Passeport vaccinal: une stratégie sensée

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a donné des détails sur l’usage que le gouvernement Legault entend faire du passeport vaccinal, cette preuve de réception des deux doses du vaccin contre la COVID-19 qu’il faudra peut-être montrer dans certaines circonstances à compter de septembre prochain, une fois que tous les Québécois qui acceptent de se faire vacciner le seront.

De fait, ce que le ministre a dévoilé, c’est une stratégie pour en finir avec le confinement, même si des éclosions alimentées par de nouveaux variants particulièrement contagieux devaient survenir. En soi, c’est un développement dont nous pouvons nous réjouir.

Il faudra produire ce passeport vaccinal si, et seulement si, la situation épidémiologique se dégradait dans un territoire donné. En cas de propagation sérieuse, seules les personnes vaccinées à deux reprises pourraient continuer de fréquenter les bars, les restaurants, les gyms ou les salles de spectacle, ou encore de pratiquer des sports d’équipe avec contact. Ceux qui, pour des raisons qui leur appartiennent, ont refusé de se faire vacciner devront se passer de ces activités. La vaccination complète procurera ainsi un avantage tangible.

La preuve vaccinale ne serait pas exigée pour obtenir des services essentiels, que ce soit dans les établissements de santé, évidemment, ou dans les écoles, les cégeps et les universités. Puisque seules les activités non essentielles sont visées, les restrictions auxquelles seront soumis les non-vaccinés ne contreviendraient pas aux chartes des droits et libertés. Il ne s’agit pas d’imposer aux citoyens réfractaires l’obligation, même indirectement, de se faire vacciner, le droit de refuser un soin et un traitement médical étant inaliénable.

Même au sein d’un foyer d’infection, les gens complètement vaccinés ne courent pratiquement aucun risque : si jamais ils contractent la maladie, c’est sans conséquence. Il en est autrement de ceux qui ne sont pas vaccinés : comme dans les premières vagues, ils pourraient se retrouver à l’hôpital, aux soins intensifs ; ils pourraient même mourir s’ils chopent le virus.

Certains s’élèveront contre cette discrimination — les mêmes peut-être qui invoquent leur sacro-sainte liberté pour refuser de se faire vacciner. Mais dans une situation de pandémie, il s’agit d’une atteinte aux droits parfaitement raisonnable et justifiée ; même fondamentaux, les droits ne sont pas absolus, contrairement à ce que certains professent.

Ne pas exercer cette discrimination et confiner l’ensemble d’une population si les éclosions se multiplient serait absurde et pénaliserait les gens vaccinés. En cas de propagation, la minorité non vaccinée ne doit pas prendre en otage la majorité vaccinée.

Le passeport vaccinal, c’est aussi un message que le gouvernement Legault lance aux jeunes de 18 à 30 ans qui ne se sont pas encore fait vacciner. Dans ces tranches d’âge, l’objectif d’un taux de vaccination de 75 % n’est pas atteint. Si ces jeunes veulent bénéficier de la même liberté que le reste de la population si le nombre de cas en vient à devenir préoccupant, il n’en tient qu’à eux. On peut croire qu’il s’agit pour eux d’un fort incitatif.

Ce n’est pas encore clair ce qu’il adviendrait exactement dans les cégeps et les universités en cas d’éclosions. Mais ce qu’on doit comprendre, c’est que les cours reprendront en personne et qu’il n’y aura pas d’emblée une distinction qui sera faite entre vaccinés et non-vaccinés à moins que la situation ne se détériore.

Les données sur les taux de vaccination sont très encourageantes. Chez les jeunes, on approche tout de même des 70 %. Pour les autres groupes d’âge, les taux dépassent les 75 % ; et pour les 60 ans et plus, ils ont franchi la barre des 80 %. Il reste toutefois à fournir une deuxième dose à ceux, encore nombreux, qui ne l’ont pas encore reçue. Or, le Québec n’a jamais eu autant de vaccins à administrer. En ce qui concerne le vaccin de Moderna seulement, la Santé publique dispose de 1,5 million de doses. Les rendez-vous sont devancés et l’objectif que 75 % des Québécois de 12 ans et plus, dans chacune des tranches d’âge, soient vaccinés à deux reprises d’ici le 1er septembre est réaliste.

Nous ne sommes pas à l’abri de l’émergence d’un nouveau variant différent des précédents et contre lequel les vaccins actuels seraient moins efficaces. Mais les dernières données, en provenance du Royaume-Uni notamment, montrent que l’immunité conférée par les vaccins tient le coup. Si 75 % ou même 80 % de la population québécoise est complètement vaccinée, il est possible que le passeport vaccinal, sauf pour les voyageurs, ne serve jamais une fois une forme d’immunité collective atteinte. Grâce à la vaccination, la vie normale ne sera pas entravée même si la COVID-19 continue à rôder. Ce sera là assurément une victoire collective pleinement méritée.

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