Scandaleux

Les chevreuils sont saufs à Longueuil après un tintamarre qui dépasse l’entendement. La même semaine — ô, ironie suprême —, on apprend avec stupeur qu’un protocole d’arrêt des manœuvres sur des patients en arrêt cardiorespiratoire a été maintenu au-delà du délai nécessaire, plaçant les ambulanciers dans des situations morales et éthiques très difficiles à soutenir. Apparemment, les chances de survie des uns ne sont pas celles des autres.

Comme l’a révélé la journaliste Isabelle Paré dans Le Devoir, le ministère de la Santé a émis, début avril, une directive de triage des patients à réanimer par les ambulanciers dans un contexte de surchauffe dans les centres hospitaliers. La mesure, entérinée par le Collège des médecins, prévoyait de cesser les massages cardiaques et la défibrillation chez les patients ne présentant plus de pouls décelable (asystolie) depuis deux minutes, et ce, dans le but précis de ne pas engorger des soins intensifs déjà fortement accaparés par des malades atteints de la COVID et d’éviter de contaminer le personnel soignant. Les personnes ciblées étaient celles qui seraient, selon des calculs statistiques, sans doute décédées à l’hôpital.

La mesure « exceptionnelle » n’aurait dû s’étirer que sur les mois printaniers, mais elle a été maintenue jusqu’à la fin de septembre. Des ambulanciers ont raconté les terribles déchirements liés au fait de ne pas tenter de réanimer une personne en détresse, devant sa famille, si minces ses chances de survie fussent-elles. On peut sans mal imaginer le drame de soignants se retrouvant interdits de soigner, et fustigés par la famille.

Bien sûr, le contexte pandémique a forcé le recours à des mesures hors de l’ordinaire pour faire face à cet assaut viral hors du commun, comme en fait foi, par exemple, la mise au jeu très rapide de plusieurs vaccins dans des délais qui ne se rapprochent en rien du cours normal des choses. Au plus fort de la crise, alors que ressources et matériel nous semblaient limités, des protocoles de triage pour l’accès aux soins intensifs ont été discutés, entraînant dans leur sillage un foisonnement de questions éthiques. Malgré leur élaboration, la situation dans les urgences n’a jamais atteint le point critique justifiant qu’on y ait recours. La directive avait-elle lieu d’être ?

L’odeur de scandale qui émane de la mise en œuvre de la directive de non-réanimation tient précisément au fait que rien n’indique que l’engorgement des soins intensifs n’ait justifié qu’on en arrive là, et ce, au pire de la crise. Encore moins dans les mois de l’été, où le nombre de cas hospitalisés était en déclin. Les décideurs se réfugient derrière des taux de survie très faibles — de 1 % à 3 % des gens qu’on tente de réanimer lorsqu’ils sont en asystolie survivent —,mais la loi des chiffres s’étiole lorsqu’une patiente, comme Anne Charpentier, relate au Devoir que c’est précisément grâce à ces tentatives de réanimation pratiquées sur elle en 2009 qu’elle peut aujourd’hui témoigner de l’horreur qu’elle a ressentie en apprenant l’existence d’une telle décision politique.

Outre sa raison d’être, l’obscurantisme ayant entouré la décision — pas de débat social, aucun comité d’experts consulté — soulève d’importantes questions de transparence, ce qui ne donne pas le beau rôle au ministère de la Santé. Le contexte de crise de la pandémie ne peut servir de laissez-passer à des protocoles dénués de colonne éthique. Proprement scandaleux.

33 commentaires
  • Denis Grenier - Abonné 26 novembre 2020 05 h 46

    Bonnet blanc Blanc bonnet

    Il adviendra des cerfs de Virginie à la Ville de Longueuil le même sort que celui qui avait été projeté disent les experts; n'oublions pas les autres cervidés qui sont loin de nos yeux ailleurs en l'état du Québec, car à l'inverse ces autres espèces sont menacées, expriment-ils.
    Nous apprenont maintenant, en novembre, les tenants de la directive émise par le ministère de la santé en début avril, relaté par la journaliste Isabelle Paré dans le Devoir. Directive de triage de patient à réanimer par les ambulanciers entérinée par le Collège des médecins. À New York, cette directive a été connue et les autorités ont dû obéir immédiatemment à la désapprobation. Ici, cette directive a cessé d'être effective en septembre et les experts de la plus haute autorité médicale, ont gardé le silence, voir l'omerta. Chaque membre d'un groupe est responsable moralement des gestes de celui-ci, ici la société québécoise.
    Cette situation me rappelle les automobilistes laissés sur la route 13 à leur sort durant une soirée et une nuit de tempête en mars 20??. Une haute fonctionnaire d'un ministère a été blâmée avec sanction et deux ministres disculpés. Dans les deux cas, deux ministres; la main gauche ignore ce que fait la main droite.


    Denis Grenier
    Abonné

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 novembre 2020 13 h 36

      Ce ne sont pas "les experts de la plus haute autorité médicale, ont gardé le silence, voir l'omerta", ce sont les médias.

      Une telle directive ne peut se faire sans que la chose ne vienne a l'oreile des médias, que ce soit par du personnel de santé qui trouve la chose odieuse, ou par des familles qui ont subit la directive.

      D'ailleurs aucun médias n'a fait écho a la publication de la chose faite par le Le Devoir.

      Après on s'étonne de la présence de conspiratonnistes ?

  • Simon Grenier - Abonné 26 novembre 2020 06 h 21

    Ce que je trouve dégueulasse, c'est qu'on ne l'a pas su. On n'a pas cru bon d'informer la population qu'on ajoutait, de façon désinvolte, un pan à la loi sur l'aide médicale à mourir - une mort forcée, cette fois, par le même jugement "médical". C'est "drôle" que le serment d'Hippocrate ne sorte QUE lorsqu'il est temps d'augmenter la rémunération des médecin.

    Qu'un gouvernement de comptables trouve des raccourcis meurtriers pour simplifier la gestion de x-y-z, c'est ordinaire et choquant. Qu'un ministre de la santé à la feuille de route d'investisseur - pas de gestionnaire - se défile en disant que "c'est toute la faute à Danielle, c'était elle la ménisse", c'est ordinaire et choquant.

    Que le Collège des Médecins, dont le seul et unique mandat est de protéger LE PUBLIC, encourage en catimini les décideurs à procéder ainsi, sans même en informer le dit public, ça commence à faire beaucoup trop de preuves de mononquisme pour que cette institution demeure. Elle doit être démantelée et reformée en un typique, plate, non-flamboyant "ordre", comme tout le monde. Toute cette profession est à faire descendre de son piédestal qui n'a jamais - jamais - été légitime.

    Les finances publiques post-COVID exigent de ramener ce beau monde au statut d'humains, avant que les infirmières (et tous les autres travailleurs de la santé) implosent pour de bon.

    • Dominique Boucher - Abonné 26 novembre 2020 08 h 31

      «C'est “drôle” que le serment d'Hippocrate ne sorte QUE lorsqu'il est temps d'augmenter la rémunération des médecin.»

      «Une «machine à négocier des conditions salariales mirobolantes​ dont la culture est toxique: la Fédération des médecins spécialistes du Québec doit revoir ses fondements», a déclaré Amir Khadir en avril dernier.

      Pas juste les médecins spécialistes. TOUS les médecins. Entre 2006 et 2015, au Québec, les sommes consacrées à la rémunération des médecins ont doublé. Résultat? Moins dʼaccès à un médecin pour la population du Québec. Pas difficile à comprendre: vous doublez le salaire de gens qui sont déjà TRÈS bien payés. Quʼest-ce que vous pensez quʼune bonne partie dʼentre eux/elles vont faire? Exactement ça: prendre une partie de lʼaugmentation de leur rémunération pour absorber une réduction (volontaire et surtout pas demandée — au contraire, cʼétait en partie le but visé par ces augmentations) des heures travaillées. Pas fous, quand même, les toubibs...

      Nommez-moi un seul autre groupe de travailleurs qui soumet ainsi son employeur à un constant et ignoble chantage pour obtenir des conditions mirobolantes et inaccessibles au commun des mortel (sans tenir le moindrement compte de la capacité de payer du dit employeur, cʼest-à-dire lʼÉtat, cʼest-à-dire nous) et qui obtient à peu près toujours ce quʼil demande...

      Cʼest décourageant de voir quʼaucun gouvernement nʼa le courage dʼaffronter ce groupe dʼultra-privilégiés sans morale.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Louise Collette - Abonnée 26 novembre 2020 06 h 47

    Vie

    On croirait bien que la vie des cerfs de Virginie nous tienne plus à coeur que celle des humains au Québec.
    Maintenant on verra bien si Madame Golwater va monter aux barricades...

    Pardonnez-moi mais le ministère de la santé a foiré, rien de moins.
    Ce n'est pas le temps de faire une crise cardiaque, ni même de tomber malade dirais-je.

    Cette décision est criminelle et ça ne doit pas en rester là.
    On gouverne <<à la petite semaine>> comme l'aurait si bien dit René Lévesque mais, je doute qu'on en fasse tout un plat comme pour les quadrupèdes, heureusement que le ridicule ne tue pas.

  • Pierre Labelle - Abonné 26 novembre 2020 06 h 50

    On soigne et sauve les bêtes, on laisse souffrir et partir sans soins des humains. Dans quelle sorte de monde vivons-nous?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 26 novembre 2020 12 h 34

      Dans un monde « bête ».

  • Serge Pelletier - Abonné 26 novembre 2020 07 h 06

    Non Madame...

    Non Madame, ce n'est pas scandaleux. Si ce n'était que cela, ce ne serait rien, car au Québec le scandale des décisions politiques est une coutume. Avoir agit et ORDONNER cela est de type et caractère criminels. Les articles 219 à 226 ainsi que les articles 22(1) à 23(1) font état de négligence criminelle autant pour les "décideurs et pour les personnes impliquées" que pour les "administrateurs se défilant des responsabilités dans la structure hiérarchisée et bureaucratique".

    Mais où étaient-ils nos SAUVEURS auto-proclamés Legault-Arruda-Roberge et clique... Et plus particulièrement cet été. Facile, en vacances. Ben, oui, M. et Mme Chose "mes vacances, c'est mon droit, et mes droits de vacances y passent avant tout le monde"... De toute manière, Arruda le disait hors et fort "on peut tout faire à distance. Pis... quand cela se calme, on prend des vacances, pis... Ouais!
    Étrangement, durant toute la Seconde-Guerre Mondiale Churchill, même si la bataille de l'Angleterre était terminée par défaite des nazis... et bien il n'a pris de vacances lui. Il est demeuré à son bureau de P-M jusqu'à la fin de la guerre. Le "Staline" est demeuré à ses bureaux de Moscou et ce même si les troupes allemandes-nazis et alliées fascistes étaient en déroutes...

    Mais ici, le P-M et ses factotums de service prennent des vacances... C'est un DROIT indéniable les vacances pour eux-autres... Mais pas pour les infirmières, les préposées aux bénéficiauires, pas pour... Uniquement pour eux eux ce droit indéniable. Pis, toute la gang en même temps, comme pour les gars sur la construction.

    À quand, Madame Chouinard, des journalistes professionnels mettront-ils un peu d'efforts de recherches pour démontrer que ces piètres individus du GV-Q-CAQ et leurs factotums de service sont simplement et uniquement des criminels.