Fécondation «in vitro»: heureux retour à la raison

Le coût moyen d’un traitement de fécondation in vitro (FIV)est d’environ 16 000 $. Les parents aux prises avec les tourments de l’infertilité doivent parfois essuyer un ou deux échecs avant une tentative fructueuse. Même avec un crédit d’impôt qui allège une portion de la facture, c’est dire à la fois l’ampleur de l’investissement et aussi le frein à l’accessibilité que cela représente pour plusieurs.

On peut donc imaginer le soulagement des futurs parents intéressés par la procréation assistée en apprenant que le gouvernement de François Legault entend bientôt passer de la parole au geste et rétablir la gratuité de la FIV. La CAQ s’est fait élire sur un terreau de promesses qu’elle défile une à une et transforme en réalisations. C’est tout à son honneur, et encore plus lorsque, comme ici, cela s’effectue sans précipitation.

Un projet de loi sera déposé sous peu pour retourner à cette gratuité abolie en 2015 sous la baguette du ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, pour qui le succès du programme avait conduit à une logique de « bar ouvert » néfaste pour les finances publiques et causant un joyeux chaos dans un réseau aux reins trop fragiles pour absorber une vague de popularité. Le prochain budget du Québec contiendra donc une enveloppe permettant de soutenir au moins un cycle gratuit de FIV, peut-être deux.

Dans la démarche choisie par la CAQ et sa ministre de la Santé, Danielle McCann, il y a plusieurs éléments qu’on associe généralement à un succès annoncé. L’absence d’affolement, d’abord. Le désir de consulter, ensuite. Et puis, aussi, le soutien crucial d’un comité d’experts en procréation médicalement assistée pour garantir les conditions d’implantation optimales : un bon système d’information, une organisation des services efficace, des critères d’admissibilité clairs, une garantie de disponibilité des ressources dans les cliniques et les hôpitaux.

En 2014, le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, avait produit un rapport remettant en question non pas la pertinence du programme lancé en 2010, mais plutôt les dérives et dérapages associés à sa mise en oeuvre, sans compter une escalade des coûts — estimés à 48 millions pour 2012-2013, les coûts réels ont plutôt dépassé les 70 millions cette année-là. Le Collège des médecins, de son côté, a toujours milité afin que les balises cliniques et éthiques associées à la procréation médicalement assistée soient au cœur des décisions politiques favorisant son accessibilité.

En 2010, lancé avec faste sous les acclamations de parents souhaitant réaliser leur rêve de parentalité, le programme de gratuité universelle pour la FIV avait vite mené à un certain désenchantement, le réseau étant incapable d’absorber le contrecoup d’un tel succès, mais, surtout, d’une aussi grande désorganisation. La démarche posée choisie pour soutenir le retour du programme de gratuité est de bon augure. Pour un projet aussi important que l’espoir d’avoir un enfant, mieux vaut procéder de manière structurée et concertée.

2 commentaires
  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 20 février 2020 10 h 03

    Bar ouvert

    Intéressant que vous ayez recours à l'expression "bar ouvert" en parlant de fécondation in vitro, car c'est exactement la situation en matière d'avortement. On parle beaucoup de couts lorsqu'il est question de fécondation in vitro, mais il n'en est jamais question en matière d'avortements. Deux poids, deux mesures...

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 20 février 2020 20 h 10

    Gaspillage

    La fécondation in vitro est une procédure inefficace et coûteuse. L'argent serait mieux utilisé dans la recherche sur l'infertilité.