Un outil de plus dans l’arsenal

Enfin ! Difficile de retenir cette exclamation spontanée face à la distribution, dès cette semaine dans les écoles primaires du Québec, de trois millions de tests rapides, qui permettront aux parents d’effectuer dans la quiétude de leur domicile un autotest d’une quinzaine de minutes en lieu et place de la course au dépistage. Le Québec figure parmi les champions du monde en matière de couverture vaccinale de sa population, mais il est difficile d’expliquer pourquoi il ferme la marche dans la course aux tests rapides.

Il suffit de jeter un coup d’œil aux modélisations effectuées par les instituts de santé publique, tant québécois que canadien, pour voir que les experts prévoient cet hiver un redressement vers le haut de la courbe des cas de COVID-19, avec un pic prévu en février. Raisons ? Entre autres choses, une augmentation des contacts sociaux, un refroidissement des températures ayant pour conséquence naturelle un repli vers l’intérieur, un allègement des mesures sanitaires. Le Québec n’échappera pas aux tendances, et c’est une raison de plus de l’outiller de manière adéquate afin de mieux composer avec la recrudescence possible des cas.

Les autorités ont raison de préparer les citoyens à entrer tranquillement dans une autre phase de cette pandémie, dont nous voyons la durée « exceptionnelle » s’étirer dans le temps au gré des mois qui passent. Selon toute vraisemblance, la maladie finira par devenir « endémique », dans le sens où sa présence permanente ou latente parmi nos populations ne sera plus associée à une maladie infectieuse en progression, mais bel et bien à un risque de contagion possible parmi d’autres, comme la grippe, par exemple. Dans l’arsenal des outils auxquels les Québécois devraient avoir accès, les tests rapides devraient être prioritaires.

C’est la décision qui a été prise par le gouvernement de François Legault, comme l’a confirmé la semaine dernière le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. En additionnant les services de garde préscolaires et primaires, environ cinq millions de tests sont dirigés ces jours-ci vers les populations non vaccinées (ou en voie de l’être), comme l’a confirmé la semaine dernière le directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19, Daniel Paré, sur les ondes de Radio-Canada. À l’approche du temps des Fêtes, où l’on sait que les familles augmenteront le niveau de contacts, la disponibilité de ces tests — offerts en paquet de cinq — dans chaque foyer abritant un enfant est une excellente nouvelle.

Une troisième phase de distribution de ces autotests, faciles à utiliser et dont le résultat est disponible en une quinzaine de minutes, visera la population générale si — et seulement si — les arrivages demandés à Ottawa sont acheminés jusqu’au Québec. Depuis l’avènement des tests rapides, le Québec s’est distingué de triste manière par un repli quasi systématique vers des facteurs de type logistique pour expliquer son retard par rapport à d’autres provinces. On se souvient encore du chaos engendré cet automne par la promesse de déploiement des tests dans les écoles, une mesure qui avait été présentée comme une manière efficace d’éviter l’aller-retour des enfants entre la maison et l’école.

C’est surtout aux familles en effet que profiteront ces tests, car la mise à l’arrêt de toute activité professionnelle et scolaire le temps du dépistage à la moindre manifestation d’un symptôme — rhume ? grippe ? COVID ? — est nuisible à tous. Bien qu’ils ne remplacent pas un test PCR et qu’ils soient en réalité un prélude à un vrai dépistage, les tests rapides constituent, selon les experts en santé publique, une façon aisée de prévenir et de repérer de potentiels propagateurs de la maladie avant qu’ils ne contaminent — parfois sans le savoir — la population.

En plus d’armer les citoyens de façon responsable pour mieux distinguer les formes de COVID des virus saisonniers auxquels nous sommes accoutumés, ces tests compensent la diminution des centres de dépistage ; partout ailleurs où ils ont été utilisés, on les achète presque aussi naturellement qu’une boîte de masques chirurgicaux. L’Angleterre, adepte du test rapide disponible en épicerie et en pharmacie, a utilisé quelque 95 millions de tests rapides entre avril et septembre 2021, ce qui a permis de détecter 620 000 cas de COVID. Une vague préoccupante de cas du variant Omicron a d’ailleurs forcé le Royaume-Uni dimanche à exiger de tous les citoyens vaccinés ayant été en contact avec une personne infectée qu’ils s’autoadministrent un test rapide pendant sept jours.

Il est inutile de tenter de comprendre comment le Québec, après bientôt deux ans de pandémie, en est encore au stade des premiers pas dans ce volet de prévention capital non seulement pour maintenant, mais aussi pour l’avenir. Il n’est pas trop tard pour rattraper le temps perdu.

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