Rétablir la confiance

Depuis octobre 2015, 198 dossiers d’enquête criminelle concernant des allégations formulées par une personne autochtone à l’endroit d’un policier ont été ouverts au Québec. Le signe qu’un problème couve. Octobre 2015, c’est un moment charnière dans l’éveil collectif à propos de ce que certains refusent encore de nommer racisme systémique. C’était la diffusion du tout premier reportage de l’émission Enquête, de Radio-Canada, dévoilant la violence sexuelle et les abus de pouvoir exercés par des policiers sur des femmes autochtones.

On se rappelle le récit douloureux et troublant de ces femmes de Val-d’Or affirmant avoir été agressées sexuellement par des policiers contre rétribution — « 100 piasses pour la fellation, 100 piasses pour que je ferme ma gueule », affirmait une de ces femmes. Ce travail journalistique avait aussi révélé la pratique de « cures géographiques », un stratagème utilisé par des policiers pour transporter des Autochtones dans des régions éloignées du domicile afin qu’elles dégrisent — littéralement — de la séquestration.

Dans un rapport rendu public la semaine dernière, l’observatrice civile indépendante Fannie Lafontaine revient sur le récit courageux de ces femmes autochtones de Val-d’Or concernant des abus policiers. À la suite de la diffusion de ce reportage, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avait été mandaté pour enquêter sur la situation ; un mois plus tard, Québec désignait Me Lafontaine comme « observatrice civile indépendante » afin de scruter l’intégrité et l’impartialité des enquêtes du SPVM. En matière d’enquête de la police sur la police, les ratés du passé ont laissé la fâcheuse perception d’un processus dénué de transparence.

Son rapport conclut à un processus intègre et impartial du côté du SPVM, mais il déplore vertement l’« opacité » du Bureau d’enquête indépendant (BEI), qui a pris le relais du SPVM il y a deux ans pour toute nouvelle allégation de nature sexuelle formulée par un Autochtone à l’endroit d’un policier. Ses 25 recommandations pointent vers tout ce qui pourrait améliorer un lien de confiance miné entre le système policier et les Autochtones. Le racisme systémique que Québec se refuse à nommer franchement ne fait l’objet dans ce rapport d’aucun aveuglement sémantique. Il est le fondement même du rapport, le socle — reconnu par les corps policiers eux-mêmes — sur lequel on bâtit. Fannie Lafontaine le notait clairement dans son premier rapport, déposé en 2016 : l’enquête policière n’est qu’un des éléments de réponse à « une profonde crise sociale marquée par des enjeux plus collectifs et plus systémiques ».

Ce rapport n’aurait pas pu mieux tomber. Il survient en plein émoi, les circonstances odieuses ayant précédé la mort de l’Attikamek Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette étant encore toutes fraîches dans la conscience collective. Mais à combien de ces « réveils » collectifs devrons-nous assister pour que changent réellement les manières de faire ? Depuis octobre 2015, le gouvernement fédéral a lancé et conclu une Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées — avec, en prime, un rapport distinct sur le Québec. Le Québec lançait en 2016 sa propre Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, la commission Viens. Toutes ces démarches ont conclu sans débat tortueux qu’un des vices minant la confiance entre les Premières Nations et les représentants des services publics et autorités avait pour nom discrimination systémique.

Pendant que les experts multiplient les rapports appelant à une meilleure compréhension des réalités autochtones et à une éducation des acteurs du système, le premier ministre Legault résiste encore à nommer un chat un chat, et il catapulte un ex-policier comme ministre responsable des Affaires autochtones. On l’a dit : les qualités de communication de Ian Lafrenière sont indéniables, mais compte tenu des enquêtes et des écrits qui s’additionnent pour décortiquer la méfiance qui subsiste toujours entre les policiers et les Autochtones, cette nomination relève soit de l’arrogance, soit d’une maladresse frisant l’aveuglement volontaire.

Parmi les 25 recommandations de son rapport, Fannie Lafontaine réclame que soient améliorées sans tarder les dispositions encadrant la transparence du BEI, dont l’opacité l’a visiblement inquiétée. En outre, la présence insuffisante d’enquêteurs issus des Premières Nations au sein des corps policiers constitue un maillon faible, de même que le nombre insuffisant d’heures de formation portant sur les enjeux et les particularités rattachés aux communautés autochtones. Ce rapport s’ajoute à la mine d’enquêtes et de recommandations dont le Québec dispose pour prendre sans plus tarder le véritable virage du changement.

36 commentaires
  • Joane Hurens - Abonné 19 octobre 2020 01 h 50

    Lafrenière: oui et non

    Merci madame d’avoir fait le point sur ce qui constitue encore une honte nationale pour le Canada et le Québec. La nomination de m Lafrenière en a surpris sinon choqué plus d’un.
    En écoutant l’entrevue qu’il a donnée à « Tout le monde en parle », j’ai pensé que oui, peut-être, un policier respecté pourrait mettre en œuvre les réformes nécessaires pour casser le moule permettant l’expression libre d’un racisme sans complexe dans certains milieux des forces de l’ordre.
    Mais la série de bémols que le ministre Lafrenière a répétés sur la lenteur avec laquelle les changements nécessaires pourraient voir le jour me laisse perplexe. On conçoit bien que changer les cœurs et les esprits d’une partie de ceux qui sont censés « protéger » l’ensemble de la population demandera formation, rigueur, suivi et persévérance pour réussir à faire disparaître les comportements indignes et inacceptables de certains de ces fonctionnaires de l’État.
    Pourtant, j’aurais aimé sentir qu’il prenait l’engagement ferme de faire bouger les choses, même de « brasser la cage » s’il le fallait, qu’il en faisait une mission personnelle.
    Parce qu’il y a urgence. Parce que ça suffit. Parce que ça a trop duré.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2020 09 h 47

      Vous voulez rire? Ce dernier n'est pas intéressé de mettre en œuvre les réformes nécessaires pour casser le moule permettant l’expression libre d’un racisme sans complexe dans certains milieux des forces de l’ordre. Il faisait partie de ceux qui l'ont fait à maintes reprises et qui cachent la vérité au public. Vous connaissez l’Omerta qui existe dans ces groupes paramilitaires?

      Ceci dit, les Québécois sont bien « tannés » de se faire casser du sucre sur le dos et de se faire accuser de racistes alors qu’il s’agit de seulement de la police qui pratique impunément le profilement raciale surtout à Montréal. Ces gens ne sont jamais redevables à quiconque et on l’a bien vu avec la saga de l’UPAC et leur soi-disant lutte contre la corruption. Nous avions un soi-disant groupe indépendant qui surveillait le groupe policier qui surveillait les gens de l’UPAC. Si on commençait à limoger les gens qui ne font pas leur travail et lorsque ceux-ci commettent des bévues et qu’ils se font poursuivre, eh bien, l’argent devrait sortir de leur fond de pension. Ce n’est pas à la population d’assumer leur incompétence ou bien leurs malversions.

      Pour les autochtones, oui ils vivent un racisme systémique qu’on appelle communément la Loi sur les Indiens et le système d’apartheid qui s’ensuit, les réserves. Mais la solution à ce dilemme passe obligatoirement par la disparition de cette loi raciste dans la « canadian constitution » et la fin de ce système qui pratique la ségrégation à outrance. Sinon, le cycle infernal des incidents racistes risque de se répéter ad infinitum. Il faut aussi que les autochtones acceptent de venir vivre avec nous au 21e siècle pour s’éduquer, comme pour plus de 50% d’entre eux qui le font déjà, tout en gardant leur langue et culture. On sait bien que ce sont le$ chef$ de$ con$eils de bande, une invention politique de gens comme l’ignoble John A. Macdonald et ses confrères orangistes et qui découle de la loi sur les Indiens, qui $’objectent à cela.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 10 h 12

      Ce dossier est un dossier TRÈS complexe. D'une part, cela implique D'ABORD le fédéral; ensuite le Québec. D'autre part, il y a des communautés autochtones où le niveau de vie est correct; tandis qu'il y en a une multitude qui sont des communautés dévitalisées, vivant carrément dans le bois, dans un autre monde. Pis, il y a Kanasatake: voir ce qui arrive au maire d')ka.

      Je ne suis pas caquiste, mais je suis prête à donner une chance à ce M. Lafrenière. En tout cas, il ne peut pas faire pire que celle qui l'a précédé.

      D'autre part, je me méfie de pee wee Trudeau et de son ministre Miller: des faiseuz de morale et des chantres de la vertu:c'est le fédéral qui maintient troop de ces prisons à ciel ouvert....trop de ces chefs de bandes grassement payés.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2020 15 h 31

      M. Grandchamp, qu'arriverait-il à ces communautés autochtones sur les réserves où que vous dites que le niveau de vie est correct si la manne des gouvernements n'arrivait pas à bon port? En plus, ils ne paient aucun impôt, taxe ou cotisation et donc, ne contribue en rien au filet social. Lorsqu’un chef d’un conseil de bande s’octroie un salaire de 120 000 $ par année et souvent, un autre à sa conjointe, eh bien, ceux-ci ne paient aucun impôt, taxe ou cotisation sur la réserve.

      En passant, il doit y avoir beaucoup de réserves qui sont dévitalisées puisque le revenu médian d'un autochtone sur une réserve est de 14 200 $ par année et le revenu médian pour quelqu’un sur l’assistance sociale est de 11 383 $ par année au Canada. Est-ce que vous voyez l’effet de congruence entre ces deux revenus annuels?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 19 octobre 2020 06 h 16

    De plus en plus insupportable, cette bataille!

    Lea problèmes évoqués ici sont suffisamment graves pour qu'on cesse d'en détourner l'attention par cette cabale pour imposer le concept creux et idéologique de racisme systémique. Un concept qui, contrairement à ce qu'on prétend ici encore une fois, ne "nomme" rien du tout, mais laisse toute la place, de par sa vacuité, à ce que chacun y place ses cibles politiques préférées.

    Il est temps que cesse cette mystification voulant que seuls les utilisateurs de ce concept reconnaissent l'ampleur du problème de discrimination envers les autochtones, alors que les autres chercheraient à noyer le poisson.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 08 h 24

      L'.expression "racisme systémique", si on doit l'utilser, serait appropiriée aux trop nombreuses réserves situées au bout du monde et dans la forêt:loi des Indiens.

      Pendant que le ministre Miller du fédéral et le lanceur de vertus ,pee wee Trudeau s'emploient à faire la morale et à lancer des messages de vertu.

  • François Beaulé - Inscrit 19 octobre 2020 08 h 14

    Plus que des circonstances

    « les circonstances odieuses ayant précédé la mort de l’Attikamek Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette »
    Plus que des paroles racistes ce sont des actes dits médicaux qui ont causé la mort de la dame. C'est d'abord cela qu'il faut établir pour rendre justice à cette femme et à sa famille. Le racisme est-il systémique à l'hôpital de Joliette ? Et ailleurs dans le système de santé ? Ces questions sont secondaires suite à la mort que l'autopsie et l'enquête du coroner devraient pouvoir expliquer.

    Le concept de « racisme systémique » est déculpabilisant pour les individus qui y participent. Alors qu'ici, un médecin et une infirmière n'ont pas donné les soins nécessaires. Pire, les quatre injections de morphine ont causé la mort de la patiente qui avait des problèmes cardiaques connus.

    • Colette Richard-Hardy - Abonné 19 octobre 2020 10 h 26

      M.Beaulé comment pouvez-vous affirmer que cette femme est décédée par injection de morphine alors que l'autopsie n'est pas connue?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 octobre 2020 13 h 02

      @ Colette Richard-Hardy

      En effet on ne peut savoir de façon formelle les causes de la mort de la dame. Ce qui n'empêche les médias de parler sans cesse de cette triste histoire comme un sujet déjà bien classé. Juste là on a une énorme entrosse au sérieux auquel on est d'attendre de ceux-çi.

      On se retrouve donc avec des affirmations sans nuances et sans fondements un peu partout comme le fait ici M. Beaulé.

      Ainsi il s'est entendu, sans indiquer la source, que la dame aurait reçue quatre doses de morphine. Sans autres infos. Comme de savoir sur quelle période (en 5 minutes ou en 12 heures?) ce qui crucial dans ce genre de détails..

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2020 15 h 50

      Chère Mme Richard-Hardy, s'il est vrai qu'on ne peut rien affirmer de véridique tant qu'à la cause du décès de Mme Joyce Echaquan avant le rapport du coroner, on peut être sûr qu'elle n'est pas morte à cause des remarques racistes. Avant tout, il y a une cause médicale qui est impossible à déceler dans ces 7 minutes ou plus de la vidéo sur Facebook mise en ligne par son conjoint.

      Dans toute histoire de la sorte, il y a toujours un avant, un pendant et un après. Or, on ne sait rien de l’avant, un petit 7 minutes du pendant et rien de l’après à part du décès de celle-ci. Attention au rapport du coroner puisque celui-ci risque de nous donner une toute autre histoire ou interprétation des faits. Et dans toute histoire, sordide ou non, les faits demeurent, les allégations et les ouï-dire passent.

      Plusieurs on été très rapide à déchirer leur chemise et ceci n’est pas s’en rappeler le cas de Michaël Chicoine de Wendake, celui qui a commis l’irréparable et qui souffrait de troubles mentaux. Eh bien, sa mère avait affirmé qu’il n’avait jamais reçu aucun soin suite à plusieurs demandes. Ce n’est pas le portrait que nous a dépeint les autorités en la matière puisque ce dernier a refusé toute aide ou de suivie. On ne peut forcer quelqu’un qui à l’âge de consentement à suivre un traitement quelconque sans une ordonnance de la cour, pensionnat indien oblige.

  • Pierre Rousseau - Abonné 19 octobre 2020 08 h 29

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois...

    La mauviase foi du gouvernement Legault est manifeste compte tenu des circonstances entourant la situation des peuples autochtones au Québec et au Canada. Mme Chouinard en donne un bon aperçu et les moyens pour décoloniser le pays sont fort bien connus depuis au moins 1996 avec les 440 recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones (mise sur pied suite à la crise d'Oka). Si on additionne toutes les recommandations, on en arrive à environ 1 000...

    Mais la clé de voûte de toutes ces recommandations c'est d'abord de reconnaître les droits des peuples autochtones sur leurs territoires et à l'autodétermination. Le racisme systémique est aussi un facteur constant dans les enquêtes ainsi que la reconnaissance d'un génocide (certains disent génocide culturel mais la convention internationale sur la répression du crime de génocide reconnaît clairement que de tenter d'éradiquer un peuple est un acte de génocide).

    M. Legault et son gouvernement ont choisi d'ignorer la réalité pour, semble-t-il plaire à leur base électorale. C'est un peu insultant pour cette « base » car le racisme systémique ne vise pas les citoyens individuellement mais plutôt les systèmes gouvernementaux qui sont de la responsabilité des politiciens, pas des citoyens. Mais, comme on dit en anglais, to add insult to injury, M. Legault a choisi un ex-policier pour s'occuper des rapports entre son gouvernement et les nations autochtones du Québec... Mme Chouinard a mis le doigt sur le bobo.

    Maintenant, le défi pour le ministre c'est d'éliminer ce racisme systémique qu'il nie, en partenariat avec les nations autochtones, y compris les femmes autochtones (plusieurs nations sont matriarcales). Il ne peut pas y aller unilatéralement, il a absolument besoin de travailler avec les nations, à leur rythme et, surtout, y mettre les ressources suffisantes. On n'efface pas des siècles de colonialisme d'un claquement des doigts!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 10 h 48

      "Au royaume des aveugles les borgnes sont rois", en effet! "Le racisme systémique", il se trouve au pays de pee wee Trudeau et de son ministre Miller: les porteurs de la légitimité de ces trop nombreuses réserves, du genre prisons à ciel ouvert.Et, aussi, ces donneurs de leçons de vertu et de morale.

      Je vis dans une région où il y a une prison à ciel ouvert, au bout du monde.Oui,il y a discrimination et profilage. Je ne suis pas linguiste, mais je n'y vois pas *un système*!

      Le problème, il est D'ABORD ET AVANT TOUT FÉDÉRAL! C'est lui l'Inventeur, le créateur de cet apartheid!.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 13 h 33

      " le défi pour le ministre c'est d'éliminer ce racisme systémique qu'il nie".

      Pour éimininer ce *racisme systémique*, svp vous adresser à pee wee Trudeau et au ministre Miller.Ces prisons à ciel ouvert où règnent la pauvreté et la misère; où trop de gens éprouvent des problèmes de santé, dus à la misère.Communautés dites *dévitalisées*!

      Il peut, cependant, travailler sur un certain profilage, sur une certaine discrimination, là où le Québec exerce certains pouvoirs: santé, éducation, policiers.Pis, encore là, vous faires quoi avec Kanesatake? Pourquoi des services rendus dans des réserves ne sont pas soumis à la taxe de vente, comme ailleurs hors réserves?

      Quant au fait que le ministre soit un ex-policier, je suis disposé à lui donner sa chance: 1-il avait un bon dossier comme policier 2-il a montré des signes évidents de vouloirs travailler avec les leaders autohtones 3-il a le sens de la communication.

      En conclusion, M. Rousseau, s'il y a un *système*, adressez-vous svp aux borgnes qui gèrent de l'autre côté de la rivière des Outaouais:pee wee Trudeau et le ministre Miller.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 15 h 44

      M. Rousseau, sur les 43 communautés faisant parte de l’Association des Premières Nations, combien pourraient être considérées comme *normales* : la majorité des gens de 25 à 55 ans travaillent, la majorité des personnes vivent d’un salaire gagné?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2020 20 h 47

      A M. Rousseau. IL est là le racisme systémique. Très souvent dans des communautés au bout du monde.

      Selon les données du recensement 2016. "80 % des communautés autochtones canadiennes sous le seuil de la pauvreté"
      https://www.rcinet.ca/fr/2017/10/11/80-pour-cent-communautes-reserves-autochtones-canadiennes-sous-seuil-pauvrete/

    • Dominique Boucher - Abonné 19 octobre 2020 22 h 58

      @ Monsieur Pierre Rousseau

      «Mais la clé de voûte de toutes ces recommandations c'est d'abord de reconnaître les droits des peuples autochtones sur leurs territoires et à l'autodétermination.»

      Facile à dire, mais plus difficile à faire, quand on sait que les «Indiens» du Québec, cʼest 11 nations (10 autochtones + les Inuits) réparties en 55 communautés sur une grande partie du territoire, pour une population totale de seulement 104 000 (environ 1% de la population du Québec). Des communautés qui comptent de 200 (et même moins) à 11 000 âmes. Lʼautodétermination, ce nʼest pas seulement un concept théorique, ça doit aussi être quelque chose dont lʼapplication dans la pratique a un minimum de sens (système dʼéducation et de santé, prélèvement des taxes et impôts, travaux publics, structure industrielle...). Une nation de 19 000 personnes disséminés sur 9 villages non contigus, ce nʼest quand même pas la même chose que le Québec, lʼÉcosse ou la Catalogne. Et même dans ces cas, on a vu que ce n'était pas simple..

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Pierre Rousseau - Abonné 20 octobre 2020 13 h 55

      À Messieurs Grandchamp et Gélineau: C'est justement le fait qu'on pointe le doigt outre Outaouais qui fait qu'on ne s'occupe pas de notre propre juridiction. Il y a plein de choses qu'on peut faire, la Commission Viens en énumère plus de 100 recommandations et on peut toujours commencer par là. Le « système » est d'ailleurs fort bien décrit dans le rapport de la Commission et constitue l'ensemble des lois et des règles qui régissent la communauté québécoise où l'Autochtone n'est ni consulté ni présent.

      Quant à l'autonomie gouvernementale, la première « bande indienne » qui est sortie de la loi sur les Indiens en terme d'autonomie est la Sechelt Indian Band en 1986 (pop. en 2017 : 685). La CBJNQ est antérieure mais n'est pas un accord d'autonomie mais plutôt une convention pour régler les revendications territoriales des Eeyou, des Inuits et des Naskapis. Néanmoins, depuis plusieurs Premières Nations sont devenues en autonomie gouvernementale depuis, malgré leur nombre restreint de membres. Par exemple, la nation Nisga'a a un traité qui date de 2000 et qui comprend des pouvoirs sur l'éducation, la santé, la police, la justice etc. et comprend le prélèvement de taxes et d'impôts, y compris pour les non membres de la nation qui habitent maintenant le territoire qui leur a été rendu.

      C'est donc très possible, ça se passe aussi dans plusieurs autres pays où le colonialisme sévit et les accords d'autonomie gouvernementale sont justement adaptés à la taille de chaque nation en question. J'ai eu la chance d'être témoin de plusieurs de ces « modèles » ayant travaillé entre autres avec les Nisga'as et exploré plusieurs territoires autochtones dans les Amériques et au Groenland et c'est loin d'être un concept théorique, au contraire, c'est tout-à-fait faisable, il faut juste la volonté de le faire et de se décoloniser.

  • Danielle Dufresne - Abonnée 19 octobre 2020 08 h 39

    problème

    Quand on parle des problèmes liés aux communautés des Premières nations, on parle surtout de ceux que vivent et subissent les femmes de ces nations.
    Nous savons tous qu'en général les problèmes en lien avec les femmes ne sont pas si intéressants et ne provoquent pas de grande levée de bouclier, sauf bien sûr, par les femmes elles-mêmes.
    Et ce partout dans le monde.
    Toute la lenteur de ces reglements et toute la lourdeur des décisions à prendre et qui ne sont jamais prises pourraient-ils s'expliquer par le rôle négatif que joue les hommes autochtones dans tous les déboires et agressions contre ces femmes?
    Je pense que nous sommes ici devant, encore, un problème de sexisme et que les hommes non-autochtones protègent leurs collègues masculins dans un boys club pas si différent de tous les autres boys club.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2020 16 h 02

      Que vous avez raison Mme Dufresne. « Toute la lenteur de ces règlements et toute la lourdeur des décisions à prendre et qui ne sont jamais prises pourraient s’expliquer par le rôle négatif que joue les hommes autochtones dans tous les déboires et agressions contre ces femmes » comme vous le dites si bien, en étant la cause principale du sort peu enviable des femmes vivant sur les réserves. Vous savez, la Loi sur les Indiens et non seulement raciste, mais elle est misogyne au plus haut point.

      Suite au rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, on a occulté le fait que la moitié d’entre elles sont disparues sur les réserves elles-mêmes. La loi de l’omerta y faisait des siennes tant qu’à savoir les véritables causes de leur disparition et les chefs des conseils de bande n’étaient pas très chaud à l’égard de cette enquête, tout comme pour la police évidemment. Les femmes autochtones sur les réserves dans des communautés qui ne sont pas toujours accessibles par la route et qui posent des défis importants quant au transport, sont trois fois plus à risque de subir des violences conjugales et il n’y a aucune ressource ou refuge pour les protéger. Mais c’est plus facile de blâmer les autres.