Biocarburants - Une stratégie de nouvelle génération qui est source d'espoir

Aux quatre coins du monde, le prix de l'énergie et des denrées alimentaires est à la hausse, à l'instar du niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Les biocarburants évolués peuvent régler tous ces problèmes. Et le Canada, avec ses vastes réserves de biomasse — l'ensemble des matières organiques pouvant être converties en énergie — et sa faible population, est bien placé pour devenir un chef de file mondial dans la production de biocarburants de deuxième génération issus de la biomasse.

Les biocarburants traditionnels sont actuellement remis en question dans le monde entier. Depuis le début de juin, plusieurs organismes internationaux ont réclamé que l'on cesse de subventionner la production d'éthanol, dans l'espoir d'atténuer les pressions exercées sur les réserves alimentaires mondiales et de réduire la volatilité des prix. Le Sénat américain, dont les membres ont traditionnellement pris fait et cause pour l'industrie des biocarburants aux États-Unis, a voté pour la suppression des subventions. Le prix mondial du maïs (et, dans une moindre mesure, d'autres céréales) — la principale matière de base pour la production d'éthanol — affiche une hausse constante, ce qui rétrécit les marges bénéficiaires des producteurs de biocarburants.

Un compte-rendu publié dans la revue Science indique que la production mondiale de maïs et de blé aurait baissé au cours de la dernière décennie en raison des changements climatiques. Par conséquent, des pénuries sont envisageables, ce qui met en doute la viabilité d'une stratégie énergétique reposant sur ces denrées. Or, la hausse des coûts énergétiques entraînant une hausse du prix des aliments, le déploiement de sources d'énergie de remplacement est nécessaire.

La biomasse comme matière de base


Il reste que la production de biocarburants et un approvisionnement alimentaire suffisant ne sont pas incompatibles. Nous croyons que le Canada doit adopter une stratégie relative aux biocarburants de deuxième génération, utilisant la biomasse — et non des denrées alimentaires — comme matière de base. Le bois provenant des forêts, la paille et le fourrage produits par les exploitations agricoles, des cultures spécialisées telles que celle du panic raide ou du peuplier (ne nécessitant pas une terre agricole de premier choix) et de nouvelles possibilités à exploiter, dont l'utilisation d'algues, constituent autant d'options pouvant mener à une expansion des biocarburants dans l'ensemble du pays, exempte de conséquences néfastes pour l'agriculture.

La mise en valeur de biocarburants issus de la biomasse pourrait créer une nouvelle ressource importante en combustibles renouvelables. La production d'une plus grande proportion du carburant que nous consommons pour le transport, au moyen de sources locales renouvelables et durables, nous protégera des aléas du marché mondial du pétrole — les fluctuations de ce marché ont fait grimper le prix de l'essence de près de 30 % au cours de la dernière année. L'effet conjugué de la hausse de la demande dans des pays en développement comme la Chine et l'Inde et du déclin de la production mondiale de pétrole consécutif au pic pétrolier propulsera encore les prix à la hausse, peut-être radicalement. Il est impératif que nous investissions dans une solution de rechange locale.

Des efforts à investir

Une stratégie relative aux biocarburants de deuxième génération constituerait une politique environnementale judicieuse. Nous ne prétendons pas que les biocarburants sont la solution au rétablissement de l'ère préindustrielle, mais nous affirmons que l'utilisation accrue des biocarburants et des bioproduits peut nous aider à tenir en bride la concentration de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère. Le remplacement des carburants classiques par des biocarburants permettrait de réduire la charge des GES associée à l'utilisation des combustibles fossiles. De plus, des données de l'Agence de protection environnementale des États-Unis ont démontré que les biocarburants de deuxième génération sont considérablement plus performants que ceux produits à partir de maïs ou de soja.

Pour que le Canada soit aux premières lignes de l'exploitation de ces technologies nouvelles et qu'il tire profit de sa vaste biomasse forestière et agricole ainsi que de ses capacités d'innovation en biotechnologie, des efforts doivent être investis en recherche et en formation de même qu'à l'égard des technologies. Ces efforts doivent également intégrés en un tout cohérent orienté vers le marché.

Nous avons besoin d'une stratégie relative aux biocarburants de deuxième génération pour en arriver là, et ce, dès maintenant.

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Warren Mabee - Professeur adjoint à l'École d'étude sur les politiques de l'Université Queen's et directeur par intérim de l'Institut des sciences énergétiques et environnementales

Donald L. Smith - Professeur titulaire d'une chaire James McGill, directeur du Réseau de recherche stratégique des cultures vertes et du Réseau d'innovation en matière de biocarburants et de bioproduits de l'Université McGill
8 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 18 août 2011 01 h 07

    Oui mais...

    Le retrait de cette biomasse de nos forêts ne risque-t-il pas d'appauvrir les sols à moyen et long termes?

    Est-ce vraiment une solution durable?

  • Yvan Dutil - Inscrit 18 août 2011 07 h 35

    Il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

    Je suis d'accords avec la position des deux auteurs: l'éthanol à partir du maïs grain est une erreur. Fondamentalement, cette lubie est un programme de subvention à l'agriculture. Cependant, pour l'instant, je ne partage pas leur optimisme quand au développement des nouvelles sources de biocarburants.

    Certes les technologies basées sur l'utilisation de la cellulose présentent un avantage de point de vue de la source d'approvisionnement. Toutefois, le bilan énergétique de ces procédés est faible, ce qui se traduira inévitablement par des coûts de production très élevés. On aura beau argumenter que le prix du pétrole va lui aussi augmenter, mais comme une bonne partie des intrants proviennent eux-mêmes du pétrole, on se retrouvera au final dans la même situation. À ce niveau, la production du biodiésel à partir d'algues n'est guère mieux, sinon de beaucoup pire. Finalement, il faut aussi noter que ces technologies utilisent énormément d'eau, ce qui en soit présente un défi sérieux du point de vue environnemental.

    À l'heure actuelle, la solution technologique la plus viable est de brûler la biomasse pour en extraire de l'énergie. Cette approche ne produit pas de biocarburants, mais a le mérite d'être efficace. Tous les procédés plus complexes auront nécessairement un rendement énergétique moindre. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire de la recherche dans le domaine des biocarburant, mais il est essentiel de reconnaître dès le départ, les limitations fondamentales de ces technologies afin de discerner les fantasmes de la dure réalité.

    Yvan Dutil, Ph.D.
    Coordonnateur scientifique
    Chaire de recherche industrielle en technologies de l'énergie et efficacité énergétique, ETS

  • AML - Inscrit 18 août 2011 08 h 02

    oui, mais encore...

    En effet, le biocarburant de première génération (éthanol...) est considéré par Michael Ruppert (film Collapse : http://www.egaliteetreconciliation.fr/L-effondreme comme une véritable joke !
    En plus de prendre des terres arabes qui pourraient être consacrées à produire de la nourriture pouvant être consommée, produire l'éthanol demande une grande quantité de pétrole (tracteurs, engrais chimiques).

    Oui, le biomasse, mais encore...
    Ne vaudrait-il pas mieux véritablement considérer cette option :http://www.decroissance.qc.ca/node/5
    Une croissance infinie dans un monde fini, n'est-ce pas une utopie ?

    À mon humble avis, il faut arrêter de croire que la technologie nous sauvera et commencer à repenser notre dépense énergétique.

  • celljack - Inscrit 18 août 2011 10 h 05

    Difficile travail d'éducation et de sensibilisation

    D'un bord, il faudra convaincre les gloutons de la "création de richesse" et de la "croissance économique à tout prix" d'arrêter de toujours compter sur les énergies fossiles et sur le profit rapide et facile.

    De l'autre, il faudra convaincre les environnementalistes que les biocarburants peuvent être exploités de manière responsable, équitable et renouvelable.

    À titre d'exemple, je lisais encore hier un article qui démonisait le chauffage au bois en mentionnant que les foyers étaient la principale source de pollution atmosphérique en ville. Ce que l'article ne mentionnait pas, c'est que les chaudières au bois modernes polluent 300 fois moins que les foyers traditionnels, ce qui ramène le bois-énergie dans la lignée du développement durable: une source d'énergie produite localement, renouvelable et propre.

    Et que dire de la méthanisation des putrescibles domestiques en gaz naturel pour les appareils ménagers? Cette pratique se fait déjà depuis longtemps dans les pays en voie de développement. Voici un document de l'UNESCO à ce sujet: http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001446/14466

    Définitivement, la bio-énergie sous ses différentes formes sont une voie d'avenir à intégrer en parallèle aux autres technologies. Que ce soit le bois de chauffage, le gaz naturel méthanisé ou le bio-diesel de 2ème et de 3ème génération.