Le candidat de la division

Le candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness a choisi la journée de la fête nationale du Québec pour alimenter une polémique qui le discrédite comme candidat de la troisième voie. L’ex-joueur des Alouettes a plaidé en faveur de l’obtention d’un statut bilingue pour la Ville de Montréal.

Le chef du parti Mouvement Montréal juge que les citoyens anglophones et allophones de la métropole devraient avoir un meilleur accès aux services en anglais dans l’administration municipale. De même, les entreprises devraient être en mesure de mener leurs activités dans les deux langues, juge-t-il, au nom du rayonnement de la métropole sur la scène internationale. « La réalité sur le terrain, c’est que Montréal est une ville multiculturelle et bilingue », a-t-il dit.

L’addition des clichés est édifiante dans ses propos. Montréal est la seule métropole nord-américaine d’expression française. Loin d’être un fardeau pour son rayonnement international, ce visage français fait sa couleur et sa distinction parmi les grandes villes du continent.

L’économie de Montréal tournait à plein régime avant la pandémie, et les perspectives de rebondissement sont encourageantes. Durant la pandémie, la contraction de l’emploi dans la métropole a été la moins sévère en Amérique du Nord. Les éléments du succès de la métropole reposent sur « des écosystèmes de calibre mondial », selon l’analyse de Montréal International, dans des secteurs tels que l’intelligence artificielle, l’aérospatiale, la créativité numérique (effets visuels et jeux vidéo), les sciences de la vie et les technologies ou encore l’enseignement supérieur.

Dans son insouciante envolée, Balarama Holness confond la prestation de services municipaux avec l’attractivité de Montréal auprès des investisseurs. Ces derniers, comme en atteste la vigueur de l’économie montréalaise, sont loin d’être refroidis par son statut de métropole francophone. Les déterminants qui motivent les investissements étrangers dépassent les dynamiques linguistiques : qualité des établissements d’enseignement supérieur, accès à une main-d’œuvre qualifiée, réseaux de transports collectifs fluides, fiscalité attrayante, qualité de vie, diversité et inclusion, etc. Ce sont les principaux éléments à partir desquels se prennent les décisions d’investissement.

Balarama Holness justifie sa position par le dépôt récent du projet de loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec et du projet de loi fédéral C-32 sur les langues officielles. L’homme s’est peut-être trompé de scène politique. Ce n’est pas au municipal que sera décidée la politique linguistique du Québec. Nous croyons qu’il ne devrait y avoir aucune ambiguïté des candidats à la mairie sur la question. L’article premier de la Charte de la Ville de Montréal, stipulant que Montréal est une ville de langue française, est intouchable. Les candidats qui veulent ouvrir une brèche ne méritent pas la confiance des électeurs.

Le bilinguisme et le trilinguisme de Montréal sont déjà acquis par la force des choses. L’attrait de l’anglais et la diversité de la population montréalaise y concourent amplement, à tel point que les politiciens sérieux et les démographes se préoccupent davantage du recul du français à Montréal que de la prétendue érosion des droits linguistiques des minorités.

Aucune ville au Canada ne peut se targuer d’une telle diversité linguistique. La minorité anglophone bénéficie déjà de protections et d’avantages qui font encore rêver les minorités francophones ailleurs au Canada : des hôpitaux, des écoles, des commissions scolaires et des municipalités qui bénéficieront encore d’un statut bilingue après l’adoption de la loi 96, même dans les villes où la population anglophone est devenue largement minoritaire au fil des décennies.

Quelle est l’urgence de faire de Montréal la capitale nord-américaine du « Bonjour-Hi » ? À qui profiterait ce statut bilingue dont se réclame Balarama Holness ? À ceux qui refusent que la nation québécoise se comporte comme telle. À ceux qui se méfient lorsque cette nation se donne les institutions et les lois propices à assurer la pérennité du fait français. À ceux qui voudraient que le Québec prenne son rang, comme une minorité folklorique parmi tant d’autres, dans la mosaïque multiculturaliste canadienne.

Malgré l’aversion que nous inspire la vision de Balarama Holness pour le devenir linguistique de Montréal, il n’est pas seul dans son camp. Les nouvelles générations de Montréalais, bilingues et se désintéressant de l’héritage de la loi 101, verront dans les propos du candidat les contours d’un monde qu’ils fréquentent tous les jours.

Né d’un père d’origine jamaïcaine et d’une mère québécoise, Balarama Holness incarne cette nouvelle citoyenneté montréalaise, en se disant « fier francophone et fier anglophone ». C’est un enfant de la loi 101 qui souhaite également protéger et valoriser le français, notamment en offrant des cours gratuits à tous les Montréalais. Sa position unique d’hybride culturel et linguistique devrait l’amener à plus de clairvoyance sur les aléas du bilinguisme. Dans ce pays imparfait qu’est le Canada, il s’est toujours imposé au détriment du français.

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