Ma résolution d’enseignant en cette nouvelle année

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir

J'enseigne depuis une vingtaine d’années. Je suis également le père de trois enfants. En toute humilité, je suppose que ça ajoute un peu de crédibilité à mon propos. J’ai pris connaissance des propositions patronales en vue du renouvellement de l’entente. Ma réaction ? Je ne déchirerai pas ma chemise, car mon pouvoir d’achat diminue. De plus, austérité oblige, je ne veux pas la remplacer. Faire la grève ? Non, merci. Je tente d’éviter les taxes volontaires. Certains me suggéreront de taper sur des casseroles ? Mon instinct de survie me suggère de craindre les chaudrons à matraques. Courir un marathon ? Selon Darwin, je suis un bipède et non un quadrupède. Enfin, certains me diront : « Si vous n’êtes pas content, cher monsieur, changez d’emploi ! Ce sont les aléas de la vie. » Diantre ! Vous avez raison ! J’ai refait mon CV et je cherche. En attendant, que faire ? Je crois que je prendrai exemple sur des experts en matière de contestation : mes élèves. Ceux qui réussissent davantage à empêtrer le système sont les amants de l’opposition passive. Je suis preneur. Voilà ma planche de salut. Beau, bon, pas cher. Maintenant, comment orchestrer le tout ?

Les enseignants sont beaucoup trop généreux de nature. Tellement qu’on oublie leur générosité. C’est de l’acquis pour l’employeur, les parents et les élèves. Comme le disait Machiavel, il ne faut pas être généreux, mais tenu pour généreux. Le bon peuple apprécie la générosité lorsqu’elle est parcimonieuse. À ce moment, il est reconnaissant. Nous voulons valoriser la profession ? Il serait temps d’user de notre raison. Devenons des fonctionnaires de l’enseignement. Une belle semaine de travail de 35 heures. Au fait, ça pourrait ressembler à quoi ?

D’abord, éliminons toutes les sorties éducatives et tous les voyages. Tout ça prend beaucoup de mon temps et demande de l’organisation. Qui plus est, ce bénévolat en moins aura un impact économique. Ensuite, j’imagine que j’ai le droit à deux pauses de 15 minutes par jour et à un dîner d’une heure. Excellent ! Je ne serai pas disponible pour mes élèves. Ils ont des questions, des conseils, du rattrapage, des explications, de la récupération, des pleurs, de l’anxiété, etc. ? Désolé ! La porte est fermée. Faire des appels aux parents ? Je suis prêt à discuter et à partager lors de mon temps officiel de travail. Dorénavant, je ne ferai que ce pour quoi je suis payé et je le ferai du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30. La correction et les préparations de cours les soirs et les fins de semaine ? Terminé. Je ne travaille plus lors de ces moments. Bref, une belle grève du zèle en perspective.

C’est bien beau tout ça, mais ça ira contre la nature enseignante, me direz-vous. C’est une belle utopie pédagogique. Détrompez-vous, car, pour la première fois depuis le début de ma carrière, je suis prêt à le faire. La coupe est pleine. J’adore mes élèves, et ça me brisera le coeur. Néanmoins, il n’y a pas d’alternative au manque de respect des offres patronales. Le message se rendra aux parents. À ce moment, une grande partie de la société comprendra ce qu’est réellement le travail d’un enseignant. Qu’en somme, c’est un être généreux de son temps. Qu’il fait plus que sa bête définition de tâche. Ainsi, j’ose espérer que la reconnaissance viendra. De ce fait, je mettrai ma résolution du jour de l’An à exécution à l’automne 2015. Je souhaite vivement que tous les membres de ma profession suivent cette même voie. Si mon souhait se réalise, chers élèves et chers parents, souhaitez-vous bonne chance.


 
29 commentaires
  • Louise Vallée - Inscrite 17 janvier 2015 06 h 56

    depuis 1982 les enseignants sont méprisés

    je me souviens
    http://www.lignedutemps.org/#evenement/46/1982_198

    L'important c'est d'avoir de l'agrément dans sa classe.........le reste c'est de la vilaine politicaillerie.......et ne comptez pas sur la solidarité.......C'est l'individualisme qui prime.

    Bonne chance avec vos élèves .....eux seuls sont importants.

  • Claudia Gagnon - Abonnée 17 janvier 2015 07 h 55

    Le meilleur moyen de pression

    Je vous comprends tellement monsieur Dancause! J'enseigne moi aussi depuis une vingtaine d'année et, oui, la coupe est pleine...Comment le gouvernement peut-il nous manquer de respect à ce point? Si tous les enseignants ne travaillaient que les «supposées» 35h/semaine pour lesquelles nous sommes payés, le système serait complètement bloqué. Nous aurions à peine le temps de préparer quelques cours et de corriger quelques copies, puis nous ne serions pas en mesure d'aider beaucoup d'élèves avant les examens (parce qu'il faut faire beaucoup plus d'heures de récupération pour y parvenir que celles qui sont inscrites à notre horaire). Oui le système serait complètement paralysé (on ne pourrait pas donner de cours parce que ces derniers ne seraient pas préparés, les examens ne seraient pas corrigés à temps pour la remise des notes préalable à la production des bulletins, etc.), et ce, en peu de temps, si nous ne travaillions que nos 35h/semaine. Mais peut-être qu'enfin, on nous écouterait, qu'on nous respecterait. Cependant, la question est devantage de savoir si nous serions capables d'agir ainsi. En raison de notre souci du travail bien fait et, surtout, de notre amour pour les élèves...humm...extrêmement difficile. Pourtant, pour qu'on constate enfin l'importance de notre travail, je crois que ça vaudrait la peine que nous nous fassions violence pour y arriver. Ce serait le moyen de pression le plus efficace.

  • François Dugal - Inscrit 17 janvier 2015 08 h 21

    Mépris

    Au Québec, les enseignants sont méprisés par l'ensemble de la population. Alors le ministre tape sur le tas avec l'appui de la majorité.
    Voilà pourquoi le peuple québécois n'a aucun avenir.

    • Denis Marseille - Inscrit 18 janvier 2015 06 h 52

      «Au Québec, les enseignants sont méprisés par l'ensemble de la population.»

      Avez-vous une argumentation sérieuse pour soutenir cette affirmation?

      «Alors le ministre tape sur le tas avec l'appui de la majorité.»

      Les enseignants auront un pouvoir de négociations le jour ou la liste des temporaires et contractuels sera vide. Leur malheur est que pour un professeur qui démissionne, il y en a dix qui veulent prendre sa place.

      Le problême des classes surpeuplés ne se retrouvent que dans les grand centres. En région, on est obligé de fusionner des classes par manque d'enfants à éduquer. Combien forme-t-on d'enseignants par année? Combien de postes permanents se libèrent? Faites le calcul, vous aurez votre réponse.

      «Voilà pourquoi le peuple québécois n'a aucun avenir.»

      Mon chat est noir. Les noirs viennent d'afrique. Mon chat vient d'afrique.

      Avec un argumentaire si peu solide, l'avenir ne peut être que chambranlant.

    • Robert Breton - Inscrit 18 janvier 2015 15 h 38

      %Denis Marseille:

      Vous dites que les classes surpeuplées ce n'est que dans les grands centres? Encore quelqu'un qui sort des histoires sans savoir!

      Je travaille dans le grand nord depuis 32 ans!
      Mes classes habituelles: entre 28 et 34!

      Dans certaines écoles de mon coin, au secondaire, le professeur se paye 7 cours en même temps parce que les classes sont petites! 7 planif!!!!! Alors vous qui critiquez l'argumentaire d'un autre commentateur, faites avec des faits!

    • Denis Marseille - Inscrit 19 janvier 2015 07 h 41

      @ M. Breton

      Premièrement le grand Nord comme vous le dites, vu sa géographie, a une particularité que les autres n'ont pas.

      Cependant, vous me donnez la preuve que j'ai raison lorsque vous affirmez:«Dans certaines écoles de mon coin, au secondaire, le professeur se paye 7 cours en même temps parce que les classes sont petites!»

      Merci d'avoir appuyer mes dire m. le professeur.

  • Bernard Dupuis - Abonné 17 janvier 2015 10 h 02

    Un isolationnisme contre-productif

    Les « résolutions » individualistes que vous prenez m’apparaissent contre-productives et néfastes pour l’ensemble de votre profession ainsi que pour l’ensemble du Québec. En décidant de ne vous en tenir qu’aux aspects prescrits de votre tâche professionnelle, vous donnez raison au ministre Coiteux qui laisse entendre que la tâche des professeurs du Québec est moindre que celle des professeurs des autres provinces de son cher Canada.

    De plus, en « boycottant » les tâches non prescrites d’encadrement des élèves vous encouragez les parents à inscrire leurs enfants à l’école privée parce que, disent-ils, ces écoles offriraient un meilleur encadrement des élèves.

    Enfin, je me demande ce qui arriverait si tous vos collègues suivaient votre voie? En plus de causer des torts aux élèves et à la réputation de l’école publique, c’est tout le Québec dans son ensemble qui subira des lacunes d’un système d’éducation médiocre et improductif. Les enfants de la minorité bourgeoise et petite bourgeoise se retrouveront de plus en plus dans le secteur privé. Un système d’éducation à deux vitesses se verra de plus en plus justifié. Nous hériterons d'une société divisée en deux classes, l'une instruite, l'autre plus ou moins instruite.

    Votre isolationnisme professionnel, même s’il vous « brise le cœur », s’il fallait qu’il soit adopté par tous vos collègues, ne ferait, à long terme, que des torts à votre propre profession, à vos élèves et à la population du Québec dans son ensemble. Dans une société comme la nôtre, les travailleurs ne peuvent se défendre de manière isolée. Il faut qu’ils luttent au coude à coude.

    Bernard Dupuis, 17/01/2015

    • Yvon Goyette - Inscrit 17 janvier 2015 10 h 27

      Bravo pour votre critique. Que proposez-vous, cher monsieur Dupuis?
      Il est vraiment tellement facile de commenter, de critiquer. Il est un peu plus difficile de proposer, n'est-ce pas!
      Yvon Goyette

    • Nicole Moreau - Inscrite 17 janvier 2015 10 h 45

      je répondrais à votre commentaire par des questions:
      1) que suggérez-vous de faire si vous vous mettez à la place des enseignants? c'est vrai que l'impact de cette "grève du zèle" sera important sur la qualité de l'école publique, ce qui soulève ma deuxième question
      2) ne croyez-vous pas que c'est exactement ce que souhaite l'équipe du PLQ et, plus précisément, le ministre Coiteux, dévaloriser l'école publique pour mieux privatiser de plus en plus l'éducation?

      il me semble que les enseigants font face actuellement à une double contrainte, soit ils acceptent de s'appauvrir avec les demandes patronales sur la table, appauvrissement qui s'accompagne d'une dévalorisation additionnelle de leur profession, soit ils s'engagent dans une lutte difficile pour améliorer leur sort, tout en sachant très bien que le gouvernement majoritaire peut sortir une "arme" pour régler la question, soit une loi spéciale.

      donc, que feriez-vous à leur place?

    • Jacques Nadon - Abonné 17 janvier 2015 11 h 32

      Que votre commentaire est moralisateur !

    • Julie Carrier - Inscrite 17 janvier 2015 11 h 48

      Malheureusement Madame, M. Dancause a raison. Y'a toujours bien une limite à subir le fouet.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 janvier 2015 12 h 47

      Monsieur, vous donnez raison à M. Dancause : on prend la générosité des enseignants pour acquis.

    • Bernard Dupuis - Abonné 18 janvier 2015 00 h 02

      À ceux et celles qui me demandent << que feriez à notre place? >>, je recommande de lire attentivement le texte de Gilbert Talbot ci-dessous. À l'isolationnisme, il oppose une lutte commune, une lutte solidaire, une alliance avec les autres travailleurs et les autres victimes de l'austérité. L'expérience montre que l'isolationnisme ne vaut pas la recherche d'un front commun.

      Bernard Dupuis

  • Raymond Turgeon - Inscrit 17 janvier 2015 10 h 07

    Le pouvoir aura alors un juste retour sur son investissement

    Je comprends votre désarroi.
    Je fréquente des enseignants depuis 1977. Durant toutes ces décennies où elle a enseigné, je n'ai bénéficié que d'une conjointe à temps partiel; de nombreuses soirées et des jours de fin de semaine étaient consacrées à son travail.
    Toutes ces dérives, ces errances, ce mépris ont un prix; les élèves, les enseignants et l'éducation vont écoper.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 janvier 2015 12 h 53

      Correction; ...consacrés