte, je n'arrive pas à rien dégager. Alors que sur l'identitaire, comme d'autres, je pourrais écrire un livre. Capete?

  • Michel Lebel - Abonné 18 mars 2017 08 h 29

    La honte?


    Je tique sur ces mots: ''La honte d'une génération''. Sommes-nous, comme humains, responsables de tous les maux qui frappent notre monde? Je ne le crois pas. Les premiers responsables de l'horrible drame syrien sont les gouvernements syrien et russe. Il faut dire ces choses.
    Certes il faudrait faire plus pour protéger les enfants pris dans cet enfer. Oui, faire plus, mais pas sentir de honte, mais être plus humain, plus près de ceux, avec ceux qui souffrent dans les conflits, en Syrie et ailleurs. Ne sommes-nous pas tous et toutes frères et soeurs en humanité.


    Michel Lebel

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 18 mars 2017 10 h 34

      Qui a armé les rebelles? Qui a fait de l'ingérence? Qui a détruit la Libye & l'Irak? Je veux bien, évidemment, que les Russes et le régime syrien ait une part (énorme sans doute) de responsabilité. Mais ignorer les initiatives de déstabilisation qui ont mené à « la guerre civile », c'est nier justement le rôle « de la géopolitique » que l'article nous demande d'ignorer on ne sait pourquoi.

      Si un état est en situation de paix relative et qu'il ne menace pas d'autres États, même si un dictateur dirige ledit état, nous n'avons pas le droit de nous ingérer, voilà ce qui arrive quand on le fait. Les États-Unis ont un lourd passif en matière de déstabilisation. Votre commentaire me montre surtout qu'à force de n'utiliser que les dépêches de l'Agence France-Presse pour exposer la politique étrangère, le Devoir relaie une vision assez intéressée et biaisée de ce qui se passe à l'extérieur du Canada...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 mars 2017 11 h 36

      J’abonde dans le même sens que M. Charles-Étienne Gill.

      Fondamentalement, la guerre en Syrie origine du refus de Bachar el-Assad de laisser passer un gazoduc qatari sur son territoire.

      Dès lors, les promoteurs du projet — le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie — ont d’abord alimenté en vain le printemps arabe puis, devait cet échec, ont fait pleuvoir des millions$ pour faire venir de partout à travers le monde des mercenaires islamistes intéressés à mettre ce pays à feu et à sang.

      Nos pays n’ont fait qu’entretenir cette guerre en limitant la progression de l’ÉI mais en ne faisant rien pour l’anéantir (du moins jusqu’à l’implication des Russes). Parce que le but de la coalition, c’était de cultiver l’insécurité régionale qui motivait les pays voisins à leur acheter des armes.

      Bref, pour les dirigeants de la coalition, cette guerre était une occasion d’affaires. Rien d’autre.

    • Michel Lebel - Abonné 18 mars 2017 11 h 59

      @ M.Gill


      Dans une guerre, peu de billigérants ont les mains propres, Ceci étant dit, les mains les plus sales (celles qui tuent et blessent beaucoup) me semblent être sans le moindre doute celles de la soldatesque de Bachar et Poutine. Il faut bien admettre cette évidence! Les bombes sur Alep et ailleurs, sans oublier les hôpitaux, ne viennent pas des rebelles! Ils n'ont pas d'avions!

      M.L.

    • Pierre Fortin - Abonné 18 mars 2017 12 h 55

      Monsieur Lebel, si vous tiquez sur l'idée de " honte d'une génération " et que vous ne voyez pas la responsabilité que nous pouvons avoir individuellement dans la guerre de Syrie, vous devrez bien admettre que nos élus, qui agissent en notre nom, ne se gênent pas pour jouer les foudres de guerre ou pour applaudir à chaque nouvelle destruction.

      L'intervention " humanitaire " menée en Libye au nom de l'ONU et de la vertueuse " communauté internationale " nous permet de voir un peu plus clair dans ce qu'on désigne comme le remodelage du Moyen-Orient. Sous le prétexte de délivrer le peuple libyen du joug de son dictateur désigné, on aura fait 30 000 victimes civiles dès les premiers jours et détruit les infrastructures du pays qui n'arrive plus à se sortir de la guerre civile et du terrorisme. Bien sûr, les occidentaux (France, Royaume-Uni et USA) ont pris soin de confisquer les fonds souverains (environ 700 milliards de dollars) et de contrôler l'exploitation du pétrole ... tout en quittant le pays en laissant la population patauger seule dans son enfer.

      Il est un peu tôt pour décerner les torts et les responsabilités de chacun dans le drame syrien, mais les vétos russe et chinois ont au moins empêché que se répète une intervention " humanitaire " du type de celle menée en Libye.

      Il est tout de même curieux que la couverture médiatique occidentale ait été aussi unanime sur ce qu'il se passe en Syrie alors qu'aucun journaliste d'investigation ne se trouvait sur le terrain. Les quelques informations crédibles concernant les faits commencent à peine à émerger et il serait bon de réserver nos jugements sur les causes et les instigateurs de cette guerre.

    • André Joyal - Abonné 18 mars 2017 17 h 14

      Qui croirait qu'un électeur du PLQ pourrait tenir d'aussi beaux propos? Ben pour dire, hein!

  • Charles-Étienne Gill - Abonné 18 mars 2017 10 h 26

    La réponse est dans la question

    « Oublions la géopolitique qui nous donne envie de nous déclarer impuissants »

    Nos gouvernements n'étaient pas obligés d'emboiter le pas à Clinton/Obama dans leur poursuite de la déstabilisation de la région, commencée par Georges Bush Père. Ce bordel volontaire est le fruit d'une politique que l'on peut comprendre en lisans «L'Empire du capital » d'Ellen Meiksins Wood. C'est le contraire, il faut s'informer et comprendre et utiliser les moyens politiques pour influencer nos gouvernements et isoler les pays impérialistes, lesquels, en ayant moins de légitimité, prendront plus de risque lors de leurs opérations, lesquels pourront dégénérer et provoquer des scandales pour que leur propre population exige des changements.

    Vous-même parlez ici de « guerre civile » alors qu'au Canada, on parle volontier d'une révolution et on a parlé de «révolution démocratique et pacifique», on a créé le récit selon lesquelles des rebelles armés (par qui) ne sont apparus que pour «protéger» la population cherchant légitimement à se révoluter par Assad le sanguinaire.

    Oublier la géopolitique? C'est la melleure façon pour que l'humanitaire en soit le jouet.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 mars 2017 11 h 53

      En effet, M. Gill, en 2015 la Tony Blair Faith Foundation a étudié l’idéologie des 48 principaux groupes de rebelles syriens.

      Ces rebelles que l’Agence France Presse et les quotidiens qui en sont les perroquets, nous présentent comme de bons rebelles luttant pour la démocratie.

      La conclusion de cette étude, c’est que seuls 38% des groupes de rebelles (dont les milices kurdes) souhaitent diriger une démocratie parlementaire.

      Au total, la majorité des groupes rebelles dits ‘modérés’ (excluant donc l’ÉI et Al-Qaida) visent à remplacer le régime séculier et brutal de Bachar el-Assad par un régime islamiste tout aussi brutal, voire barbare.

      Et puisque ces groupes s’unissent et s’affrontent selon les circonstances, les auteurs du rapport écrivent : « Toute tentative de faire la distinction entre des rebelles ‘modérés’ d’une part et des extrémistes de l’autre, est impossible. »