Lettres: Que peut-on faire sans l'État?

«Plutôt que de se demander ce que l'État peut faire pour nous, demandons-nous plutôt ce que nous pouvons faire sans lui.» Voici la réflexion à laquelle nous conviait Yves Séguin, le nouveau ministre des Finances, alors qu'il nous livrait son budget 2003-2004, le 12 juin dernier. La question ne manque pas d'intérêt. Que peut-on faire sans l'État? Tentons d'y répondre le plus sérieusement du monde.

Sans l'État : On peut demander, donner, recevoir, prêter, emprunter, s'aider, s'entraider, partager, collaborer, participer. Mais on peut aussi vouloir s'enrichir, faire des profits, ne pas en faire profiter autrui, gagner, obtenir, accumuler, garder, conserver, préserver, investir, réinvestir, mettre à pied, voler, frauder, tricher. On peut se promener, se balader, déambuler, flâner, humer, toucher, observer, admirer. Mais on peut aussi polluer, couper, assécher, déverser, dérégler, dénaturaliser, miner, déminéraliser.

On peut célébrer, fêter, festoyer, rire, sourire, échanger, discuter, débattre. Mais on peut aussi magasiner, acheter, consommer, dépenser, emballer, déballer, jeter, gaspiller. On peut aussi se préoccuper de ses besoins quotidiens, ses plaisirs hebdomadaires, ses vacances annuelles, son développement personnel, son mieux-être individuel, son bien-être intime. Mais on ne peut pas se sentir solidaires, égaux, liés, tissés, concernés par les besoins, les plaisirs et les vacances des autres citoyens.

Sans l'État, point de citoyens. Plus que des individus orphelins d'appartenance et de projets communs.