L’échec de Macron

« Je ferai tout, durant les années qui viennent, pour qu’ils [les électeurs de Marine Le Pen] n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. » Dixit Emmanuel Macron le 7 mai 2017, au soir de sa victoire au deuxième tour de la présidentielle (66 % contre 34 %).

C’est raté, on le sait, et il l’avait reconnu. Les résultats du premier tour de la présidentielle 2022, tenue dimanche, l’ont confirmé. Au moment où ces lignes étaient écrites, Macron réussissait mieux que prévu malgré sa « non-campagne », avec 27,60 % des voix, selon les prévisions. Marine Le Pen, cheffe du Rassemblement national, arrivait 2e avec 23 % des voix, mais de justesse, puisque talonnée par Jean-Luc Mélenchon, chef de La France insoumise (gauche radicale), avec 22,20 %. Preuve que les Français considèrent avoir encore d’excellentes raisons de « voter pour les extrêmes ».

De quoi seront faites les deux prochaines semaines, d’ici au 2e tour du 24 avril ? L’élection de Marine Le Pen est entrée dans le champ des possibles depuis quelques semaines. La bonne nouvelle, c’est que cette éventualité faiblit au vu des résultats de l’imbuvable Éric Zemmour (7 %), qui ne pourra plus par ailleurs servir à Mme Le Pen de paratonnerre au sujet de la Russie. M. Mélenchon, de son côté, a appelé avec force ses militants à ne pas voter Le Pen. Avantage Macron, donc. La démocratie n’est pour autant pas qu’affaire de chiffres.

Par contraste avec l’émergence de Donald Trump en 2016, et malgré le flou intrinsèque à son « ni de gauche ni de droite », Macron est porteur de certains espoirs quand il entre à l’Élysée l’année suivante. Or, son quinquennat se révélera au final plus de droite que de gauche. Homme de beaucoup de mots, il se sera fait fort, notamment, de promouvoir la démocratie participative et de multiplier les « débats citoyens », à commencer par celui lancé dans la foulée du malaise social aigu mis en exergue par les Gilets jaunes. Mais l’opinion des Français, au fond, n’aura été que peu prise en considération.

Face aux défis exacerbés par la pandémie, c’est aussi une présidence qui se sera peu mobilisée pour proposer des solutions concrètes aux problèmes d’un système de santé déjà fragile (soins des personnes âgées, pénurie d’infirmières, déserts médicaux, enjeux de privatisation…). En vertu de sa stratégie de « non-campagne », Macron aura forcément fait l’impasse là-dessus, comme sur des sujets aussi cruciaux et déterminants que la lutte contre les changements climatiques et l’accès au logement. Comment se surprendre ensuite que les électeurs désabusés et en colère tombent dans le piège de l’abstention (autour de 25 %, dimanche), ce grand symptôme du mal-être de nos démocraties ?

Du haut de son piédestal de chef d’État et de chef des armées, M. Macron a cru pouvoir enjamber ce premier tour en se concentrant ostensiblement sur la guerre en Ukraine, oubliant que ce sont les conséquences économiques sur leur portefeuille qui ont peu à peu fini par inquiéter les Français, et non pas la guerre comme telle. Le président a failli s’y brûler les doigts. Ce glissement dans l’opinion n’a pas échappé à Marine Le Pen, qui, se présentant en championne des citoyens ordinaires et de la défense du pouvoir d’achat, a pu éviter, quant à elle, d’avoir à parler de ses positions prorusses. Avec le résultat que la guerre d’agression russe a permis au premier de se présenter à cette présidentielle sans programme cohérent. Et à la seconde d’avancer masquée, alors qu’elle défend, sous ses airs adoucis et rassembleurs, les positions d’un parti qui demeure fondamentalement d’extrême droite.

La dynamique électorale de l’entre-deux-tours risque d’être ce qu’elle fut en 2017, avec rediabolisation à la clé de Marine Le Pen. Il est entendu que son élection serait une calamité sans nom. Pour autant, quelle offre de progrès sociaux réels les Français peuvent-ils attendre d’un autre quinquennat Macron ?

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