Québec a fait le bon choix

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a été l’un des principaux artisans de la politique budgétaire mise en place par le gouvernement Couillard.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a été l’un des principaux artisans de la politique budgétaire mise en place par le gouvernement Couillard.

Le gouvernement du Québec a annoncé en juin un surplus inattendu de 1,7 milliard de dollars pour l’année 2015-2016, ce qui a déclenché un débat sur sa politique d’austérité budgétaire des deux dernières années. Ce débat est compréhensible, car 87 % de ce surplus découle d’une révision de la prévision des dépenses de 1,4 milliard, faite à peine trois mois après le discours du budget. De toute évidence, le gouvernement semble y être allé un peu trop fort sur les compressions, d’autant plus que pour l’année 2016-2017, les ministères ont déjà entre-temps essayé de résorber un écart appréhendé de 895 millions. Comment le gouvernement utilisera-t-il le surplus, se demandent les éditorialistes et commentateurs financiers ? Jusqu’ici, il a laissé entendre que le plan budgétaire en cours était maintenu.

C’est dans la foulée de ce débat qu’est paru le 13 juillet dernier dans Le Devoir le texte « Tout ça pour ça », écrit par les économistes Jean-Pierre Aubry, François Delorme et Pierre Fortin. Leur analyse remet en cause l’objectif même d’équilibre budgétaire poursuivi depuis 2013.

Comme le suggère depuis plusieurs années la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, le gouvernement aurait dû selon eux soutenir en priorité la relance de la croissance économique afin de récupérer le terrain perdu depuis la récession de 2009. Le Québec avait la capacité de le faire compte tenu de son niveau d’endettement et des bas taux d’intérêt offerts actuellement sur les marchés financiers. Mais le gouvernement a plutôt choisi de mettre en application une politique budgétaire de type « stop-and-go », stratégie qui se serait avérée coûteuse en matière de croissance économique et d’emploi.

Je trouve que les auteurs ont fait un mauvais diagnostic de la situation budgétaire du Québec. Si on exclut le Fonds des générations comme l’exige la Loi sur l’équilibre budgétaire, le solde financier intégrant le financement nécessaire pour l’ensemble des opérations courantes, des immobilisations et des investissements est passé de -8,1 milliards en 2013-2014 à -6,0 milliards l’année suivante, et à -3,0 milliards en 2015-2016. L’effort financier est allé en diminuant, mais ce sont quand même 17,1 milliards qui ont été injectés dans l’économie au cours des trois dernières années.

Mauvais diagnostic

Si on regarde simplement l’évolution de la dette brute depuis le début de la récession, l’accroissement de l’endettement du Québec a été phénoménal. Au 31 mars 2010, le montant total de la dette était de 163 milliards et au 31 mars 2016, il était rendu à 206 milliards. C’est une augmentation de 43 milliards de dollars. La mauvaise perspective qui est véhiculée de la politique budgétaire vient du fait que le gouvernement met l’accent uniquement sur les déficits ou les surplus des opérations courantes, sans mentionner les autres efforts pour financer les immobilisations et les investissements.

Les auteurs de l’article vont jusqu’à suggérer que la dette pourrait augmenter davantage car le fardeau actuel par rapport au PIB est seulement de 55 % alors que son sommet historique a déjà été de 61 % en 1996. Le ministère des Finances a fait deux réformes de la comptabilité au cours des 20 dernières années (en 2008 et en 1997) et à chacune des étapes, il a toujours pris soin de souligner que les données antérieures n’étaient pas comparables.

Quoi qu’il en soit, si on accepte que le niveau maximum du poids de la dette en 1996 puisse avoir été de 61 % du PIB et si on le compare au poids de la dette au début de la récession, soit 52 % au 31 mars 2010, il faut en déduire que la marge de manoeuvre supplémentaire que le gouvernement aurait pu utiliser afin de relancer davantage l’économie était de 9 % du PIB, c’est-à-dire 34 milliards de dollars selon le PIB de 2015. Comme le poids de la dette en 2015-2016 a atteint 55 %, cela signifie que seulement le tiers de la marge de manoeuvre aurait été utilisé et qu’il serait encore possible d’augmenter la dette de 22 milliards. Est-ce que l’on peut sérieusement suggérer une telle possibilité, car si c’était le cas, il s’en suivrait une décote certaine et une hausse des taux d’intérêt pour la dette du Québec. C’est grâce au programme d’austérité budgétaire que le Québec, dont la dette est la plus élevée de toutes les provinces, a pu maintenir sa cote d’emprunteur.

Handicap structurel

Mon dernier commentaire porte sur l’invitation que le FMI a faite aux pays industrialisés de soutenir en priorité la croissance plutôt que le rééquilibrage des finances publiques.

C’est une invitation qui s’adressait à mon point de vue aux gouvernements nationaux, et non pas aux gouvernements locaux, par exemples les gouvernements des États aux États-Unis, les gouvernements provinciaux du Canada ou les gouvernements des länder de l’Allemagne. Le gouvernement fédéral allemand a déjà fait quant à lui son choix puisqu’en 2015, il a atteint son objectif de ne plus accroître sa dette et qu’il a demandé aux gouvernements des länder d’atteindre le même objectif pour 2019-2020. La Bavière a décidé d’aller plus loin et de rembourser complètement sa dette existante d’ici 2030. Dans le cadre de la coopération privilégiée avec ce land, le Québec pourrait leur demander comment ils vont s’y prendre.

Est-ce que le gouvernement de Philippe Couillard a fait le bon choix entre le « stop-and-go » et le « go-go » budgétaire ? La politique d’austérité aurait dû être faite différemment afin de réduire de façon permanente le taux de croissance structurel des dépenses. Cela dit, globalement, la politique budgétaire n’a pas été nuisible à la relance de l’économie. Le gouvernement a donc fait malgré tout un bon choix, et si le terrain perdu lors de la récession n’a pas encore été repris après six ans de soutien, c’est que l’économie du Québec souffre d’un handicap structurel de compétitivité. C’est là que se situe le véritable problème dont il faudrait trouver la bonne solution.


 
10 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 29 juillet 2016 05 h 32

    Le bon choix

    Québec met la hache dans l'éducation : tous les libéraux bon teint se réjouissent : cela fera de futurs clients serviles et des citoyens dociles, YES!

    • Johanne St-Amour - Inscrite 29 juillet 2016 09 h 19

      Je pense que les gens ne sont pas dupes et s'en souviendront en 2018!

      M. Bédard nous étale des chiffres et des chiffres sans jamais parler des personnes: celles qui sont victimes de cette austérité inhumaine et sauvage et du bri des structures qui faisaient l'unanimité au Québec! Un bulldozer appelé «Les vraies affaires»!

      M. Bédard ne parle pas non plus de ce gouvernement qui a été élu sous de fausses promesses, des intentions cachées: jamais ce gouvernement n'a détaillé ses intentions réelles!

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 juillet 2016 08 h 06

    Passivité et déstructuration

    La lecture que M. Bédard fait de la situation se veut de pointe, mais en fait draine des idées usées et inopérantes. Elle présente le gouvernement comme une victime passive de la situation et non vomme un acteur. Lui et Leitao sont en belle harmonie pour notre plus grand malheur.

    Les idées contre lesquelles il dit se battre ne sont pas tellement plus progressistes mais ont l'avantage de tenir compte d'un élément qu'il semble ignorer, l'être humain que le budget doit que je sache servir.

    La cause première du déficit est la crise de 2009? Pas vraiment. C'est plutôt le manque de prépararion de Charest à celle-ci, lui qui a coupé taxes et impôts de 2003 à 2008, vidant les coffres au profit de votes "sectorisés" en très mauvais gestionnaire.
    Les emprunts en catastrophe de 2009 ont été le début d'une avalanche d'aide aux amis et proches du régime et ont aidé un peu l'économie selon le principe des fontaines communicantes, mais mal. Par contre, la caisse électorale, elle...
    Par la suite, les chausses-trappes laissées partout pour piéger le gouvernement Marois ont fait aussi beaucoup de tort.

    Se réfugier dans son grenier et tout réduire comme le fait Leitao est puéril. Déverser les millions pour inciter à l'initiative presque "au hasard", puisqu'on ignore comme le marché se comportera, est faible.

    Le gouvernement doit jouer son rôle de partenaire économique majeur et investir au lieu de subventionner. Le Capitalisme d'État, que M. Leitao ose appeler du soviétisme, est à la base des choix d'une démocratie selon des options clarifiées, et non ceux d'un banquier dont la seule colonne est faite de chiffres.

    L'encouragement à l'initiative, que Couillard et cie ont étranglé dès le début du mandat, en est une faible partie. Le contre-exemple par excellence est de faire appel à l'internationale et vendre le sol.

    Le calcul de M. Bédard ne mène qu'à la création de pauvreté au nom du PIB, étant sous-tendu le principe de "différentiels économiques" générateurs. Wow!

    • Pierre Fortin - Abonné 29 juillet 2016 19 h 10

      Beau texte Monsieur Trottier,

      Dans la monarchie constitutionnelle dans laquelle nous vivons, tous les pouvoirs fondant l'état sont concentrés dans les mains du PM et de son parti. Seuls certains élus, dans un club plus ou moins fermé, disposent de la Souveraineté par leur seule victoire minoriraire dans une dispute de popularité de surface; « The winner takes all ».

      Monsieur Bédard, tout comme Philippe Couillard, ne semble considérer que les colonnes des bilans bêtement comptables. Comment ces hommes concilient-ils les conditions de vie et le bien-être de la population qui leur a confié son labeur et ses espoirs? autrement qu'en regard de l'entreprise et de la grande entreprise?

      Or le Québec n'est pas une corporation. Les Québécois n'ont pas élu un PDG mais un Premier ministre. La vision économique unidimensionnelle du Québec est disproportionnée et obsessive.

      Tout comme nos maires doivent d'abord assurer l'eau potable, les égouts et la chaussée avant de rêver de nouveaux pouvoirs, le premier ministre doit s'assurer de la bonne santé du Québec avant de lui imposer une régression de sa qualité de vie et de la poursuite de son avenir. Si pour eux les Québécois ne sont que des actionnaires, alors il est plus que temps que ceux-ci touchent, enfin! les dividendes, tous les dividendes.

      Quand cesseront-ils de compter avant de penser?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 juillet 2016 08 h 37

    Un plaidoyer qui passe sous silence le Fonds des générations

    Depuis 2006, 56,8 % de l’ensemble des déficits est représenté par le versement au Fonds des générations. Au lieu de servir au remboursement de la dette, l’État spécule à la bourse avec notre argent.

    Lorsqu’éclatera la bulle spéculative boursière actuelle, la valeur du Fonds des générations s’effondrera comme il s’est effondrée avec la Grande récession. Mais la dette du Québec demeura ce qu’elle est.

    En 2014-2015, le rendement du Fonds a été de 4,1% alors que l’intérêt sur la dette a été de 3,9%. Donc le risque spéculatif que prend l’État n’est récompensé que d’un maigre 0,2% de plus.

    Au lieu de spéculer à la bourse avec notre argent, si le gouvernement Couillard se servait de cet argent pour diminuer la dette, celle-ci serait de sept milliards moindre.

    Donc l’augmentation de 43 milliards de la dette entre 2010 et 2016 dont parle M. Bédard serait réduite de 16% par cette seule mesure. C'est 56,8% de la contribution à la dette de nos déficits. Sans aucune coupure de service et surtout, sans perte de croissance économique puisque la majorité des sommes investies dans le Fonds des générations le sont à l’extérieur du Québec.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 juillet 2016 11 h 46

      Tout le principe du Fond des Générations repose sur la certitude de la croissance économique. L'application de ce principe à ce Fond des Générations est un sous-produit des principes adoptés avec le temps à la gestion des régimes de pensions à prestation déterminées. Sauf que, à la différence de ces fonds de pension à prestation déterminées dont la périnité repose sur la capacité future des employeurs à ajouter des sommes aussi importantes qu'indéterminées en renflouements, le Fond des Générations lui devra faire avec l'évolution des réalités économiques futures.

      Avec ces actes foi totale en la croissance économique le GV se retrouve à la fois de s'endetter pour profiter de cette croissance économique, et à la fois s'endetter pour soutenir cette croissance...

      Ici on se retrouve avec des GV qui ont des dynamiques d'entreprise et développement. Ce qui conduit a ce que nos GV garantissent, privément, que cette croissance aura lieu !

      Et comme l'ensemble a de sérieuses allures de système de Ponzi, le doute du poids que laisse ces garantis de croissances sur les générations futures a conduit à la mise ne place de ce Fond des Générations, qui lui même s'appui sur la croissance...

      Ces choix de foi en la croissance pertuelle ne se discute pas. Tout ce qui se discute c'est comment y arriver.

    • Pierre Cousineau - Abonné 29 juillet 2016 15 h 07

      L'article de M. Bédard se termine ainsi: "...si le terrain perdu lors de la récession n'a pas encore été repris après six ans de soutien, c'est que l'économie du Québec souffre d'un handicap structurel de compétitivité. C'est là que se situe le véritable problème dont il faudrait trouver la bonne solution."
      Quel est donc ce "handicap structurel de compétitivité" que M. Bédard mentionne à la fin de son texte?
      En fouillant un autre sujet, j'ai découvert un article d'un certain Jean-Pierre Martel, daté du 3 juin 2013 et intitulé:" Le déclin de l'économie québécoise". Il y présente un bilan des déficits gigantesques de la balance commerciale du Québec qui se sont créés et succédés sous le gouvernemnt Charest. Avec des qraphiques très explicites. Ses sources sont l'Institut de la statistique du Québec et Desjardins, Études économiques.
      Le handicap de compétitivité dont parle M. Bédard y trouve sa source. S'il est une statistique qu'un gouvernement responsable doit surveiler, c' en est certainement une des principales.
      Le développement et l'enrichissement récent de la Chine a été rendu possible grâce aux plantureux excédents de sa balance commerciale et en contrepartie, le glissement du revenu disponible par habitant au Québec, passé du 4è rang des provinces canadiennes, à l'arrivée de Jean Charest au pouvoir, au 10è et dernier rang au moment ou il le quitte, est la conséquence des déficits gigantesques de sa balance commerciale
      Les gens ne sont généralement pas conscients de cette donnée économique fondamentale et il n'est pas surprenant que le surplus budgétaire présenté par le gouvernement Couillard soit perçu comme de la bonne gestion. Ce que Leitao a accompli est une mise à niveau vers le bas d'une population appauvrie.

      Reste à comprendre pourquoi le premier ministre Charest a laissé s'installer une telle situation et pourquoi le gouvernement Couillard est si dépourvu d'idées économiques porteuses. C'est la première étape vers l'élaboration de solutions.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 juillet 2016 21 h 02

      Merci M. Cousineau d’avoir bien résumé le texte que j’ai publié sur mon blogue. Cela vaut la peine de prendre le temps d’écrire quand on est si bien lu.

      Ce qui fait la force (et la faiblesse) du Parti libéral, c’est sa réputation de bon gestionnaire de l’économie québécoise, réputation à laquelle M. Denis Bédard contribue.

      C’est la force du PLQ parce que tout le monde le croit. Et c’est son talon d’Achille parce que c’est faux, comme mon texte le démontre.

    • Pierre Cousineau - Abonné 29 juillet 2016 22 h 25

      François Legault dans son livre- Cap sur un Québec gagnant: Le projet Saint-Laurent - publié à l'automne 2013, fait une lecture similaire du problème de productivité légué par le gouvernement Charest, Pages 73 et suivantes.
      On peut critiquer plusieurs de ses vues politiques, mais sa proposition de créer une vallée de l'innovation le long du fleuve pour relancer les exportations était une réponse appropriée pour corriger le " handicap structurel de compétitivité" laissé par le gouvernement Charest.
      Ce qui est plus étonnant, c'est l'absence de contre-attaque, que M. Legault manifesta lorsque les libéraux s'emparèrent de son projet au début de la dernière campagne électorale.
      D'autant plus que leur prétendue stratégie maritime proposait un pôle logistique dans Vaudreuil-Soulanges, pôle logistique centré exclusivement sur l'agrandissement des installations d'importation de marchandises, ce qui était une perversion complète de son idée maîtresse, et qui ajoute au questionnement sur les motivations réelles de ce gouvernement à servir les intérêts de la population du Québec.

  • Bertrand Guibord - Abonné 29 juillet 2016 12 h 18

    Qui pense abstraitement...

    Si on ne considère que les colonnes de chiffres, on peut affirmer bien des choses.

    Mais si on considère les conséquences réelles des politiques néolibérales de l'actuel gouvernement provincial sur la population du Québec, il est honteux de se réjouir : coupes à n'en plus finir en santé, en éducation et dans les services en général, atteinte à la dignité des personnes les plus démunies de notre société, tarification et privatisation des services, diminution des subventions en culture et dans le communautaire etc.

    Dans le monde réel, il n'y a aucune raison de pavoiser. Il faudrait que les économistes et experts patentés qui prétendent nous annoncer la bonne nouvelle soient soumis pendant un certain temps au régime pogo-patates en poudre qui sévit dans les CHSLD pour qu'ils remettent les pieds sur terre...