​Vaccination: un blitz pour les jeunes

Entre autres points chauds du monde vers lesquels se tourner, l’Australie attire l’attention ces jours-ci, mais malheureusement pour les mauvaises raisons. Après avoir suscité curiosité et admiration pour une politique de zéro COVID gagnée de chaude lutte, grâce à un robuste confinement généralisé et des frontières étanches, le pays replonge en vie confinée. La moitié de sa population de 25 millions d’habitants a renoué cette semaine avec les règles strictes imposées par la santé publique car, comme ailleurs sur le globe, le variant Delta freine les ambitions d’éradication du virus.

Moins d’une centaine de personnes ont été contaminées par le variant Delta de la COVID-19, réputé plus contagieux en plus de présenter des risques importants pour d’autres tranches d’âges que les groupes plus âgés. Mais si l’Australie réagit de manière aussi prompte et sérieuse à ces dizaines de cas, c’est que son opération de vaccination n’égale en rien la nôtre. En début de semaine, seuls 24 % de la population avaient reçu une première dose et moins de 6 % des Australiens pouvaient se dire doublement vaccinés.

Le spectre du Delta effraie où que l’on soit. Le Québec n’échappe pas à cette vigilance, qui le fait redoubler d’ardeur pour atteindre les cibles de première et de seconde vaccination dans des groupes qui se font davantage tirer l’oreille pour se faire immuniser. L’objectif de 75 % de couverture vaccinale chez les 12-17 ans et les 18-39 ans accuse un certain retard, et inquiète avec raison les autorités. Les études démontrent en effet que le variant Delta peut toucher sévèrement les plus jeunes, et n’a que faire de la protection factice de la « pensée magique » dont les jeunes se revêtent peut-être spontanément, avec un trait dominant d’invincibilité.

À Montréal, le faible taux de vaccination des 12-17 ans préoccupe les experts de santé publique. La semaine dernière, à peine 55 % des enfants de ce groupe avaient reçu une première dose, contre près de 70 % sur le territoire québécois. Cette statistique affligeante met en lumière plusieurs réalités sociodémographiques propres à la métropole, auxquelles le gouvernement doit s’attarder en alliant lucidité et ingéniosité. Lucidité : sur la carte de vaccination mise à jour toutes les semaines par la Direction régionale de la santé publique de Montréal, il est aisé d’associer les zones où les taux d’immigration récente sont élevés avec les taux de vaccination les plus bas, certains encore en dessous des 40 %. Ingéniosité : toute manœuvre destinée à livrer l’information aux citoyens là où ils se trouvent — abords des stations de métro, centres commerciaux, écoles, parcs, porte-à-porte — est la bienvenue, car l’opération de communication des informations cruciales doit s’adapter aux divers groupes formant la population, et non l’inverse.

À Montréal-Nord, arrondissement très touché par la COVID, les courbes de vaccination sont inversement proportionnelles aux taux d’infection. Les dernières statistiques démontraient qu’à peine 39 % des 10-19 ans avaient été vaccinés, un taux effroyablement plus bas qu’ailleurs au Québec — les 12-17 sont à 75 % sur l’ensemble du territoire, et les 18-24 ans à 67 %. Dans certains CIUSSS, comme celui du Nord-de-l’Île, les brigades de sensibilisation qui ont été mises en place pour joindre les gens là où ils sont et les convier à des cliniques de vaccination mobiles et éphémères sont des modèles gagnants, qu’il ne faut pas hésiter à déployer encore pour atteindre des cibles d’immunité collective satisfaisantes.

Il est difficile de ne pas pointer l’échec lamentable de l’opération vaccination dans les écoles qui, si elle avait fonctionné ainsi qu’on l’espérait, aurait permis à la fois facilité et quiétude d’esprit. Facilité d’accès pour les familles qui peinent à ajouter une sortie vaccination à des horaires de travail et une organisation familiale complexes. Quiétude d’esprit à la fois pour les vaccinés et les opérateurs de cette orchestration soucieux d’atteindre des pourcentages d’immunité appréciables du côté des enfants d’âge scolaire, et ce, afin que la rentrée de septembre soit plus sereine. Mais les plans imaginés dans le réseau des écoles trouvent difficilement des voies de réalisation efficaces, ainsi qu’on l’a hélas remarqué en cours de pandémie.

Quant à la tranche des 18-29, dont les pourcentages de vaccination avoisinent les 67 % pour la 1re dose, en deçà des cibles espérées, l’audace et la créativité osées par Québec sont rafraîchissantes. Outre les messages codés du ministre de la Santé, Christian Dubé, sur TikTok, toutes les initiatives destinées à adapter le message et à rivaliser d’inventivité pour séduire les plus récalcitrants sont évidemment bienvenues, même si ça devait prendre les allures d’une loterie. L’urgence crée le contexte, ainsi que cette pandémie nous a habilités à bien le comprendre.

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