Nouveau regard ​post-confinement sur l’environnement

La fermeture des usines et des commerces ainsi que la généralisation du télétravail ont entraîné une baisse radicale des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec. Ce fut également pour bien des gens l’occasion de prendre du recul par rapport à leurs habitudes de consommation (ou de surconsommation). Certains estiment que la pandémie contribuera à changer les mentalités et à stimuler de façon pérenne la lutte contre les changements climatiques. D’autres croient au contraire que le naturel reviendra au galop dès que le péril de la COVID-19 sera chose du passé.

En stoppant 40 % de l’économie québécoise à la mi-mars, le gouvernement Legault a contribué bien involontairement à redorer le bilan peu reluisant du Québec en matière de réduction des émissions de GES. En décembre dernier, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, confirmait que la cible, fixée par le gouvernement Charest en 2009, de diminuer de 20 % en 2020 les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990 était hors de portée. Le constat était, pour lui, d’autant plus facile à faire qu’il pouvait en imputer la faute aux libéraux.

Pour une troisième année en 2017 (les dernières données disponibles), le Québec a fait du surplace. Avec un recul de 8,7 % des émissions depuis 2009, on est donc encore très loin de l’objectif de 2020 et à des années-lumière de la cible d’une baisse de 37,5 % en 2030, cible que le gouvernement caquiste a reprise à son compte.

Il n’existe pas de données vérifiées sur la chute des émissions de GES depuis le mois de mars, mais, selon des calculs du titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre Olivier Pineault, cité par Le Journal de Montréal, le Québec pourrait rejeter 10,3 Mt de GES équivalent CO2 de moins dans l’atmosphère d’ici la fin de l’année, ce qui se rapproche des 13,2 Mt en moins requis pour atteindre l’objectif de 2020.

Évidemment, il s’agit d’une baisse dont l’ampleur sera temporaire. En revanche, l’introduction à grande échelle du télétravail devrait produire des effets permanents. Plusieurs employeurs publics ou privés, qui étaient réticents à permettre à leurs employés de travailler à la maison, ont découvert les mérites de la formule. Non seulement ont-ils constaté que le télétravail n’entraînait pas de perte de productivité — parfois même il pourrait l’améliorer —, mais ils ont entrevu les économies qu’il pourrait réaliser.

Si les employés de bureau ne se déplaçaient plus que trois jours par semaine en moyenne pour se rendre à leurs lieux de travail, on conçoit facilement l’impact que cette pratique aurait sur l’utilisation de la voiture individuelle, la consommation d’essence et les émissions de GES. On sait qu’au Québec, compte tenu de notre profil énergétique, c’est du transport routier, qui représente 35 % des émissions de GES au total, que doit provenir une grande partie de la réduction visée pour 2030.

D’une façon générale, le ralentissement économique induit par la pandémie aura aussi un effet sur le niveau d’émissions. Mais les gouvernements feront tout pour renouer rapidement avec les revenus autonomes qu’ils encaissaient avant la pandémie. Cela s’impose d’autant plus qu’une croissance économique vigoureuse est le meilleur moyen d’effacer à terme la dette qu’ils auront dû contracter. Au Québec, le ministre des Finances, Eric Girard, espère un retour dès la fin de 2021 au niveau de production de 2019.

La COVID-19 étant un mal lié à la mondialisation, certains, dont le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, croient que les économies occidentales, dont celle du Québec, rapatrieront une partie de la production qui se fait à l’étranger. On parle donc de démondialisation, et la guerre commerciale et politique que se livrent les États-Unis et la Chine pourrait accentuer le mouvement. Mais les chaînes d’approvisionnement sont tellement imbriquées qu’on ne sait s’il s’agira d’un phénomène marginal. Quoi qu’il en soit, rapatrier une partie de cette production, même si cela permettait de réduire le bilan planétaire des émissions de GES, entraînerait leur hausse au pays.

Enfin, le confinement a amené bien des gens à revoir leurs priorités et, qui sait, leurs habitudes de consommation. La pandémie a mis en évidence le fait que des gestes individuels — la distanciation ou le port du masque — non seulement contribuent mais sont essentiels au bien-être collectif. Il en est de même pour la lutte contre les changements climatiques, qui repose autant sur des citoyens qui acceptent de revoir leur mode de vie que sur les actions conséquentes de l’État.


 
21 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 31 juillet 2020 01 h 26

    Le virus vient de nous rappeler à l'ordre.

    La pandémie du coronavirus nous donne une nouvelle chance de changer nos habitudes de consommation. Mais il faudrait que nos gouvernements saisissent cette opportunité de changer leurs habitudes de mettre le commerce en dessus de l'environnement. Ces pratiques délétères contre l'environnement nous ont apporté le virus en premier lieu.
    Le coronavirus est un appel au réveil de la part de madame nature d'arrêter de saccager l'environnement si l'on veut survivre.

    • Benoit Samson - Abonné 31 juillet 2020 08 h 58

      Bravo madame Alexan.
      Les lois de la nature qui nous paraissent parfois cruelles dans leur rôle pour maintenir l’équilibre dans l’univers, comme la vue du lion qui dévore la brebis ou les gros poissons qui mangent les plus petits, semblent être en train de régler les problèmes que nous, les humains, avons créés et refusons de corriger. La planète souffre. Elle se réchauffe à cause de nous. Elle surchauffe. Elle ne pourra plus bientôt, si ce n’est déjà fait, réussir à nourrir toute sa population.
      Et voilà que ce cruel virus de son invention lui donne un coup de main que l’on ne peut contrer. Cruellement. En éliminant les plus faibles pour assurer la survie des plus forts, comme elle le fait toujours. Et en passant, comme vous le soulignez, elle réussit comme effet secondaire à améliorer les conditions qui la font surchauffer à la suite de la paralysie de nos actions polluantes qu’elle cause en nous confinant.
      La liste des plus faibles que ce virus cible est évidente; ce sont les plus âgés, ceux qui ont des maladies chroniques, les plus pauvres qui crèvent déjà de faim. Et à cette cohorte viennent s’ajouter ceux qui la méprisent le plus et refusent de répondre à son appel à l’aide; ce sont les Américains, et surtout les trumpistes, qui pensent pouvoir tuer tous leurs ennemis avec leurs armes nucléaires, peu utiles pour gagner cette bataille contre l’infiniment petit qu’ils sont en train de perdre à la vue de tous.

    • Gilbert Talbot - Abonné 31 juillet 2020 09 h 50

      Très bien dit madame Alexan. Entièrement d'accord avec vous. Il ne faudrait pas oublier le trafic aérien dans la nomenclature des sources très importantes de G.E.S., lié à l'augmentation effréné du tourisme mondial. Il faudra là aussi changer notre mode de voyager. Au moment où les gouvernements veulent relancer l'économie c'est là que notre vigilance s'impose pour que cette relance nous pousse à changer nos habitudes de consommation pour aller vers la transition énergétique plutôt que de chercher à revenir au pétrole et à tout ce qui y est lié en mode de transport et en plastique. Nous devons reconstruire un monde déplastifié et électrifié.

    • Jean Richard - Abonné 31 juillet 2020 11 h 43

      On peut résumer en quelques mots ce qui écarte l'optimisme face à la situation.

      En mars dernier, lors des basses messes quotidiennes télévisées de 13 heures, nos politiciens québécois ont dit : pour épargner la santé des gens, nous allons mettre l'économie « sur pause ». On l'a dit et on l'a fait, même si la pause n'était pas du tout totale. Ça, c'était du côté de Québec. Du côté d'Ottawa, on emballait des cadeaux de Noël à être distribué d'une façon souvent improvisée.

      Puis, l'acalmie tant attendue s'est finalement manifestée. Moins de décès, moins de nouveaux cas : on pouvait ouvrir les robinets et relâcher le commutateur « Pause ».

      Puisque la pause semble avoir été bénéfique pour la santé des gens, on aurait peut-être aimé voir nos politiciens ajouter un couplet à leur chanson : pour épargner la santé de l'écosystème dans lequel nous vivons, nous allons mettre l'économie « sur pause ». Mais aucun politicien n'a dit une telle chose, ni fait ce qui aurait pu être fait.

      En réalité, le couplet qu'on n'a pas chanté mais qui trottait dans la tête de plusieurs, c'était : pour la santé de l'économie, nous allons mettre l'environnement « sur pause ». Et ça, on l'a fait, à Québec comme à Ottawa.

      Alors, voilà où nous en sommes : l'environnement est « sur pause » pour ne pas nuire à la relance de l'économie, comme si l'économie ne pouvait pas s'harmoniser avec l'environnement. Comment peut-on être optimiste devant une telle situation ?

  • Françoise Labelle - Abonnée 31 juillet 2020 07 h 08

    Covid et tourisme

    Si on définit la mondialisation comme «l'accélération des mouvements d'êtres humains, de biens et de services, de capitaux, de technologies ou de pratiques culturelles sur toute la planète», c'est surtout l'échange d'humains accompagnés de virus qui est en cause.
    Jeff Bezos a accumulé des milliards pendant la pandémie simplement en servant d'intermédiaire pour l'échange de biens qui n'a donc pas diminué. Amazon ne produit rien à part de l'évasion fiscale. Les services sont immatériels et sujets à d'autres types de virus ou sujets à la trahison du personnel.
    C'est surtout le tourisme qui est en cause.

    • Réjean Martin - Abonné 31 juillet 2020 09 h 14

      bien dit Madame Labelle. Les milliards pour Amazon proviennent aussi dans une bonne mesure par l'exploitation de centres de données ultrasécurisés comme il y en a un à Varennes

  • François Beaulé - Inscrit 31 juillet 2020 08 h 03

    Revoir les habitudes de consommation : c'est mal parti !

    Les ventes de gros véhicules, des camionnettes encore plus que des SUV, ne cessent d'augmenter. Les Canadiens en achètent maintenant beaucoup plus que des automobiles.
    Voir https://www.guideautoweb.com/galeries/56232/top-10-les-vus-et-camions-les-plus-vendus-au-canada-depuis-le-debut-de-2020/
    et https://www.guideautoweb.com/galeries/56215/top-10-les-voitures-les-plus-vendues-au-canada-depuis-le-debut-de-2020/

    Ces véhicules, en plus de consommer davantage de carburant que des autos, sont dangereux pour les occupants des autres véhicules lors de collisions. Ce qui pousse les gens à s'acheter des véhicules plus gros pour se protéger, ce qui est un cercle vicieux.

    Compter sur la croissance économique pour financer la dette causée par la pandémie mènera à une hausse de la consommation. Cela n'augure rien de bon pour l'environnement naturel.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 31 juillet 2020 13 h 53

      Pour compléter le portrait des tendances Honda annonce le retrait de sa petite Fit et Toyota fait de même avec sa Yaris, qui n'est plus "si petite".

      Leur argument principale, - pour le même prix on leur offre une voiture plus grosse-.
      Sous entendant ainsi que le fameux "bigger is better" est toujours de mise.

      Vraiment, rien n'indique qu'on approche du début d'un commencement de valeurs qui seraient plus ajusté pour une baisse de pression sur l'environnement.

  • Michel Pasquier - Abonné 31 juillet 2020 08 h 52

    Relativisons !

    ‘’Certains estiment que la pandémie contribuera à changer les mentalités et à stimuler de façon pérenne la lutte contre les changements climatiques. D’autres croient au contraire que le naturel reviendra au galop dès que le péril de la COVID-19 sera chose du passé.’’
    Titre ‘’ À l’Est d’Eden’’; auteur : John Steinbeck, publié en septembre 1952.
    …….. Jusqu’ici je n‘ai parlé que des années fastes où les pluies étaient abondantes. Mais il y avait aussi les années sèches, terreur de la Vallée. L’eau suivait un cycle étalé sur trente ans : d’abord venait cinq ou six années humides avec dix-neuf à vingt-cinq pouces d’eau ; c’était un débordement d’herbe. Puis, six ou sept bonnes années avec leur douze à seize pouces ; ensuite c’étaient les années sèches avec leurs maigres sept à huit pouces. La terre durcissait, les plantes ne trouvaient pas la force de pousser et la pelade dénudait la Vallée…….les gens, s’ils voulaient boire devaient aller chercher leur eau dans des barriques. Alors les fermiers et les éleveurs maudissaient leur Vallée…..c’était immanquable : pendant les années sèches, les gens oubliaient les années prospères et, dès que la pluie revenait, ils oubliaient la sécheresse. Il en était toujours ainsi…..
    Qu’il faille adopter des pratiques moins agressives envers la nature cela va de soi, sauf pour les adeptes du ‘’après moi le déluge, qu’ils se débrouillent ! ‘’

  • Pierre Desranleau - Abonné 31 juillet 2020 09 h 01

    Chassez le naturel, il revient au galop.

    L'obsession de la CAQ pour faire passer son projet de loi 61 prouve que le gouvernement n'a tiré aucune leçon de ce qui se passe actuellement.