​Grand Prix du Canada: passer son tour

Pour une deuxième année de suite, la crise sanitaire menace la tenue du Grand Prix de Formule 1 à Montréal. Confrontée à la perspective de tenir une course à huis clos, sans spectateurs, la F1 demande une compensation de six millions de dollars pour le promoteur de l’épreuve, François Dumontier, afin de remédier à l’absence des revenus (billetterie, restauration, commandites).

Le promoteur est dans une position ingrate. C’est lui qui assume la plus grosse part du risque logistique pour l’organisation de l’épreuve. De son point de vue, la rentabilité du projet n’est jamais acquise. On peut très bien comprendre sa position. Privé de revenus de billetterie, il foncera tout droit dans une impasse.

De nombreuses entreprises, pas toutes les plus méritoires, ont bénéficié des largesses des gouvernements depuis le début de la pandémie, pendant que les moins nantis et les sans-voix s’enfonçaient encore plus dans la misère. Même si la réalité d’un Dumontier n’a rien à voir avec celle des multimillionnaires de la F1, les apparences jouent contre lui. Il n’y aura pas grand appétit des gouvernements pour verser six millions pour une course de bolides. Quel ministre est prêt à vendre l’idée à la population pendant que de nombreux groupes réclament de l’aide pour assumer les diverses missions sociales de l’État ?

Le Grand Prix de Montréal est déjà dans une catégorie à part en matière de soutien public. Pour obtenir les droits de présenter l’épreuve, Montréal, Québec, Ottawa et Tourisme Montréal versent la somme annuelle de 18,7 millions de dollars. Le marché n’en vaut pas la peine, si ce n’est pour la valeur symbolique : le Grand Prix lance la saison estivale et celle des festivals. Ses retombées économiques et fiscales ont été largement exagérées au fil des ans. En réalité, les gouvernements récupèrent 8,1 millions en revenus fiscaux sur leur investissement.

Cette année, la course ne rapportera que des miettes fiscales au gouvernement en l’absence des spectateurs et des touristes. Il n’est pas surprenant que la mairesse de Montréal, Valérie Plante, soit si peu réceptive à l’idée de verser des subventions supplémentaires.

Une crise de la sorte offre l’occasion de tester la loyauté des fans et de s’engager dans l’économie de la relation avec eux. Pourquoi le Grand Prix ne leur demanderait-il pas de faire une partie de l’effort, dans le cadre d’un programme de membership assorti d’avantages et récompenses pour l’an prochain ? Cette option serait intéressante si l’organisation n’était pas déjà aux prises avec les démêlés de l’an dernier. Des spectateurs attendent toujours le remboursement de leurs billets pour l’annulation de l’édition 2020.

Devant tant d’incertitude et de complexités, la solution la plus sage est de reporter l’épreuve à l’an prochain. Il y a une limite à engloutir des fonds publics dans le sport professionnel. Contrairement aux années « Ecclestone », Montréal ne vit plus sous la menace constante de perdre son Grand Prix. Le cirque de la F1 pourra renouer avec son public en 2022.

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