​Les casseroles de Trudeau: WE en avons marre

Le « scandale le plus stupide de l’histoire du Canada », selon l’expression savoureuse du député néodémocrate Charlie Angus, continue de miner la crédibilité de Justin Trudeau. Le premier ministre envisage de dépenser comme s’il n’y avait pas de lendemain, au risque d’empiéter sur les compétences des provinces, alors que l’impasse dans laquelle il s’est placé pour son manque d’éthique dans l’affaire de WE Charity (le Mouvement UNIS) menace la survie de son gouvernement. Les électeurs et les partis d’opposition ne doivent pas se laisser duper par son opportunisme.

Il faudra attendre jusqu’au début 2021 pour que le commissaire fédéral aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, fasse la lumière sur le rôle de Justin Trudeau et du ministre des Finances, Bill Morneau, dans l’octroi d’un contrat sans appel d’offres de 43,5 millions de dollars au Mouvement UNIS pour la gestion d’un fonds de plus de 900 millions en bourses pour le bénévolat étudiant.

L’organisation parrainée par les frères Kielburger a versé 250 000 $ à la mère de M. Trudeau, 32 000 $ à son frère et 1400 $ à son épouse pour des conférences. Elle a aussi versé 41 000 $ à M. Morneau pour deux voyages humanitaires en compagnie de sa famille, une somme que le ministre a remboursée. Le mouvement UNIS a été jugé comme la seule et unique organisation capable de gérer le programme de bourses pour le bénévolat étudiant, un gaspillage de fonds publics justifié par la pandémie. MM. Trudeau et Morneau ne sont pas exclus des délibérations lors de l’octroi du contrat.

Les fonctionnaires impliqués dans le dossier ont été lamentables dans leur omission de procéder à une vérification diligente digne de ce nom. S’ils l’avaient fait, ils auraient réalisé que la majorité des administrateurs du Mouvement UNIS, dont la présidente du conseil au Canada, Michelle Douglas, avaient démissionné en raison du manque de transparence des frères Kielburger dans la divulgation du portrait financier de l’organisme. Le mouvement UNIS multiplie les licenciements et les fermetures de bureaux depuis le début de la controverse. Cette affaire commence à empester la magouille.


 
 

La tourmente risque maintenant de provoquer la fin abrupte de la carrière politique du ministre Morneau. Le premier ministre Trudeau lui a réitéré sa pleine confiance, bien que le Globe and Mail ait publié des informations selon lesquelles il entretiendrait des doutes sur la capacité du ministre de reconstruire l’économie canadienne dans l’après-COVID-19. M. Trudeau ne peut pas vraiment renvoyer le ministre des Finances pour sa conduite dans l’affaire du Mouvement UNIS sans s’autolimoger.

Il faut donc un autre prétexte : M. Morneau n’aurait pas le bon profil pour la relance, un rôle qui irait comme un gant à l’ancien gouverneur des banques centrales du Canada et de l’Angleterre, Mark Carney. M. Trudeau a pressenti récemment M. Carney comme conseiller informel pour élaborer le plan de relance postpandémie. Cette alliance est l’équivalent d’un vote de censure à Bill Morneau, un homme qui n’a pas uniquement des défauts. Ainsi, il aurait tenté de freiner les instincts dépensiers de
Justin Trudeau durant la pandémie, en suggérant notamment de limiter à 10 % la subvention salariale d’urgence aux entreprises. Le premier ministre l’a fait grimper à 75 % de la masse salariale.

Le gouvernement Trudeau a injecté 160 milliards dans l’économie durant la pandémie. Le déficit anticipé de 343 milliards (16 % du PIB) sera le plus grand depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les informations du Toronto Star, Justin Trudeau et son entourage voient dans la crise sanitaire une occasion d’étendre les politiques progressistes du Canada dans les domaines comme les soins à la petite enfance, les résidences pour aînés et autres initiatives pour accroître le filet de sécurité sociale à grands coûts. Qu’importe que ces politiques empiètent sur les champs de compétence des provinces et qu’elles fassent gonfler le déficit.

Les électeurs n’ont pas signé un chèque en blanc à Justin Trudeau aux dernières élections. Les partis d’opposition feraient mieux de tenir ce gouvernement minoritaire en garde à vue et de freiner ses idées de grandeur. Le Bloc a fait un pas en ce sens cette semaine, en menaçant (sans grande chance d’y parvenir) de faire tomber le gouvernement si Bill Morneau, Justin Trudeau et sa chef de cabinet, Katie Telford, ne démissionnent pas. Les conservateurs ont aussi perdu confiance en Justin Trudeau. Pour l’heure, ce gouvernement fragile doit sa survie à l’appui des néodémocrates, qui salivent à l’idée de renforcer le filet de sécurité sociale.

D’ici à ce que le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique termine son enquête sur l’affaire du Mouvement UNIS, le gouvernement Trudeau devrait s’en tenir à l’intendance minimale. Si les libéraux veulent pousser les politiques publiques encore plus à gauche, sans égard aux compétences des provinces, qu’ils aillent demander un mandat clair à la population. Qu’ils aient le sens des responsabilités et le courage de déclencher des élections.

26 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 août 2020 01 h 07

    Rien de mal à secourir les personnes vulnérables à cause de la pandémie.

    «Pour l’heure, ce gouvernement fragile doit sa survie à l’appui des néodémocrates, qui salivent à l’idée de renforcer le filet de sécurité sociale.»
    Il n'y a rien de mal à vouloir renforcer le filet de sécurité sociale de personnes vulnérables qui souffrent l'enfer à cause de la pandémie.
    C'est mieux que la largesse des gouvernements successifs québécois qui dépensent l'argent des contribuables en subventions faramineuses aux sociétés privées, sans imposer des conditions préalables pour préserver les emploies qui s'envolent ensuite.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 17 août 2020 07 h 35

      Je partage votre sensibilité progressiste Madame Alexan, mais le gouvernement fédéral subventionne aussi les énergies fossiles, il est gaspilleur et inefficace. Et surtout, il sort de son mandat en dépensant de l'argent qu'il n'a pas. Si cette argent existait, il proviendrait de nos taxes et impôts, nous serions alors plus alerte car la ponction ferait mal.

      Le Fédéral fait déjà très mal son rôle de simplement redistribuer entre les provinces, il n'a cessé de couper dans les transferts en santé et en éducation, cela fait en sorte que la compétition entre les provinces augmente, ce qui génère en partie les troubles que vous déplorez, car les gouvernements provinciaux doivent alors assumer une part de plus en plus grande des dépenses.

      Deuxièmement, tout programme fédéral est plus couteux que son original provincial, le fédéral n'est tout simplement pas capable de faire de la bonne gestion : regardez le système de paie Phénix. C'est toujours pas réglé. Avant de toucher à d'autres compétences, on fait de l'ordre dans la maison.


      Je vous propose l'exemple suivant : pour payer les le fonctionnement d'une ferme familiale (divisé en 10 petites fermettes et une ferme centrale), vous et vos autres frères et soeurs envoyez vos revenus à votre père responsable de la plus grande partie du capital matériel de la ferme centrale. Ce dernier administre le magot commun et achète par exemple des équipements que vous vous partagez ou alloue un budget que vous administrez, ou encore il achète des semences que tout le monde divise. Votre père n'a pas construit cette ferme, elle a été léguée, depuis des générations

      Avec vos propre revenus, vous vous occupez de vos enfants. Voilà que votre père hypothèque à nouveau le patrimoine et qu'il propose de payer directement pour la nouvelle auto d'un ado, (votre responsabilité), alors qu'il n'arrive pas à entretenir les tracteurs et pourvoir la famille avec les infrastructures dont il est responsable.

    • Nadia Alexan - Abonnée 17 août 2020 10 h 42

      Je pense que vous mélangez tout, monsieur Charles-Étienne Gill. Le fait que le gouvernement fédéral subventionne les énergies fossiles est un autre sujet. Le système de paie Phénix a été installé par le gouvernement conservateur précédent.
      Je suis d'accord avec vous que le fédéral «n'a cessé de couper dans les transferts en santé et en éducation, cela fait en sorte que la compétition entre les provinces augmente.»
      Par contre, dans ce cas précis du coronavirus dont en parle, le fédéral à fait bien de secourir les citoyens mal pris par la pandémie. Vous dites que le gouvernement fédéral s'endette avec ces dépenses. C'est exactement ce que le FMI recommande aux gouvernements de faire. «Le FMI recommande d’améliorer le filet social pour stimuler la reprise». https://www.ledevoir.com/economie/578435/le-fmi-recommande-d-ameliorer-le-filet-social-pour-stimuler-la-reprise
      Finalement, c'est une bonne idée de dépenser l'argent des contribuables sur les contribuables pour une fois.

    • Jacques Patenaude - Abonné 17 août 2020 17 h 10

      Le filet social est important et doit être amélioré je suis d'accord avec cela. La vrai question : Lorsque le fédéral prend l'initiative de créer de nouveaux programmes il peut en tout temps modifier sa part en laissant à la province avec le fardeau de le maintenir. Là est le vrai problème. C'est ce qui est arrivé sous le gouvernement Chrétien qui pour réduire la dette fédérale a réduit ses transfert en santé. Le directeur du budget fédéral disait que les revenus sont au fédéral et les dépenses au provincial. Si le fédéral veut prôner une amélioration du filet social je suis totalement d'accord à la condition qu'il ne puisse modifier ses engagement financier par la suite et qu'il laisse à ceux qui ont en ont la compétence le soin de les gérer. Le meilleur moyen d'y arriver c'est par transfert de points d'impot.

  • Yvon Montoya - Inscrit 17 août 2020 06 h 08

    Un spectacle politique qui remplace bien tous les festivals d’été avortés Les polititiens s’amusent. Rien de nouveau dans ce genre de routine si banale. Pas besoin d’en faire un drame. Merci.

  • Maurice Lachance - Abonné 17 août 2020 07 h 30

    !?!

    Quelle mouche vous a piqué ce matin monsieur Myles?

  • André Joyal - Inscrit 17 août 2020 08 h 22

    «Rien de mal à secourir les personnes vulnérables à cause de la pandémie.» (N.Alexan)

    Si Mme Alexan a l'appui de M. Montoya, allez! on fait tourner la machine à piasse et advienne que pourra, pour autant que les chèvres de M. Séguin soient bien gardées. Et, comme l'a écrit M. M. Pelletier la semaine dernière, heureusement que le Québec a le Canada, car s'il était le 194è État indépendant à être membre de l'ONU, à n'en pas douter, nous serions tout au bas de l'échelle comme niveau de vie, ou iderrière le Niger. Qui viendrait alors à notre secours? Misère!

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 17 août 2020 08 h 24

    Le tintamare du Bloc

    Il y a bien sûr le chef du Bloc qui joue de la casserole. Bien que n'étant pas complètement atteint de Casvide 19, il est en chute livre, coincé dans une impasse existencielle et prêt à manger à tous les rateliers. Pour combler son peu d'utilité et de couverture média, rien de mieux qu'un tintamare improvisé. Après l'imposture de la peau de mouton, bien moins fûté le loup voulant la troquer pour celle d'un coyote. Faire du bruit pour sauver sa peau sert-il le pays, alors qu'un grand dérangement électoral serait improductif, sinon irréfléchi en période de pandémie ?

    • Claude Bariteau - Abonné 17 août 2020 09 h 22

      Qui vous dit qu'il n'y aura pas un grand tintamare orchestré par la direction du PLC pour mettre M. Mark Carney à la tête de ce parti et du Canada ? Voir mon commentaire plus bas.