L’inaccessible étoile

Le gouvernement Trudeau a déposé, jeudi, un projet de loi climatique qui vise la carboneutralité pour le Canada en 2050, une promesse libérale, et qui le force à déterminer des jalons quinquennaux, dont le premier, celui de 2030, doit être rendu public six mois après l’adoption du projet de loi.

Plutôt qu’une simple politique, une loi est plus contraignante pour le gouvernement Trudeau et ceux qui pourraient lui succéder. Déplorons d’emblée que le gouvernement Trudeau n’établisse aucune cible pour la première échéance de cinq ans, en 2025. C’est un aveu d’échec avant même d’avoir fait un premier pas.

En revanche, la loi établit que l’objectif actuel, arrêté par le gouvernement Harper, d’une diminution de 30 % des GES sous le niveau de 2005 d’ici 2030, sera relevé. Il tiendra compte des « meilleures données disponibles et des engagements internationaux du Canada », peut-on lire. Si c’est le cas, il devrait tendre vers une réduction de 45 % sous le niveau de 2010, le seuil avancé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pour respecter l’Accord de Paris.

La cible de 2030 et les suivantes seront sujettes à une reddition de comptes annuelle et feront l’objet d’un rapport d’étape deux ans avant les échéances. Surtout, en déterminant la cible — et c’est ici que ça se complique —, le gouvernement Trudeau devra présenter un plan décrivant les mesures concrètes et les stratégies qu’il mettra en œuvre pour l’atteindre.

Les débats entourant le projet de loi permettront également de savoir comment l’opposition se positionne, en particulier le Parti conservateur, qui aspire au pouvoir. Il apparaît cependant incongru que les libéraux demandent aux parlementaires de voter pour une cible qu’on ne connaît pas et qui sera assortie de mesures qu’on ne connaît pas davantage.

Rien ne sert de brandir une cible si elle n’est pas accompagnée d’un train de mesures, concrètes et chiffrées. C’est l’exercice auquel s’est plié le gouvernement Legault avec son Plan pour une économie verte. Ce plan fut d’ailleurs critiqué parce qu’il n’avait répertorié que 42 % des actions nécessaires pour atteindre une baisse de 37,5 % en 2030 et aucune mesure contraignante, telle une taxe spéciale sur les véhicules énergivores, pour inciter la population à changer ses comportements.

Rappelons que le Canada n’a jamais respecté ses cibles de réduction des GES, dont les émissions ont même légèrement augmenté ces dernières années. Le Canada est un État pétrolier et figure parmi les pays au monde qui émettent le plus de GES par habitant. Le Québec, pour sa part, se situe dans la moyenne des pays européens, mais en raison de sa production d’hydro-électricité, il n’a guère eu d’efforts à déployer pour faire bonne figure.

La cible, la belle affaire : c’est sur son plan d’action qu’on devra juger le gouvernement Trudeau, qui continue à subventionner l’industrie pétrolière et qui est maintenant propriétaire d’un pipeline. Il aura fort à faire pour nous convaincre que sa nouvelle cible ne sera pas une inaccessible étoile, comme l’ont été les précédentes.

1 commentaire
  • Pierre Bertrand - Abonné 23 novembre 2020 10 h 56

    Je ne suis pas climatoseptique mais....

    Je me trompe ? Le Canada ne représente que 1,7 % des émissions planétaires (2017), et le Québec 5 % des émissions canadiennes ? Un moment donné c'est normal d'ajuster son tir en conséquence tout en participant aux ententes internationales. Cordialement.