Irrésistible étalement

En périphérie de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), il semble qu’on soit incapable de freiner l’étalement urbain, que ce soit dans Lanaudière, les Basses-Laurentides ou sur la Rive-Sud, en Montérégie.

Au nord de Montréal, une troisième couronne, qui s’ajoute à la deuxième (Terrebonne, Mascouche, Repentigny, Saint-Eustache) et à la première (essentiellement Laval), est en voie de se consolider avec le développement, entre autres, de Saint-Colomban, en banlieue de Saint-Jérôme, et maintenant de la MRC de Montcalm qui a finalement obtenu, l’automne dernier, à sa quatrième tentative, la modification souhaitée de son schéma d’aménagement, qui prévoit l’accaparement de terres agricoles, comme l’a rapporté une enquête de La Presse.

Cette modification a été approuvée malgré les objections soulevées par trois ministères et l’opposition manifestée par la CMM. La MRC de Montcalm a modifié ses projets initiaux à la satisfaction des quatre fonctionnaires, dont le sous-ministre Frédéric Guay, qui, dans une note à la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, lui recommandent d’approuver le schéma modifié en concluant qu’il est conforme aux orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire. Or, ces orientations visent à freiner l’étalement urbain surtout s’il repose sur la destruction de terres agricoles. Cherchez l’erreur.

L’orientation 10 du gouvernement vise pourtant les MRC en périphérie de la CMM en les invitant à « consolider et à réutiliser le tissu urbain existant », à « orienter le développement urbain à l’intérieur des périmètres d’urbanisation » et à prévoir des mesures « qui assurent l’utilisation durable et continue des sols ». Dans une entrevue accordée au Soleil en début d’année, Andrée Laforest affirmait pourtant qu’il fallait « freiner l’étalement urbain », imposer des « contraintes à la croissance » et refuser de construire autoroutes et écoles pour encourager cet étalement.

Il lui est arrivé de rejeter les nouveaux schémas d’aménagement présentés par des municipalités ou des MRC. Elle a dit non à Québec qui projetait d’urbaniser les terres agricoles des Sœurs de la Charité, à Beauport.

La CMM, qui comprend 82 municipalités, se conforme depuis 2012 à un Plan métropolitain d’aménagement et de développement qui vise l’utilisation de son périmètre urbain actuel en le densifiant afin de protéger les terres agricoles et les milieux naturels. Or, les municipalités à sa périphérie peuvent offrir des terrains plus vastes à bien meilleur prix. Leurs habitants profitent des postes offerts dans la CMM, mais pas nécessairement sur l’île de Montréal ; bien souvent, c’est dans la deuxième ou la troisième couronne qu’ils travaillent, là où il s’est créé de nombreux emplois ces dernières années. Ainsi, les villes limitrophes de la Rive-Nord s’alimentent du dynamisme économique des couronnes de la CMM. Avec les changements permanents que pourrait entraîner la pandémie, dont la généralisation du télétravail, ces municipalités, qui représentent déjà une forte concurrence pour la CMM, pourraient même attirer davantage de familles séduites par l’espace, une plus grande proximité avec la nature et des maisons abordables.

En dehors de la CMM, faute d’une politique nationale, l’approbation à la pièce des schémas d’aménagement présentés par les MRC ne suffit pas à contrer l’étalement urbain, une tendance qui, loin de ralentir, risque de s’accentuer. Si la complaisance n’est pas sa tasse de thé, la ministre, qui dit aspirer à présenter une réforme de l’aménagement du territoire, a tout un défi à relever.

7 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 28 octobre 2020 06 h 11

    Les virages

    Il n'y a pas si longtemps, on parlait de la nécessaire décentralisation de la prise de décision et de l'intérêt de la déconcentration du développement économique pour ne plus être pogné dans le trafic des grands pôles urbains.

    Aujourd'hui, les couronnes en question se présentent comme des cercles vicieux avec plein de monde pogné dans le trafic à faire le tour des cônes orangés. On vire en rond.

  • Michel Handfield - Abonné 28 octobre 2020 08 h 10

    Probablement que nos fonctionnaires croient que l'on pourra faire pousser des légumes congelés dans le grand nord. Des imbéciles.

    Probablement que nos fonctionnaires croient que l'on pourra faire pousser des légumes congelés dans le grand nord. Des imbéciles.

    On parle de développement local, de moins dépendre des importations, mais la première ressource, l'ALIMENTATION, on la tasse pour du développement urbain. Les terres agricoles font place à de nouveaux terrains, de nouvelles autoroutes, plus d'automobiles... Parlez moi d'une logique.

    Je cite le texte:

    "Cette modification [de son schéma d’aménagement, qui prévoit l’accaparement de terres agricoles] a été approuvée malgré les objections soulevées par trois ministères et l’opposition manifestée par la CMM. La MRC de Montcalm a modifié ses projets initiaux à la satisfaction des quatre fonctionnaires, dont le sous-ministre Frédéric Guay, qui, dans une note à la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, lui recommandent d’approuver le schéma modifié en concluant qu’il est conforme aux orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire. Or, ces orientations visent à freiner l’étalement urbain surtout s’il repose sur la destruction de terres agricoles. Cherchez l’erreur."

  • Guy Beausoleil - Abonné 28 octobre 2020 08 h 56

    Contrôle des coûts

    Il faudrait peut-être agir en amont et tenter plutôt de contrôler le coût sans cesse grandissant des terrains et maisons autant en ville qu'en banlieue. Mais non, on préfère laisser ça au libre marché, à la spéculation et au crédit de gain en capital avec le résultat que l'on connaît.

  • Bernard Vachon - Inscrit 28 octobre 2020 10 h 24

    Territoire et écologie à l’épreuve de l’étalement urbain. Quelles réponses?

    La véritable solution à l'étalement urbain : l'adoption d'un modèle multipolaire de développement territorial supporté par une stratégie de renforcement de l'attractivité et de la capacité d'accueil économique et démographique des MRC (infratructures, équipements et services publics) pour en faire des bassins de vie, d'activité et d'emploi à part entière. Il faut passer d'un Québec hyperconcentré sur les pôles métropolitains de Montréal et de Québec, à un Québec redistribué en misant sur l'armature des villes moyennes et les chefs-lieux des MRC pour en faire des villes d'équilibre susceptibles de capter une part accrue du dynamisme économique et démographique du Québec et d'en irriguer les régions.
    Cette stratégie reposera sur des dispositifs et des mesures pour stimuler et accompagner le déploiement de la croissance économique du Québec vers les pôles urbains régionaux.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 octobre 2020 14 h 50

      Conjugué à rendre l'habitat plus attrayant et abordable en zone métropolitaine. Pas de petites cours pour chacun, mais des parcs, des prix abordables, une amélioration des transports en commun conjuguée à une diminution de la circulation automobile, etc.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 28 octobre 2020 14 h 05

    A quand une grande ville vers le centre du Québec pour en faire un modèle moderne de développement?

    J'ai vu hier que 45% des montréalais songeaient à quitter la métropole pour différentes raisons! Ce pourcentage élevé illustre combien la concentration urbaine, dans Montréal et dans les régions environnantes, ne présente plus aucun intérêt. Dans le contexte présent, la Covid ou toute autre épidémie qui viendra ensuite (ou pourra venir plus tard pour rassurer les plus anxieux) n'est pas étrangère à cette situation. En fait, la carte du Québec montre la précarité de vivre ainsi confinié où, par exemple, la pollution l'été et le réseau d'aqueduc a besoin d'être modernisé quand l'hiver est là!
    Loin d'abolir les grandes villes existantes, il faut moderniser le Québec de demain, non pas en mettant des cataplasmes sur une jambe de bois, mais plutôt en érigeant une mégapole plus appropriée, car située plus près du centre du Québec! Un tel projet aurait l'avantage d'être plus près des régions dont les retombées ne seraient pas négligeables depuis qu'on a mis en évidence le télé-travail favorisant l'activité sociale tant familiale que celle de l'entreprise. Pourquoi faut-il investir des sommes importantes pour agrandir le métro de Montréal pendant qu'il serait moins coûteux d'investir dans une ville dont la ceinture satellitaire respecterait l'Environnement.
    Enfin, la construction des voies de communication, avec un TGV avec les villes du sud, voilà un projet sans compromission avec les fonctionnaires et ministères du gouvernement!