Un système amoral

Le débat sur l’efficacité du système des libérations conditionnelles prend une tournure préoccupante à la suite de l’assassinat de Marylène Lévesque par un récidiviste, Eustachio Gallese, accusé formellement de meurtre non prémédité.

Les critiques portent beaucoup sur l’inexpérience des commissaires aux libérations conditionnelles et l’influence politique exercée par les libéraux fédéraux dans la nomination de ceux-ci. C’est une infime partie du problème.

L’influence politique dans la nomination des membres de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) est sans doute aussi vieille que l’institution. Des gouvernements libéraux et conservateurs ont participé à ce jeu détestable au fil des ans.

En réponse aux critères de l’ancien commissaire Dave Blackburn, le secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Joël Lightbound, a d’ailleurs fait remarquer que six des neuf commissaires à temps plein au Québec étaient proches des conservateurs lors de l’arrivée au pouvoir des libéraux en 2015…

Plus on en apprend sur les circonstances ayant mené au meurtre de Marylène Lévesque, une travailleuse du sexe, plus il paraît évident que le coeur de l’enquête ne devrait pas porter sur l’expérience ou le mode de nomination des commissaires, mais plutôt sur la conduite des Services correctionnels du Canada (SCC) et de ses agents de libération. Ceux-ci ont mis en place une stratégie afin de permettre à Gallese de rencontrer des femmes durant sa période de libération conditionnelle, mais seulement pour assouvir ses désirs sexuels. Ce délinquant, faut-il le rappeler, avait été condamné à 15 ans de pénitencier, en 2006, pour avoir tué son ex-conjointe d’une manière abjecte. D’autres délinquants auraient profité d’arrangements similaires.

La présidente de section locale du Syndicat des employés de la sécurité et de la justice, qui représente les agents correctionnels, Andréanne Samson, a défendu ce plan. Idem pour le directeur de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec, David Henry. La décision n’a pas pu être prise sur « un coin de table », disent-ils. Elle a été réfléchie et justifiée d’un point de vue clinique.

Quel épouvantable raisonnement. Il fait de Marylène Lévesque moins qu’un objet de consommation sexuelle. Il la réduit à un déversoir de pulsions sexuelles, sans aucune justification.

La recherche de l’équilibre entre la protection du public et la réinsertion sociale d’un délinquant est un exercice délicat. Comment les SCC ont-ils pu penser que l’un ou l’autre de ces objectifs serait atteint en permettant à Gallese, déjà condamné pour un épouvantable crime de violence conjugale, d’entretenir des relations aussi tordues avec une masseuse érotique ? Des relations dépourvues de réciprocité. Des relations qui n’apportent aucune leçon, ni aucun apprentissage au délinquant sur des valeurs telles que l’égalité et le respect entre hommes et femmes.

Pour ces raisons, les SCC et la CNLC ne possèdent pas la distance et le jugement requis pour mener cette enquête. Elle devrait être confiée à un juriste ou à un criminologue retraité, libre de toute influence, et muni d’un sens de l’éthique qui a cruellement fait défaut dans cette affaire, pour le plus grand malheur d’une jeune femme, Marylène Lévesque.


 
1 commentaire
  • William Dufort - Abonné 15 février 2020 06 h 41

    Les namis et les autres

    De la même manière qu'il y a des médecins qui soignent des maladies versus des médecins qui soignent des malades, il a des gens, à la Commission natiionale des libérations conditionnelles et aux Service correctionnels du Canada , qui traitent leurs dossiers sans considération pour les personnes qui seront affectées par leurs décisions. Ce n'est pas de la méchanceté mais de la pure incompétence.

    Àla SCC, om a des fonctionnaires de carrière qui suivent des processus alors qu'à la CNLC tout comme à bien d'autres organismes gouvernementaux, on retrouve souvent des namis du parti au pouvoir qui doivent leur nomination bien plus à leur loyauté et leur contribution à la victoire électorale qu'à leurs qualifications proprement dites. Dans tous les cas, la seule bonne volonté ne suffit pas. On le savait déjà, mais ici une jeune femme est morte. Et son décès était tellement évitable.

    J'espère juste que la mort de Marilène ne sera pas qu'une triste statistique.