L’autre angle mort

Ni la santé publique ni les directions du réseau de la santé n’avaient prévu la vague d’éclosions de la COVID-19 dans les CHSLD. Or ce qu’on a aussi mal évalué, l’autre angle mort de l’état d’urgence sanitaire, c’est le grand nombre de professionnels atteints par le virus dans les centres hospitaliers, ce qui entrave le fonctionnement des hôpitaux, surtout dans la région de Montréal, dont certains sont devenus des foyers de contagion communautaire, à l’instar des CHSLD contaminés.

En mars, tandis que s’amorçait le confinement, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, était fière d’annoncer que les centres hospitaliers avaient réussi à dégager 8000 lits pour répondre à l’afflux de patients atteints de la COVID-19. De ces lits, moins de 2000 sont occupés.

Heureusement, puisque, même avec un nombre d’hospitalisations bien en deçà de celui qui avait été envisagé, les centres hospitaliers de la région de Montréal frôlent la saturation ou débordent, comme c’est le cas à la Cité-de-la-Santé de Laval.

C’est bien d’avoir les lits, mais c’est le personnel qui manque pour se charger des patients qui sont appelés à les occuper. Comme le rapportait Le Devoir vendredi, plus de 5000 employés du réseau de la santé sont atteints de la COVID-19 au Québec, dont 3743 seulement à Montréal, et 6170 autres manquent à l’appel, selon les données du ministère et de la Direction de santé publique de Montréal. Contrairement aux CHSLD, les centres hospitaliers peuvent adapter leur volume d’activités en se servant des chirurgies électives comme tampon. Mais il y a une limite à retarder des opérations non urgentes qui, un jour ou l’autre, deviennent urgentes.

Mis à part les personnes âgées, le personnel soignant compte pour la moitié des cas de COVID-19 chez les personnes de 60 ans et moins. On soupçonne qu’il soit la source de la contagion communautaire dans certains quartiers, comme Hochelaga-Maisonneuve.

On sait que plusieurs médecins et autres professionnels de la santé, revenant de voyage au terme de la semaine de relâche, furent parmi les premiers propagateurs du coronavirus. Un des foyers de contagion initiaux en Estrie, c’étaient justement des médecins de la santé publique qui s’étaient rassemblés à leur retour. On croit que les professionnels de la santé dans les hôpitaux de Montréal se sont contaminés entre eux et que, dans un premier temps, ils n’ont pas contracté la maladie au contact de patients. Fait aggravant, pour faire des économies de bouts de chandelles, on a éliminé les unités de prévention des infections dans plusieurs centres hospitaliers sous le gouvernement libéral.

Les syndicats représentant les professionnels de la santé montrent du doigt les lacunes persistantes dans la prise en charge du personnel infecté ou exposé au virus. Ces travailleurs doivent demeurer en poste s’ils sont asymptomatiques, le temps d’obtenir le résultat des tests, ce qui peut prendre quelques jours. Or on sait maintenant que les personnes atteintes mais asymptomatiques sont très contagieuses quelques jours avant de ressentir des symptômes.

Au début de la pandémie, le manque de matériel de protection et de tests a certes contribué à causer des éclosions dans les hôpitaux, pas seulement dans les CHSLD. Maintenant qu’on est en mesure de tester davantage de professionnels de la santé, il semble que ce soit la rareté du personnel qui guide la prise en charge du personnel soignant qui a contracté le virus.

Comme pour donner le change aux syndicats, la ministre McCann dit vouloir obtenir de l’information de la part des employés du réseau. Après avoir décrété la fin de l’omerta, ce qui est plus simple à dire qu’à faire compte tenu des obligations de loyauté trop restrictives imposées aux employés de l’État, voilà qu’elle lance une boîte de courriel pour permettre aux travailleurs du réseau de dénoncer en toute confidentialité les manquements dont ils sont témoins. Il faudra voir si c’est pour que l’information circule mieux ou si c’est pour mieux la contrôler.

Deux mois après avoir décrété l’état d’urgence pandémique, le gouvernement Legault se targue de disposer d’équipements de protection en quantité suffisante, quoique les masques N95 soient toujours une denrée rare, et d’une capacité de tester adéquate. La gestion de personnel lourdement centralisée, néfaste héritage de la réforme Barrette, ne doit pas servir de prétexte pour éviter de s’attaquer énergiquement aux éclosions dans les hôpitaux, ce qui passe par une prise en charge rigoureuse du personnel infecté.


 
1 commentaire
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 mai 2020 08 h 28

    Belle prise de conscience

    Bravo pour cet article llqui fait un bon résumé du fait, du non fait et l'à -faire.
    Dans le non à faire, il y a le GNL Québec, qui ne devrait pas faire partie de la relance verte.