Masque et COVID-19: prudence et patience

Alors que la propagation du coronavirus au Québec est maîtrisée, du moins pour l’heure, un regroupement s’élève contre l’obligation de porter un couvre-visage dans tous les lieux publics fermés, appelant au boycottage des commerces qui font observer la directive de la Santé publique.

Le Devoir révélait dans son édition de mardi qu’un groupe Facebook avait attiré en une semaine plus de 52 000 citoyens qui s’opposaient à cette mesure sanitaire. Ce groupe a diffusé une liste de 400 adresses de commerces qui accepteraient d’accueillir des clients sans masque dans leurs locaux. Or, les exploitants d’un grand nombre de ces commerces n’avaient pas donné leur consentement pour que leur établissement figure sur cette liste.

Les mouvements antimasques ne sont pas nouveaux. En pleine pandémie l’an dernier, alors que les morts s’accumulaient au Québec, ils sévissaient en citant l’inutilité de la mesure ou encore en affirmant, forts d’une rhétorique conspirationniste, que les dangers de la COVID-19 étaient inexistants, sinon nettement exagérés. Dans bien des cas, les propos prenaient des accents libertariens, dénonçant un État oppresseur qui brimait les droits fondamentaux. Impossible de raisonner ces gens-là, dont l’ineptie, si elle n’est pas feinte afin de servir à une perfide manipulation, devrait leur assurer une bonne place au royaume des cieux.

À ces âneries succède toutefois aujourd’hui une lassitude, voire un ras-le-bol, chez le commun des mortels après 16 mois de contraintes sanitaires. Surtout, on a l’impression que la bataille est gagnée. Des citoyens, sans se définir comme des militants antimasques, estiment qu’ils devraient être libres de porter ou non le couvre-visage.

Si, au début de la pandémie, le Dr Horacio Arruda lui-même ne recommandait pas le port du masque — de toute façon, il en manquait cruellement —, la suite des choses, marquée par l’évolution des connaissances sur les modes de transmission de ce nouveau coronavirus, a prouvé qu’il s’agissait d’un moyen essentiel pour ralentir sa propagation. Le port obligatoire du couvre-visage fait partie de l’arsenal déployé par la Santé publique qui a permis au Québec de faire mieux qu’ailleurs lors des deuxième et troisième vagues.

Il n’en reste pas moins que les directives entourant le port du masque diffèrent à l’heure actuelle. Trois provinces ne l’imposent pas à l’intérieur des commerces. Dans plusieurs États américains, le port du couvre-visage est le fait d’une petite minorité de citoyens.

Or, les exemples de pays comme Israël et le Royaume-Uni, avec leur taux de vaccination élevé — dont le Canada s’approche, d’ailleurs —, doivent servir d’avertissement.

En Israël, les autorités sanitaires, devant une propagation presque nulle en juin, ont laissé tomber à ce moment l’exigence du port du masque. Mais le pays dont plus de 55 % de la population est doublement vaccinée est revenu sur sa décision après une recrudescence des cas liée au variant Delta.

Au Royaume-Uni, qui affiche un taux de vaccination complète semblable à celui de l’État hébreu, le premier ministre Boris Johnson a repoussé à son corps défendant la date de la levée des dernières restrictions du 21 juin au 19 juillet, alors que le nombre de cas quotidiens avait grimpé à 7000. Or, le pays compte maintenant 30 000 contaminations par jour. Reporté à l’échelle du Québec, il s’agirait de 3800 cas, tandis que le maximum atteint dans une seule journée fut ici de 2900 cas en janvier dernier.

Aux États-Unis, dans des États comme le Texas, où l’obligation de porter le masque et les autres restrictions ont été levées, le nombre d’hospitalisations dues à la COVID a triplé.

Les experts signalent que le variant Delta est beaucoup plus contagieux que la souche première, mais qu’il ne causerait pas plus de problèmes de santé graves. L’un dans l’autre, les éclosions conduiraient à des hospitalisations et à des décès parmi les personnes non vaccinées, bien que dans une proportion moindre que lors des vagues précédentes, notamment parce qu’il frapperait des gens plus jeunes.

Quoi qu’il en soit, le réseau québécois de la santé, déjà exsangue, peinerait à encaisser l’assaut d’une quatrième vague alimentée par un variant plus contagieux. La seule stratégie valable, c’est d’accélérer la vaccination de la population, avec une deuxième dose pour ceux qui n’ont reçu que la première, et une première puis une deuxième dose pour ceux qui ne sont toujours pas vaccinés (notamment les jeunes de 18 à 30 ans), afin d’atteindre un seuil de vaccination complète de 75 %, et même davantage, au début de septembre.

D’ici là — et l’expérience de certains autres pays est riche d’enseignement —, la prudence est de mise. Sans doute victime de son succès, le masque est une mesure somme toute peu contraignante qui s’impose toujours.

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