​Au secours des CHSLD: difficile de contribuer

Les ratés que connaît le système « Je contribue ! » visant à recevoir les candidatures de volontaires qui s’offrent pour travailler dans les CHSLD illustrent en partie les problèmes de gestion qui affectent le réseau de la santé : un système centralisé, lent, inefficace et redondant, dont les responsables sont évanescents et que les candidats doivent contourner pour arriver à leurs fins.

Pourtant, l’appel lancé le 15 mars par le premier ministre François Legault était pressant. Un mois plus tard, bon nombre des inscrits étaient sans nouvelles : le système était empêtré dans les doublons et des CHSLD attendaient toujours que le ministère leur transmette des candidatures. Ces cafouillages ont forcé le gouvernement Legault à quémander le concours des médecins spécialistes, dont la participation a été somme toute parcimonieuse, et à supplier finalement Ottawa d’envoyer l’armée.

Un article du Devoir publié mardi montre que pour bien des bonnes âmes, même si elles possèdent parfois une expérience qui en ferait des ressources précieuses pour les CHSLD, c’est la croix et la bannière pour se faire embaucher. Les appels de la machine ont pris du temps à venir, des suivis ont manqué et la paperasse à remplir était considérable. Certaines personnes qui se sont portées volontaires ont dû faire des démarches en dehors du système « Je contribue ! », notamment auprès des services des ressources humaines des CIUSSS ou des CISSS. Du propre aveu d’une employée d’un tel service, « ça devient plus complexe qu’autre chose » de passer par « Je contribue ! ».

Au départ, le système était trop restrictif au regard des besoins criants qu’éprouvaient les CHSLD en déroute : on ne voulait accepter que les infirmières à la retraite et d’autres professionnels de la santé. Ce n’est que plus tard que les critères ont été allégés pour permettre l’embauche de candidats qui ne présentaient pas ce profil particulier et qui ont pu recevoir une formation de base. Il ne faut pas faire la fine bouche quand la bonne volonté est là et qu’il est question de vie ou de mort.

En fait, la pandémie a mis en lumière les limites du système hautement centralisé mis en place par la réforme Barrette. Tout en haut, le ministère conçoit des règles et des normes qu’appliquent les présidents-directeurs généraux des CIUSSS et des CISSS, des dirigeants qui ne sont pas soumis à l’autorité d’un conseil d’administration et qui n’ont de comptes à rendre qu’au sous-ministre et au ministre. Ces p.-d.g. se comportent pareillement, tels des rois en leur royaume, en proclamant des édits et des directives conformes aux diktats d’en haut et aux règles budgétaires rigides émanant du ministère.

Les CIUSSS et les CISSS sont d’énormes organisations dont la mission n’est pas axée sur le patient et qui répondent avant tout à des impératifs bureaucratiques. Pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres, le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec compte près de 19 000 employés et 141 installations, dont 4 hôpitaux et 29 CHSLD. Son territoire s’étend sur 47 000 km2, de La Tuque à Drummondville, en passant par Trois-Rivières et Victoriaville. Les services administratifs sont disséminés sur le territoire : les ressources humaines à un endroit, les finances à un autre, le Comité des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP), par la force des choses, à plusieurs endroits à la fois. Les cadres qui relèvent du p.-d.g. et que l’on dit fatigués ne cessent de faire la navette entre les installations. Dans cette imposante hiérarchie, on conçoit des normes et des directives, mais on se demande qui sont les gens qui gèrent vraiment, qui font en sorte que ça fonctionne dans l’établissement ou le service et, surtout, qui rendent des comptes.

Lors de sa rencontre avec les p.-d.g. de la région de Montréal la semaine dernière, François Legault s’est fait dire que plusieurs CHSLD sont dirigés à distance sans qu’aucun « patron » ne soit sur les lieux. Les CHSLD, qui à l’origine disposaient de leur propre direction et même d’un conseil d’administration, ne sont souvent plus que des entités dont personne n’est directement responsable. Dans les circonstances, ce n’est pas ajouter à leurs problèmes de ressources humaines.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé mardi qu’il lancera une commission d’enquête sur la gestion des résidences pour personnes âgées. François Legault pourrait l’imiter, mais il ne veut pas remettre à plus tard les corrections qui s’imposent.

Après avoir voulu éviter au réseau un autre changement de structures, le premier ministre s’est rendu à l’évidence : il faut s’atteler à revoir les pachydermiques structures issues de la réforme Barrette. Nous ne pouvons que saluer sa nouvelle détermination.

19 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 20 mai 2020 05 h 00

    Bien oui... Mais?

    Vous mentionnez: "le ministère conçoit des règles et des normes qu’appliquent les présidents-directeurs généraux des CIUSSS et des CISSS, des dirigeants qui ne sont pas soumis à l’autorité d’un conseil d’administration et qui n’ont de comptes à rendre qu’au sous-ministre et au ministre. Ces p.-d.g. se comportent pareillement, tels des rois en leur royaume, en proclamant des édits et des directives conformes aux diktats d’en haut et aux règles budgétaires rigides émanant du ministère."

    Avoir un conseil d'administration est loin d'être une garantie quelconque contre les dérives buraucratiques, ou un signe de bonne gouvernance. Les compagnies du style de Bombardier en sont l'exemple flagrant. Les sociétés de l'État, du style de la Société des alcools du Québec, en sont d'autres exemples. En fait, les conseils d'administration sont des cercles de copains et copines qui s'échangent les sièges... et y être nommé par un gouvernement quelconque ne change pas grand chose.

    Le problème de la buraucratie québécoise repose sur une prémisse - jamais de réelle sanction, celle qui fait mal, celle qui même au congédiement sans aucune compensation, ni retraite à vie de l'État. Pour ceux qui disent "c'est moi qui a payé", aucun problème: l'État rembourse uniquement les contributions avec intérêts légaux, mais pas la part de l'État. Remarquer les figurants étatiques et des municipalités qui ont paradé dans les Commissions d'enquête d'ici ou de l'État Canadien: tous - ou presque - des fonctionnaires ayant de longs états de service, à la retraite étatique - ou presque. Et les années où les malversations et autres méthodes dolosives ont débuté... Généralement dans les dernières années de "carrières". Au pire, les fautifs se retrouvent quelques mois en incarcération - mais avec leur retraite étatique - comme Charles (Chuck) Guité, ou avec aucune sanction comme le ministre Alfonso Galiano. Pour les "business" étatiques, le recteur de l'UQÀM n'a rien subit de réellement punitif. Etc.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mai 2020 08 h 42

      Je pense que c'est la forme de gestion des CISSS qui est à repenser. UN DG NOMMÉ PAR LE MINISTRE et seul autorisé à aller sur la place publique. Dont le CA comprend, notamment, des employés de la santé.Ça devient une affires de fonctionnaires.C'est comme si, dans votre ville ou municipalité, seul le/la DG aurait le droit d'aller sur la place publique; et qu'il y aurait aurait des représentants des employés sur le conseil,

      Le pire: depuis peu ce sera le même mode de gestion des écoles publiques chez les francophones.Je comprends parfaitement les anglophones d'avoir livré bataille pour maintenir le contrôle de leurs écoles. Chez les francophones, il suffisait de placer les élections scolaires en même temps que les municipales..

      Or, en santé, personne n'est élu par le public sur le CA. Circuit fermé!

    • Christian Dion - Abonné 20 mai 2020 10 h 40

      Tout à fait d'accord avec vous M.Pelletier quant à la situation dans la bureaucratie québécoise. La loi du moindre effort. Bien moins compliqué de déplacer que de congédier. Le patron fait dans la facilité en refilant son bois mort à un autre ministère, bonsoir la visite, pas plus compliqué que ça. Ce qui a pour effet que l'incompétence est ballottée partout dans le système pendant 30 ans. Il y en a combien dans cette situation là? Sans compter son effet multiplicateur et durable. Et là, c'est sans compter tous les tablettés payés à ne rien faire. Quelle entreprise privée peut se
      permettre pareille gestion?
      Christian Dion.

    • Bernard Plante - Abonné 20 mai 2020 11 h 53

      Bon. M. Dion nous revient avec le bon vieux discours populiste (celui des radios de Québec) selon lequel l'appareil de l'État serait peuplé de personnes payées à ne rien faire. Ne manque plus de rendre les syndicats responsables de tous les maux et le portrait est complet pour ceux qui pensent détenir la vérité en accusant les mauvaises cibles.

      Comme si depuis les années 1980 on n'avait cessé de dégraisser l'appareil de l'État en remplaçant un départ sur deux. Comme si les responsables du mauvais fonctionnement actuel n'étaient pas au premier chef les hauts gestionnaires eux-mêmes. Comme si la multiplication des nominations politiques partisanes de gens incompétents en haut lieu n'avait aucun effet sur le fonctionnement de la machine. Et surtout, comme si les entreprises privées étaient des modèles de gestion où chaque personne travaille ardemment, sans que certains n'aient réussi à s'y faufiler pour faire le minimum. Comme si les entreprises privées étaient tellement au-dessus du secteur public qu'elles pouvaient se passer des subventions et avantages fiscaux de toute sorte soutirés au trésor... public.

      Blâmer la fonction publique qui nous rend des services et encenser les entreprises privées qui nous soutirent de l'argent pour faire des profits explique en grande partie la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui. Nous avons négligé le premier pour favoriser le second. Et aujourd'hui on se surprend du résultat. Ce discours est celui de la droite qui blâme la gauche de tous les maux alors que la planète est gérée dans la très vaste majorité des pays par des gouvernements de droite depuis des décennies. Si ça va mal aujourd'hui ne serait-ce pas justement parce que les idées et les façons de faire prônées par la droite ont faillit? Poser la question c'est y répondre. De même pour la fonction publique.

    • Christian Dion - Abonné 20 mai 2020 16 h 12

      M.Plante. Primo, je ne suis auditeur d'aucune radio, seulement de musique sur Stingray. Deusio, je ne me situe aucunement à droite sur l'echiquier politique.Tercio, bien entendu, l'incompétence ballottée et qui est la plus nuisible pour le plus grand nombre se trouve principalement chez les gestionnaires. J'ai pour souvenir,il y a quelques années, la présidente de la Curatelle Publique, qui, après avoir été sévèrement critiquéé sur sa gestion par le Vérifiateur Général de l'époque, avait été mutée et nommée vice-présidente de la CSST.
      Quatro, je n'en ai pas seulement pour l'entreprise privée, surtout pas celle par exemple, réfractaire au salaire minimum à 15$.
      Christian Dion.

  • Michel Pasquier - Abonné 20 mai 2020 06 h 05

    Mettre les priorités au bon endroit

    Si l’on en croit Alec Castonguay, et monsieur Castonguay* n’est pas homme à écrire n’importe quoi, le Québec compte 8 800 psychologues, soit la moitié de tous les psychologues du Canada alors que nous représentons environ 23% de la population totale du pays.
    Et la Présidente de l’ordre des psychologues de s’exclamer ‘’on a le plus important rapport de psychologue par habitant en Amérique du Nord’’ whouà !
    Et c’est sans compter près de 2 000 psychothérapeutes additionnels.
    De deux choses l’une : nous sommes une population de névrosés ou nous avons besoin que quelqu’un s’occupe de notre mal à l’âme parce que nous sommes trop mollassons pour nous prendre en mains. Et comme le gouvernement ou l’assurance paie pourquoi faire un effort ?
    Bien sûr, nous les attardés ne pouvons pas comprendre que c’est chic de parler de sa dernière séance chez SON psy autour de la table avec des amis.
    D’accord, ces professionnels répondent à un besoin auprès de gens qui ont subi un traumatisme grave, et dans certains cas ils sont irremplaçables.
    Nous lisons toutes sortes de commentaires à l’effet qu’il est urgent d’augmenter les ressources (sous entendu le personnel) en ceci, en cela et en support psychologique évidemment, sans que personne ne soupçonne que ces belles recommandations ont un coût que quelqu’un (nous les contribuables) devront payer. Et comme souvent ces textes sont écrits par des gens fort savants dans leur domaine alors que nous n’entendons pas ceux et celles qui sont les plus importants : ceux et celles qui prennent soin des patients, ceux et celles qui allègent leurs souffrances, ceux et celles qui sont parfois leur seul lien avec le vrai monde. À ceux là et à celles là PARLEZ car les absents ont toujours tort.
    Plutôt que de nous péter les bretelles avec notre record de psychologues pourrions nous mettre les ressources au bon endroit : les soignants, plutôt que d’ajouter une autre couche de bureaucrates ? Et puis ce record s’ajoutant à un autre record, soit le nomb

    • Michel Pasquier - Abonné 20 mai 2020 08 h 26

      Suite
      Et puis ce record s’ajoutant à un autre record, soit le nombre pléthorique d’élus qui administrent nos villes et autres (Le Devoir, 16/05/2020), suggère qu’il est temps d’avoir une sérieuse séance d’introspection. Au travail Monsieur Legault !
      *référence : magazine l’Actualité Mai-Juin 2020

    • Michèle Cossette - Abonnée 20 mai 2020 09 h 56

      De quoi parlez-vous? La plupart des psychologues pratiquent dans le privé. Dans le public, les listes d'attente sont interminables. Vous êtes visiblement mal informé.

    • Marc Therrien - Abonné 20 mai 2020 18 h 37

      En appui au commentaire de madame Cossette:

      En 2011, on pouvait lire dans La Presse : « Au cours des dernières années, les conditions de travail des quelque 3200 psychologues du réseau québécois de la santé et de l'éducation se sont détériorées à un point tel que recruter des candidats est plus difficile que jamais et que l'accessibilité de ces services est menacée, selon l'Ordre des psychologues du Québec. » (réf : « Psychologues du réseau public: de plus en plus de postes vacants » )

      Plus tard en 2017, on pouvait lire aussi dans La Presse : « Le MSSS note une « stabilité » des effectifs pour le titre de psychologue entre 2011 et 2015 alors que le nombre de travailleurs sociaux a nettement augmenté durant cette période. » (réf : « Les psychologues s'inquiètent de la baisse des services publics »).

      Rien ne m’indique que la situation ait changé du tout au tout et ce n’est certainement pas du côté de la « contribution » du surplus de psychologues qu’il faut regarder pour améliorer le système de soins et d’hébergement de longue durée.

      Marc Therrien

  • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mai 2020 07 h 36

    Maintenant ce système, hermétique et sclérosé, de gestion en santé est appliqué en gestion scolaire chez les francophones

    Un directeur général NOMMÉ par le ministre et seul autorisé à aller sur la place publique. Entouré, en particulier, de représentants de gens travaillant dans la santé. Un cercle fermé! L'omerta!

  • Bernard Plante - Abonné 20 mai 2020 07 h 39

    Le naufrageur 2

    M. Dutrisac écrit: "En fait, la pandémie a mis en lumière les limites du système hautement centralisé mis en place par la réforme Barrette."

    Et Barette qui parade pour se montrer en sauveur. Et qui rêve de revenir nous hanter avec Anglade. C'est l'halloween avant le temps.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 20 mai 2020 08 h 38

    Lieu

    Principe de base en gestion. Plus on éloigne le lieu de décision du lieu de prestation, plus la première se fera au détriment de la seconde.

    Jacques Bordeleau

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mai 2020 11 h 48

      Et le mode de gestion.Un DG NOMMÉ PAR LE MINISTRE et seul autorisé à aller sur la place publique. Entouré d'un CA dont des membres sont des employés.Ça devient une patente de fonctionnaires fonctionnant en circuit fermé.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mai 2020 12 h 21

      Imaginez que, dans votre muncipalité, seul un employé, soit le directeur général, aurait le droit d'aller sur la place publique. Et le dit DG serait Nommé par le ministre.

      Et que des représentants des cols blancs, des cols bleus, des pompiers/policiers (nommés par les leurs) siégeraient sur le conseil: personne
      n'est élu démocratiquement par la population..Ça donne les CISSS actuels.

      Voilà! Or, c'est ce mode de gestion que nous avons, maintenant, chez les francophones, pour nos écoles..