Lettres: Merci, madame la ministre St-Pierre

J'ai longtemps fréquenté la bibliothèque Saint-Sulpice. Ce fut pour moi un havre de paix que l'on ne retrouve que dans certaines bibliothèques européennes. Un endroit où la mixité entre garçons et filles était permise, où les premières amours pouvaient naître dans le silence des yeux. Je me souviendrai toujours de Pauline, dont le regard seul m'aura transformé de cancre en étudiant sérieux. Il y avait dans ce lieu un charme suranné qu'on ne retrouve pas à la BNQ, dont le va-et-vient me fait penser à une gare. C'était à une époque où le consumérisme n'existait pas. Que les temps ont changé!

Mais quel plaisir de savoir qu'un jour pas si lointain me verra à nouveau gravir les marches de l'escalier monumental, admirer les vitraux somptueux et m'asseoir à l'une de ces tables massives où j'allumerai une lampe brillant de tous ses cuivres. Peut-être quelqu'un touchera-t-il l'orgue situé en dessous? Peut-être entendrai-je ces enfants du concierge de l'immeuble chanter des chants de folklore tout en se balançant à travers les fenêtres ouvertes d'une chaude journée de juillet!

Nostalgie d'un temps révolu qu'il me sera possible de toucher à nouveau comme un dolmen qui se dressera dans le brouhaha de la rue Saint-Denis. Ça me rappellera enfin ces repas à 59 ¢ sans taxes au New Electra désormais disparu, l'église Saint-Jacques de Dom Bellot et aussi ces premières pizzas que j'aurai goûtées chez Da Giovanni qui, lui, nous montre encore ses files d'habitués en attente d'un bon repas riche en calories. Oui, vraiment, merci Mme St-Pierre. Tout ça vaut bien une poignée de dollars supplémentaires, que de me permettre de raviver ces souvenirs si chers de ma jeunesse passée et retrouvée.