Pour la suite du monde

Passera, passera pas ? Au-delà de son titre ronflant, le « Plan pour consolider, faire briller et propulser le milieu culturel » bâti par la ministre de la Culture et des Communications a le mérite de faire flèche de tout bois. À travers la charpente solide et le financement à l’avenant de ce plan de relance (pas moins de 225,8 millions sur trois ans), on sent que le dialogue a enfin commencé à prendre de la profondeur entre le milieu culturel et sa capitaine, Nathalie Roy, dont les atermoiements pendant ces deux ans de gel pandémique auront pesé lourd sur l’état d’esprit et la santé du milieu culturel.

La ministre comptait déjà beaucoup d’as dans son jeu, COVID-19 ou pas. Le gouvernement Legault a toujours eu la fibre nationale aiguisée, et ses engagements financiers en culture en sont le reflet. Sous son règne, le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec a crû de 52 %, celui de la Société de développement des entreprises culturelles de 143 %. Mais encore faut-il que les programmes trouvent leurs chemins jusqu’aux créateurs. Et pas toujours les mêmes. En ce sens, la volonté de Mme Roy d’ouvrir les goussets à de nouveaux acteurs du milieu et à la relève tombe sous le sens, désclérosant une conception de la culture souvent en rupture avec le présent.

On applaudit également à la stabilité que ce plan procure aux créateurs en manque de prévisibilité étant donné que le variant BA.2 impose sa loi. Reste qu’il y a eu des lacunes du côté de la distribution des fonds d’urgence qu’il ne faudrait pas voir répéter pour la relance. Outre une confusion qui a nécessité moult changements, certains programmes ont tardé à trouver preneur. Mal conçus, mal aiguillés ou mal promus ? On ne saurait trop dire, mais il sera crucial de maintenir une cadence à la mesure des ambitions de la ministre et des appétits des créateurs, que l’on sait grands après une si longue disette.

On s’interroge aussi sur la place que prendront les publics dans ce redémarrage. La ministre a prévu quelques millions pour faire valoir la culture bleue à l’étranger et des fonds destinés à sa promotion ici. Mais l’absence du milieu scolaire — dont le programme La culture à l’école aurait pourtant besoin d’amour — dans le plan de relance a de quoi désespérer. On cherche aussi en vain des mesures séduisantes pour attirer les jeunes. À quand l’adoption d’un passeport culturel qui fait merveille ailleurs ?

Le renouvellement des publics est pourtant la clé de voûte des cultures nationales face à l’hégémonie des géants culturels. À quoi servira ce sauvetage en règle si on n’assure pas la suite du monde pour les générations suivantes ?

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