Pas de panique

Vendredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a porté à « très élevé » le niveau de menace que présente le nouveau coronavirus, à l’origine de l’épidémie de COVID-19, qui a infecté près de 80 000 personnes en Chine et plus de 5000 dans le reste du monde.

Trois pays se sont ajoutés à la liste des foyers de l’épidémie : l’Italie, la Corée du Sud et l’Iran. On compte maintenant près de 60 pays où sévit le COVID-19.

Au Québec, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, s’est montrée rassurante lors d’une conférence de presse jeudi, tout en annonçant qu’un premier cas d’infection avait été signalé à Montréal, celui d’une femme qui rentrait d’Iran. En tout, il y a 14 cas qui ont été confirmés au Canada. Seulement au Québec, on effectue de quatre à cinq tests par jour sur des gens qui présentent des symptômes. Ils ont donc tous été négatifs à cette exception près.

Il ne faut pas voir de contradiction entre les mises en garde de l’OMS et la relative sérénité de la ministre de la Santé. C’est qu’au Canada, tous les cas recensés visent des personnes qui ont contracté le virus à l’étranger ou qui ont été en contact avec ces voyageurs. Autrement dit, pour l’heure, aucune contamination n’est due à des Canadiens qui n’auraient pas été exposés à une source provenant de l’étranger.

Il faut dire que, depuis l’épidémie d’un autre coronavirus, le SRAS, survenue en 2002-2003, les protocoles suivis dans les aéroports et le réseau de la santé pour contrôler les infections se sont considérablement resserrés au pays. En 2009, l’épisode de la grippe H1N1, particulièrement virulente, a aussi mis le réseau à l’épreuve.

La particularité des nouveaux coronavirus, c’est qu’ils peuvent infecter un nombre exponentiel d’individus parce que personne n’a développé d’anticorps spécifiques pour les combattre. Ils peuvent donc se répandre sans entrave jusqu’à ce qu’ils terminent leur cycle de propagation. Évidemment, lorsqu’émerge un nouveau coronavirus, aucun vaccin n’existe. L’épidémie de SRAS, qui a fait 43 morts au Canada, avait commencé dans la province de Guandong, en Chine, en novembre 2002, pour se terminer en juillet 2003.

Soulignons que le SRAS était beaucoup plus létal que ne l’est le COVID-19. Le taux de mortalité associé au SRAS approchait les 10 % des personnes atteintes, et plus de 50 % chez les personnes de 65 ans et plus. L’actuel coronavirus serait létal dans 2 % des cas. Il est toutefois quatre à cinq fois plus mortifère qu’une vulgaire grippe saisonnière.

En revanche, le COVID-19 est beaucoup plus contagieux que le SRAS et se comparerait à ce chapitre à la grippe saisonnière. Fait à souligner, les enfants ne présentent pas de symptômes graves en lien avec le nouveau coronavirus.

S’il faut se prémunir contre l’épidémie et tout faire pour empêcher qu’elle ne se produise, il importe tout de même de mettre les choses en perspective. Au Québec, 300 personnes meurent chaque année de la grippe (influenza) saisonnière, et ce, même si nombre de personnes plus à risque se font vacciner.

Pour l’heure, la situation est sous contrôle au pays. En isolant les voyageurs atteints qui rentrent au pays et en testant les personnes qui ont été en contact avec eux, les autorités sanitaires croient être en mesure d’éviter l’épidémie. Le nombre de personnes auxquelles on diagnostiquera la maladie risque toutefois d’augmenter, y compris au Québec. Mais tant que Montréal, Toronto ou Vancouver ne deviendront pas des foyers primaires d’infections, le pire sera évité.

Il ne faut pas minimiser les effets néfastes qu’aurait une épidémie de COVID-19 au pays. On l’a vu avec le SRAS : non seulement l’épidémie cause directement de la mortalité, mais elle a des conséquences sur d’autres patients, dont les traitements et les chirurgies sont reportés.

En ce qui a trait à l’économie mondiale, on passera aux pertes les heures de travail en moins, les usines qui ont suspendu leurs activités et le recul des exportations. Les bourses sont en chute libre : même Donald Trump est nerveux, lui qui compte sur la bonne performance de Wall Street pour assurer sa réélection.

Enfin, on sait que ces nouveaux coronavirus naissent dans les marchés d’animaux en Chine et se transmettent de l’animal à l’homme. On peut espérer que cette dernière épidémie incitera les autorités chinoises à prendre des mesures pour éviter que ne se développent de nouvelles souches virales à l’avenir. Nous devrions aussi accroître nos efforts de recherche pour mieux comprendre un phénomène qui, malheureusement, risque de se reproduire.


 
11 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 février 2020 07 h 50

    Qui croire?

    Pourquoi a-t-on l'impression que des gens se sont amusés à séquencer des chaînes d'acides aminés pour nous produire un virus aux propriétés inconnues? Bien daccord de ne pas paniquer avant que la panique générale s'installe, mais disons poliment que nos responsables semblent être dépassés par la nature de cet événement. Et là-dessus, j'espère que me trompe à 100%.

    Mais des nouvelles émanant d'une dictature fermée qui contrôle toute l'information et tous les gens sous sa férule n'inspire pas beaucoup la confiance. N'ont-ils pas fait exécuter le médecin lanceur d'alerte lorsqu'au mois de novembre 2019, celui-ci a constaté l'ampleur de ce danger?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 29 février 2020 17 h 28

      J'ai lu que ce docteur est mort du Coronavirus?!
      Encore là, va savoir de quoi il est mort ce pauvre médecin.
      À voir comment notre Justin gère la crise autochtone présentement on se dit que ca serait bien d'attendre 4 ans avant que le virus prenne de l'ampleur.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 février 2020 08 h 05

    L'éditorialiste écrit :

    « Enfin, on sait que ces nouveaux coronavirus naissent dans les marchés d’animaux en Chine et se transmettent de l’animal à l’homme. On peut espérer que cette dernière épidémie incitera les autorités chinoises à prendre des mesures pour éviter que ne se développent de nouvelles souches virales à l’avenir. »

    Il y a du nouveau à ce chapitre : « Pékin a annoncé lundi l'interdiction ''complète'' du commerce et de la consommation d'animaux sauvages, pratique suspectée d'être à l'origine de l'épidémie de coronavirus apparue en décembre dans le centre du pays et qui menace désormais le monde d'une «pandémie» selon l'OMS. Mais la mesure devra encore être définitivement inscrite dans la loi, dans un pays où l'on consomme aussi des serpents ou des chauve-souris. »

    https://www.tvanouvelles.ca/2020/02/25/des-especes-animales-sauvees-par-le-coronavirus

  • François Beaulé - Inscrit 29 février 2020 08 h 36

    Certains porteurs sont asymptomatiques

    « pour l’heure, aucune contamination n’est due à des Canadiens qui n’auraient pas été exposés à une source provenant de l’étranger ». Ce n'est qu'une question de temps puisque des voyageurs provenant d'un des nombreux pays infectés par le coronavirus peuvent débarquer au Canada sans avoir de symptômes bien définis tout en étant porteur du virus. Ils peuvent alors transmettre le virus sans être identifiés. Le Canada va être touché inévitablement à moins de bloquer les frontières au passage des voyageurs. Cela devrait être fait rapidement pour être efficace.

    « Nous devrions aussi accroître nos efforts de recherche pour mieux comprendre un phénomène qui, malheureusement, risque de se reproduire ». Le phénomène est déjà compris depuis de nombreuses années. L'apparition de nouvelles souches de virus grippaux est souvent due aux contacts entre les humains et les porcs ( grippes porcines ) ou les poulets ( grippes aviaires ). Cela survient dans des pays qui n'imposent pas de strictes mesures d'hygiène aux éleveurs de porcs et de poulets ou qui permettent la vente aux consommateurs d'animaux vivants. Ce laxisme cause chaque année de vives souffrances ou la mort de millions de personnes dans le monde. Le coronavirus causera la mort de plusieurs millions de personnes. Heureusement, les enfants et les jeunes adultes s'en tireront beaucoup mieux que les autres.

  • Yves Mercure - Inscrit 29 février 2020 09 h 27

    Vous presumez

    Que : "personne n’a développé d’anticorps spécifiques pour les combattre" (virus covid19). Une opinion qui repose sur d s bases inconnues. Comment povz-vous affirmer celà? Aux sus des observations, partielles j'en conviens, l'opinion contraire pourrait peut-être trouver plus d soutiens. Une large majorité des porteurs ne montrent pas ou peu de symptômes de sorte qu'il serait raisonnable de penser que "quelques-uns d'entre eux pourraient porter des défenses. Les anticorps ressemblent à Dieu aussi longtemps qu'on ne les a pas identifiés; la différence réside dans les preuves d'existences de ceux-là!

    • André Labelle - Abonné 29 février 2020 13 h 56

      « De manière générale, nous ne sommes pas tous égaux face aux agents infectieux. Par exemple, nous n’attrapons pas tous la grippe en période d’épidémie, alors que certains attrapent souvent la grippe, année après année. » [...] « Ceci est dû au fait que la résistance aux agents infectieux est dépendante de beaucoup de facteurs. Une bonne santé et une bonne hygiène de vie vont peut-être aider à passer un hiver sans refroidissements, mais sans assurance absolue. Parmi ces facteurs, il y a vraisemblablement une contribution de notre patrimoine génétique. En effet, la variabilité individuelle des systèmes de défenses peut prédisposer certains d’entre nous à résister mieux à certains virus, ou alors à nous rendre plus sensibles à leur infection. Encore une fois, sans aucune certitude absolue.» [ Laurent Roux Professeur, à la retraite Faculté de médecine Université de Genève ; ( https://www.rts.ch/decouverte/sante-et-medecine/corps-humain/10266882-y-a-t-il-des-groupes-qui-resistent-a-des-maladies-transmises-d-une-personne-a-un-autre-.html )
      Donc la résistance à un virus n'est pas juste une affaire d'anticorps. C'est ... un peu plus compliqué que ça.

      «Internet c'est avoir toute la sagesse et toute la bassesse du monde au bout des doigts.»
      [Benoît Gagnon]

    • Marc Therrien - Abonné 29 février 2020 18 h 58

      Et, M. Labelle, pour être plus précis, disons avec Alain Finkielkraut: "Internet est le rendez-vous des chercheurs, mais aussi celui de tous les cinglés, de tous les voyeurs et de tous les ragots de la terre." Il est hasardeux d'y naviguer sans plan ou boussole.

      Marc Therrien

  • François Beaulé - Inscrit 29 février 2020 11 h 26

    Préserver l'Amérique du Nord

    Notre continent est pour l'heure très peu touché par le coronavirus. Cependant les nombreux voyageurs intercontinentaux vont inévitablement permettre au virus de s'installer ici en Amérique et de se répandre. Il faudrait que les responsabes de la santé publique tant au Canada qu'aux États-Unis convainquent les autorités de limiter au maximum les voyages intercontinentaux. Il me semble que la limitation de la liberté de ces voyageurs aurait moins de conséquences que d'affronter une épidémie qui ferait des millions de morts sur le continent nord-américain, incluant des soignants professionnels ( médecins, infirmières et autres ). En plus de réduire l'accès aux hôpitaux pour les malades souffrant d'autres maladies.