Brève sociologie de l’air conditionné

«Les étudiants peuvent constater que socialement, l’air conditionné n’est pas accessible à tous», écrit Robert Ménard.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Les étudiants peuvent constater que socialement, l’air conditionné n’est pas accessible à tous», écrit Robert Ménard.

Dans un contexte d’apprentissage, la capacité de concentration d’un individu est primordiale. Force est de constater que celle-ci est mise à rude épreuve dans certaines institutions scolaires de niveau collégial alors qu’une chaleur accablante envahit les salles de classe depuis le début de la session. Un scénario qui se répète chaque année au début et à la fin de l’année scolaire pendant deux à cinq semaines lors de chacune de ces périodes, selon respectivement le prolongement ou la précocité de la saison estivale. Considérant qu’une session collégiale dure 15 semaines, la population estudiantine doit éviter les coups de chaleur tout en tentant d’apprendre lors d’une période qui peut occuper jusqu’à un tiers du temps prévu pour les activités de formation.

L’air conditionné étant absent des classes, il semble y avoir une certaine forme d’inégalité puisque ce n’est pas le cas dans tous les locaux. En effet, un tour du côté des bureaux administratifs fait rapidement oublier le phénomène de sudation présent dans les espaces de diffusion du savoir. Un constat s’impose alors : la chaleur et la sueur pour les masses apprenantes, le confort et la quiétude pour l’élite dirigeante.

Il s’agit là peut-être d’un apprentissage en soi. Les étudiants peuvent ainsi constater que socialement, l’air conditionné n’est pas accessible à tous. Il ne l’est pas lorsqu’ils apprennent, mais il l’est certainement lorsqu’ils consomment dans les espaces commerciaux, et il le sera lorsqu’ils travailleront, dans la mesure où le statut socio-économique de leur occupation professionnelle comprendra ce privilège. La climatisation s’avère donc importante pour la consommation et la production (dans certains cas), mais elle ne l’est pas pour l’éducation.

En sociologie, certains courants de pensée considèrent que les conditions matérielles d’existence des individus sont révélatrices des inégalités sociales, mais également des priorités sociétales. Avec l’absence d’air conditionné dans la plupart des cégeps — qui pourrait minimalement être compensée par des initiatives environnementales telles que des toits verts qui absorberaient une partie de la chaleur émise — et l’état délabré, voire contaminé, de plusieurs écoles primaires et secondaires, il semble, dans cette perspective, que l’éducation soit loin d’être un enjeu social prioritaire au sein de la société québécoise. Bien installés dans leurs bureaux climatisés, certains acteurs sociaux affirmeront peut-être le contraire…


 
7 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 12 septembre 2016 06 h 25

    Fausse perception

    Exceptionnellement cette année, le temps chaud s'est poursuivi pendant les 3 premières semaines de cours des cégeps du sud du Québec. Normalement ce temps chaud dure tout au plus 2 semaines en fin d'été. Et il n'y a presque jamais de journée très chaude au mois de mai. Cette année, pour la seule fois en 20 ans, la dernière semaine de mai était chaude, avec des températures maximales entre 26 et 32 degrés, mais des nuits et des matinées fraîches.

    Climatiser l'ensemble des cégeps du sud du Québec serait une dépense irrationnelle.

  • André Tremblay - Abonné 12 septembre 2016 08 h 49

    Air conditionné ??

    "air climatisé "

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 septembre 2016 10 h 07

      Selon l'OQLF, c'est M. Ménard qui a raison.
      https://www.oqlf.gouv.qc.ca/actualites/capsules_hebdo/climatiser_20060727.html

    • Jean Richard - Abonné 12 septembre 2016 19 h 25

      On n'entend jamais dire en hiver que des locaux ont l'air chauffé. ils sont simplement chauffés – par un système de chauffage, chaudière centrale ou convecteurs. Quand il commence à faire froid, on met le chauffage.

      Pourquoi n'irait-on pas avec la même approche en été ? Nous aurions tout simplement des locaux climatisés – par un climatiseur (on réserve le mot réfrigérés pour des températures nettement plus basses). Et quand il fait trop chaud, on met la climatisation.

  • Loyola Leroux - Abonné 12 septembre 2016 10 h 12

    La chaleur dans les cegeps : une solution simple

    La solution au probleme de la grande chaleur en aout dans les classes des cegeps est simple. Il faut diminuer la période de vacances d’hiver qui, dans certains département va du début décembre a la fin janvier.
    Une session doit s’échelonner sur 82 jours. Permettre aux étudiants de faire leurs examens au début janvier solutionnerait le probleme. C’est ce qui était la pratique dans mon college en 1965. La session d’automne pourrait commencer apres la Fete du travail. Je reconnais toutefois, que les étudiants ne pourraient voyager dans le sud.
    Loyola Leroux, professeur de cegep retraité

  • Claude Lemay - Inscrit 12 septembre 2016 14 h 21

    Et les hôpitaux...

    À ce triste constat sur le milieu de l'éducation, il faut aussi ajouter celui des hôpitaux qui pour une bonne part ne bénéficient pas d'air climatisé non plus. Serait-ce donc un fait de tous les établissements publics ?

    • Jean Richard - Abonné 12 septembre 2016 19 h 28

      Ce serait peut-être risqué de climatiser les hôpitaux car des systèmes de climatisation mal entretenus, ça peut causer problème dans un milieu où les gens sont vulnérables. Il y a des micro-organismes qui adorent certains conduits de ventilation, surtout quand ils sont humides.