​Donald Trump: chef de secte

À quatre mois de la présidentielle, le chef de secte qu’est Donald Trump est dans un pétrin politique manifeste — chef d’une secte de plusieurs millions d’adhérents, il va sans dire, mais dont l’influence se contracte si l’on en juge par la série de sondages surlignant sa croissante impopularité depuis quelques semaines.

Le plus récent, un sondage New York Times–Siena College publié mercredi, est probant : le démocrate Joe Biden dispose dans les intentions de vote d’une avance de 14 points sur M. Trump (50 % contre 36 %). Le 3 novembre est encore loin et M. Trump peut encore compter, pour espérer être réélu, sur le système électoral tordu qu’est celui des États-Unis et sur le militantisme aveugle des électeurs blancs évangéliques. Le fossé qui se creuse dans les sondages n’en est pas moins énorme : il témoigne certes d’une mobilisation massive des Noirs et des Latinos en faveur de M. Biden, mais aussi de la défection d’une part non négligeable de Blancs plutôt républicains — particulièrement parmi les jeunes et au sein de l’électorat féminin — abasourdis par le comportement de leur président face à la pandémie de COVID-19 et aux plaies du racisme ouvertes par le meurtre de George Floyd à Minneapolis.

Ce qui fait qu’à multiplier les propos inconséquents au sujet de la COVID-19 et à beugler que la « gauche radicale » noyaute les manifestations antiracistes et le Parti démocrate, M. Trump se trouve surtout à diviser les républicains entre eux en faisant le vide autour de sa « base ». Il se trouve à cristalliser l’incontournable évidence de son incompétence et sa dangerosité dans l’esprit d’un certain nombre de républicains pour lesquels l’idée de voter démocrate tenait du tabou. Il était temps. À ce jeu, et dans l’ordre actuel et mouvant des choses, les démocrates ne se sont pas trompés en choisissant le — trop — centriste Biden comme candidat à la présidence. Un Biden qui, connu pour ses bourdes, s’impose dans les sondages sans même faire campagne, ou si peu. Ce qui ne témoigne pas d’une vie politique très saine. On le veut discret pendant que, croisons les doigts, Trump s’autodétruit.

Et c’est ainsi que les mémoires nouvellement publiés par le vieux néoconservateur John Bolton ajoutent aux tensions intrarépublicaines et apportent de l’eau au moulin des démocrates. Son livre étale l’ignorance du président en relations internationales et les dégâts diplomatiques qui en découlent. Il choque en relatant des conversations avec les présidents chinois, Xi Jinping, et turc, Recep Tayyip Erdogan, où M. Trump marchande leur collaboration en fonction de sa campagne de réélection. Pour nombre de républicains de la vieille garde, il n’en devient que plus difficile de soutenir un président alors que même un conservateur bon teint comme Bolton, membre de la coterie républicaine depuis au moins 20 ans, le dénonce vertement et ouvertement.

De ceci à cela, il est symptomatique que M. Trump soit allé relancer sa campagne à Tulsa, en Oklahoma, un État rouge foncé que les républicains n’ont pas perdu depuis 1964. Comme il est parlant qu’au final, le rassemblement que ce président avait convoqué en territoire ami a tourné au fiasco quand on s’est rendu compte que la foule qu’il promettait énorme ne s’est pas matérialisée. En cela aussi il y a une conjoncture qui illustre un malaise, dans le contexte de la crise sanitaire qu’il s’époumone à minimiser.

Il a du reste eu l’indécence, puisque le conflit et les propos incendiaires constituent son fonds de commerce, d’aller défendre à Tulsa l’histoire du Sud confédéré, et donc de l’esclavagisme, au lendemain du Juneteenth commémorant la proclamation en 1865 de l’émancipation des esclaves afro-américains. Entendu qu’il ne sert pas ses intérêts que le meurtre de M. Floyd secoue les consciences. C’est pourtant ce qui se produit, y compris dans le Deep South, où des voix républicaines sensées se libèrent, comme celle du maire d’Oklahoma City, David Holt, relevée par le NYT : « Des républicains blancs sont prêts à avoir ces discussions difficiles… Je constate qu’il existe, dit-il, un large appui pour les enjeux soulevés par le mouvement Black Lives Matter. »

L’Oklahoma ne risque pas pour autant d’échapper à M. Trump en novembre. L’Arizona, si, où il a tenu un autre rassemblement partisan à Phoenix. Les républicains, disent les experts, n’ont pas les moyens de perdre l’Arizona, qu’ils contrôlent depuis 2000, surtout si l’un des trois États du Midwest remportés en 2016 par M. Trump repasse aux démocrates. Or, là encore, se conjuguent en un embryon de « tous contre Trump » les résistances à ce sectaire en chef, à la faveur en particulier d’une communauté latino historiquement peu mobilisée, mais qui semble enfin prête, à ses risques et périls, à faire peser son influence dans les bureaux de vote.


 
43 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 25 juin 2020 01 h 12

    »Croisillon(oubliez le «dièse») DTrump America» Misère!

    On parle encore de ce «virus»?! Le XXIe siècle est vraiment...

    JHS Baril

    • Nadia Alexan - Abonnée 25 juin 2020 09 h 57

      J'espère que cette insulte à notre humanité va aller au diable le plus vite possible. Trump est une honte à nos valeurs et à la décence commune. Même un clown est moins nocif. Il est devenu la risée de la planète entière. Il est l'ultime moquerie de la démocratie. Il témoigne de la fin d'un empire en déchéance. Honte aux évangélistes qui le soutiennent.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 25 juin 2020 11 h 19

      @ Mme Alexan

      Comment des gens prônant des valeurs évangéliques peuvent-ils appuper un telle personne au comportement à l'opposé de ces valeurs?

      Honte, en effet!

    • Jean Jacques Roy - Abonné 25 juin 2020 15 h 17

      Que dire de plus sur Trump et sa gouvernance?
      Avant même son élection la presse et les medias nous ont décrit le personnage et ont prédit les ravages que ce président causerait dans son propre pays. Malheureusement, la réalité dépasse les prédictions.

      Sera-t-il réélu en novembre? Peut-être que le systême électoral américain et la base inconditionnelle à Trump permettera la réélection de ce triste personnage. Peut-être. Mais pour autant, est-ce que le « parti » républicain va ressortir « gagnant »... Les congressistes, sénateurs et gouverneurs eux-aussi, un jour ou l’autre, devront se faire élire dans leurs États et circonscriptions. Plus la gouvernance trumpiste perdure, plus odieux sera pour les représentants républicains de porter les couleurs trumpistes.

      En résumé, au cours de la présente campagne pour sa réelection, Trump risque d’être livré à lui-même, sans trop compter sur la machine électorale des élu.es républicains! Pour ces derniers, quel sera le moindre mal: avoir Trump ou Biden à la présidence lorsqu’ils et elles voudront se faire réélire?

    • Jean Duchesneau - Inscrit 26 juin 2020 15 h 22

      "Comment des gens prônant des valeurs évangéliques peuvent-ils appuper un telle personne au comportement à l'opposé de ces valeurs?". Pierre Grandchamp

      Durant son premier mandat, Donald Trump a nommé des juges ultra conservateurs tous pro-vie partout où il le pouvait, en particulier à la cours suprême où les juges sont nommés à vie. De plus, le parti pris de Trump en faveur d'Israel vient concrétiser une prophétie biblique en regard du peuple Juif.

      Pour le reste, ces chrétiens intégristes détournent le regard sur tout le reste: racisme, sexisme, incompétences, etc.

  • Yvon Pesant - Abonné 25 juin 2020 05 h 06

    Trump pour dieu

    "... et sur le militantisme aveugle des électeurs blancs évangéliques." (G. Taillefer)

    Il est toujours aussi étonnant ce constat qui veut que des gens qui croient en un Dieu majuscule fassent confiance et appuient inconditionnellement des êtres aussi tordus que Donald Trump.

    Obscurantiste, l'évangélisme?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 25 juin 2020 06 h 25

    Non, il n'est pas bon qu'un président soit élu par défaut, comme on commence à en imaginer le scénario. D'un autre côté, l'élection de Trump aura été si désastreuse pour la démocratie américaine à tous points de vue qu'il est bien difficile de ne pas y voir un moindre mal.

  • Pierre Vagneux - Abonné 25 juin 2020 06 h 59

    chef de secte/ gourou de secte

    J'en étais arrivé à cette conclusion. C'est une secte...lui le gourou flamboyant, rien de très logique dans ses discours, des grandes tirades répétées ad nauseam devant une foule idolatre qui applaudit lorsqu'elle entend certains mots..des discours fleuves....

  • Françoise Labelle - Abonnée 25 juin 2020 07 h 08

    La puanteur du marais suffira-t-elle?

    Comme le notait un chroniqueur, il est étonnant qu'avec sa performance systématiquement sous les 50%, il ait une chance d'être réélu. Il y a une base indéfectible quoi que fasse le gourou: l'extrême-droite, les conspirationnistes et la droite évangélique. La secte, le biais du système électoral et l'élimination d'électeurs moins mobilisés expliquent qu'il ait encore des chances.

    Les conservateurs religieux espéraient que les nominations à la Cour suprême permettraient d'imposer leurs valeurs mais les défaites récentes de Trump refroidiront peut-être leurs espoirs. La défaite du rejet de la normalisation des enfants d'immigrés illégaux (Dreamers) est due à l'ineptie de la Maison Blanche qui croyait qu'une demande mal argumentée allait être acceptée sans problème, un trait significatif de l'esprit impérial trumpien. Partie remise.

    Les républicains sont divisés entre le pouvoir, des politiques sociales et fiscales qui leur plaisent et le constat de la déchéance du système américain maintenant politisé à l'extrême. Outre la suppression de l'information, la Justice de Barr est devenu le bras droit de Trump. Donald Ayer, ancien sous-procureur général des USA, soulignait que «de toute sa vie, Barr était la plus grande menace à la loi et l'ordre et à la confiance du peuple en la justice». À preuve, la libération de Flynn malgré l'opposition du juge Sullivan qui l'avait condamné, l'intervention pour démettre les procureurs chargés du dossier de Stone, un fidèle trumpien et réduire sa peine, et enfin le renvoi du procureur Berman qui enquêtait sur des dossiers touchant Giuliani et Cohen, des (ex-)proches de Trump, pour des raisons que le suzerain n’a pas à justifier. Combien de républicains ont encore une conscience?

    • Christian Roy - Abonné 25 juin 2020 11 h 54

      La Barr est basse.

    • Françoise Labelle - Abonnée 25 juin 2020 12 h 37

      Barr a toujours la mine piteuse, honteuse et basse.
      Je ne peux laiker; j'ai quitté FB.