Toujours la galère

Que ce soit pour les étudiants étrangers ou pour les candidats à l’immigration qui sont en attente de leur résidence permanente, renouveler son permis de travail ou en obtenir un nouveau peut être une épreuve harassante. La superposition des administrations canadiennes et québécoises cause des lourdeurs inacceptables dont il faudra bien se débarrasser.

Dans son édition de lundi, Le Devoir rapportait le cas d’un étudiant étranger privé de son emploi d’été dans un CHSLD après avoir appris, en renouvelant son permis d’études, qu’il ne pouvait plus travailler auprès des personnes âgées parce que son certificat médical n’était plus valide. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui se charge de la délivrance des permis de travail pour les étudiants et les travailleurs étrangers, leur impose un examen médical annuel s’ils sont appelés à travailler dans le milieu de la santé ou encore dans les écoles et les services de garde.

Le hic, c’est qu’une fois rejetée la requête de prolongation du permis d’études, le délai de traitement de la demande est de 47 jours en moyenne. Or son employeur a besoin de lui maintenant et ne peut lui garantir son poste. Certes, l’étudiant aurait dû savoir que le certificat médical dont il était muni à son arrivée au Québec devait être renouvelé. Mais il est quand même ironique qu’on puisse se priver de ses services quand on connaît la rareté de la main-d’œuvre dans les CHSLD, rareté toujours actuelle.

On peut toujours invoquer le fait que l’étudiant étranger est victime de sa propre erreur : il n’a pu se débrouiller comme il aurait dû dans ce dédale administratif. Mais ce serait oublier que tous les nouveaux arrivants qui n’ont pas encore obtenu leur résidence permanente sont l’objet de tracasseries administratives et de délais indus, pour la plupart des candidats à l’immigration choisis par Québec.

On ne compte plus les détenteurs d’un certificat de sélection du Québec (CSQ) qui ont eu du mal à renouveler leur permis de travail. La pandémie a ajouté grandement à ces difficultés : plusieurs travailleurs étrangers en attente de leur résidence permanente ont perdu leur emploi. Comme leur permis de travail « fermé » est lié à un seul employeur — contrairement aux permis de travail ouverts comme ceux qui sont délivrés aux étudiants étrangers —, ils ont dû présenter une demande pour obtenir un nouveau permis de travail afin d’occuper un autre poste.

En outre, comme les délais pour obtenir d’Ottawa la résidence permanente et devenir ainsi un immigrant reçu au Québec sont excessivement longs, soit 27 mois en moyenne, selon IRCC, et parfois jusqu’à 36 mois, ces travailleurs qualifiés doivent renouveler leur permis de travail d’une durée qui n’excède pas un ou deux ans. C’est la croix et la bannière.

Dans le reste du Canada, l’octroi de la résidence permanente se fait beaucoup plus rapidement. Il n’y a qu’une seule véritable administration en matière d’immigration, celle du gouvernement fédéral. Et avec son programme Entrée Express, le délai d’attente est de six mois, une fois le candidat sélectionné.

Cela militerait pour qu’au Québec, une seule entité se charge de la sélection des candidats à l’immigration et de l’octroi de la résidence permanente. Ce ne peut évidemment pas être le gouvernement fédéral : non seulement les politiques québécoises de sélection des immigrants diffèrent de celles du reste du Canada, mais le Québec doit, pour des raisons évidentes, garder le contrôle sur son immigration, du moins sur la partie, soit quelque 70 %, qu’il lui est permis de sélectionner. Dans son Nouveau projet pour les nationalistes du Québec adopté en 2015, la Coalition avenir Québec revendiquait les pleins pouvoirs en matière d’immigration. On peut toujours rêver, mais il ne faut pas s’attendre à ce que les gouvernements Legault et Trudeau s’entendent à ce sujet.

Il importe cependant que Québec et Ottawa s’entendent rapidement pour réduire les lourdeurs administratives qui gâchent la vie des nouveaux arrivants. Les deux ordres de gouvernement ont d’ailleurs entamé des discussions sur l’administration des programmes visant les travailleurs étrangers temporaires. Sont l’objet des échanges les conditions imposées par IRCC aux employeurs pour recourir à des travailleurs étrangers, notamment l’absurde obligation d’obtenir une étude d’impact pancanadienne sur le marché du travail avant de procéder à chacune des embauches. On envisage aussi de permettre aux détenteurs d’un CSQ en attente de la résidence permanente d’obtenir un permis de travail ouvert plutôt que fermé, une mesure essentielle. Espérons que l’approche de possibles élections servira de catalyseur pour la conclusion d’une entente qui a déjà trop tardé.

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