Le langage de l’indifférence

Nous bonne chance souhaiter à Peter MacKay dans son français d’apprentissage. Le français de M. MacKay est d’une déficience telle qu’il faut se demander s’il prend au sérieux les exigences de bilinguisme sur la scène politique fédérale. Rendu là, aussi bien en rire.

Après une carrière de 18 ans à la Chambre des communes (dont 9 ans dans des fonctions ministérielles), rien ne justifie qu’il ait une maîtrise du français aussi minable.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a fait mieux que lui en un temps record pour s’approprier une langue parlée par 10,3 millions de citoyens canadiens (23 % de la population), dont 7,6 millions de Québécois. L’ancien premier ministre, Stephen Harper, a fait des efforts remarquables pour améliorer son français entre le début et la fin de son mandat, et il commençait toujours ses discours en français, ici comme à l’étranger. Un luxe que ne pourrait pas se permettre un éventuel premier ministre MacKay, au risque de nous faire honte sur la scène internationale.

M. Mackay n’est pas le premier unilingue, anglophone ou francophone, à se frotter aux difficultés d’apprentissage d’une langue seconde. Dans son cas, l’éveil est trop tardif pour être pris au sérieux. La volonté n’y était pas pendant près de 20 ans de service public, si bien qu’il sonne aujourd’hui comme une version brisée de Google Translate.

Peut-on envisager un seul instant l’élection d’un unilingue comme premier ministre du Canada ? Tout est une question de perspective. Pour une partie du Canada anglais, il semble que la maîtrise du français soit « nice to have ». Pour l’écrasante majorité des Québécois, c’est un prérequis. Posons la question à l’envers. Les électeurs anglophones accepteraient-ils qu’un unilingue francophone brigue la chefferie d’un parti fédéral (outre le Bloc québécois) ? L’émoi serait tel qu’on ne se surprendrait pas que des larmes de sang coulent des tableaux de la reine accrochés aux murs du parlement.

L’indifférence avec laquelle est accueilli l’unilinguisme de Peter MacKay est révélatrice d’un courant de pensée au sein du mouvement conservateur. Il s’imagine gouverner le pays en se passant du Québec et en le contournant.

C’est un grand paradoxe, car les conservateurs sont beaucoup plus enclins que les libéraux à reconnaître le caractère distinct du Québec et à respecter l’autonomie des provinces en général. Si leur chef n’est pas en mesure de suivre une conversation en français, il sera incapable de s’imprégner des valeurs et de la culture québécoises. Dès lors, il sera bien difficile de le percevoir comme un véritable allié du Québec.


 
4 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 1 février 2020 08 h 44

    Reflet de la réalité canadienne

    Un parti politique peut certainement prendre le pouvoir majoritaire sans l'appui d'une grande région du pays. C'est la réalité au Canada et les libéraux, quoique minoritaires, sont au pouvoir sans l'appui de l'Alberta et de la Saskatchewan. C'est vrai que ce sont des provinces un peu moins populeuses mais elles comptent quand même près de 5,5 millions de Canadiens.

    L'érosion du français au Canada est une réalité incontournable et inéluctable ce qui fait que la proportion de francophones diminue d'élection en élection et que le poids de la francophonie au niveau politique s'érode dangereusement. Pour en revenir à M. MacKay, c'est d'autant plus pathétique que son épouse est francophone si je ne m'abuse ou à tout le moins parle français. Il aurait pu s'améliorer avec son aide mais il semble que cela ne l'ait pas convaincu de faire cet effort.

    On peut déchirer notre chemise en tant que francophones mais si on continue à rêver à des chimères, on ira nulle part, sauf dans les oubliettes de l'histoire. Le Canada n'est pas bilingue, c'est une chimère, car seuls les services fédéraux tendent à l'être quand le nombre le justifie, ce qui est souvent aussi une chimère pour quiconque connaît bien le pays. En Colombie-Britannique on a plus de chances d'avoir des services en mandarin et en punjabi qu'en français et c'est ça la réalité canadienne.

    Donc, pas étonnant qu'un chef de parti fédéral puisse être unilingue anglophone. Un parti politique peut très bien gouverner le pays sans député au Québec et en se détournant de la francophonie; c'est difficile mais faisable et sera de plus en plus facile. Enfin, cela ne fera certainement pas de peine à la majorité au pays.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 1 février 2020 08 h 44

    Des larmes de crocodile à défaut d'apprendre le Français?

    Quand on veut on peut, mais le contexte historique s'y prête mal! Les us et coutume britanniques n'ont que foutre de ces descendants d'anciens bélligérants du Vieux Continent dont certains ont été pendus car ils nuisaient au développement du Dominion d'alors! Actuellement nos oreilles s'agitent aux propos tenus tant par Justin Trudeau que par ses ministres! Ainsi, le ministre François-Philippe Champagne parle à la télévision de Radio-Canada de « rapatriation » au lieu de rapatriement! Ce ministre représentant élu du PLC au Québec illustre ce phénomène que beaucoup d'élu(e)s pensent maîtriser le Français! Chaque jour l'ignorance du Français fait un pas en avant, sans risque de retour puisque le fossé s'agrandit entre le Dominion d'aujourd'hui et celui des siècles passés!
    Depuis belle lurette, la France et les États-Unis d'Amérique ont bâti leur pays en éliminant radicalement les inégalités sociales, politiques, humaines, par des révolutions! Loin de faire allusion aux technologies d'avant-garde, leurs citoyens ont agi avec la volonté de mieux vivre dans un pays où l'égalité et la liberté étaient nécessaires! Qu'en est-il ici, tant au Québec qu'au Dominion? Montréal est encore sous le joug des anglophones soutenus par des francophones aux antipodes des Patriotes précédents! Quand au gouvernement de la CAQ ses rapports avec Ottawa sont les mêmes qu'au moment du PLQ, blancs bonnets ou bonnets blancs! La langue et la culture françaises ne figurent pas au programme, comme bien d'autres domaines...
    Bref, dans le Dominion d'aujourd'hui, qu'ils soient Conservateurs ou Libéraux rien ne les distinguent sur la volonté de faire disparaître l'hégémonie britannique face aux Franco-Québécois, sans aucune protestation de nos élu(e)s du Québec!

  • Luc Bertrand - Abonné 1 février 2020 15 h 21

    Les Québécois doivent comprendre le message: le Canada est à prendre tel quel ou à laisser

    Que les membres du Parti conservateur du Canada ne sourcillent pas devant l'unilinguisme anglais de Peter McKay ne devrait plus surprendre, après avoir vu le même parti, sous Stephen Harper, être élu majoritaire et gouverner sans tenir compte des revendications du Québec. Et c'est la même chose avec le Parti libéral du Canada, alors que Jean Chrétien et Justin Trudeau ont pu former des gouvernements majoritaires, avec ou sans appui significatif au Québec, qui l'ont étouffé, fiscalement et nient l'existence de la nation québécoise. Et plus ils y réussissent, plus leurs appuis, au Canada anglais, sont considérables.

    Que ce soit en tant que pays faussement bilingue et, bientôt, à titre individuel, par la voix des chefs de parti ou même en tant que premier ministre de ce pays faussement uni, le Canada hésite de moins en moins à se montrer tel qu'il est et où il veut aller. Les Québécois doivent donc en prendre acte: le Canada considère avoir réglé définitivement la question du Québec et fonctionnera de plus en plus sans son consentement. On l'a vu, par ses réactions épidermiques à la Loi 21 sur la laïcité, au Québec: les Canadiens anglais sont de plus en plus allergiques au Québec et à sa différence.

    Les alternatives, pour les Québécois, sont de plus en plus claires: sortir du Canada en devenant un pays ou nous voir laminés comme une province comme les autres.

    Luc Bertrand

  • André Labelle - Abonné 1 février 2020 21 h 52

    Le Québec une cible grandissante

    Mieux le Québec se portra économiquement, plus il deviendra une cible à abattre. Dans l'inconscient du ROC, le Québec est toujours le vaincu, le conquis.
    Alors soutenir, comprendre et défendre le Québec devient de plus en plus une attitude anti canadienne.
    Qui au fédéral et encore plus chez les conservateurs prendra ce risque ?
    Le contraire est aussi vrai. Quels Québécois s'intéressent vraiment au leadership conservateur? Ma foi les Québécois et les Québécois regardent avec peut-être plus d'intérêt les developpements politiques aux USA.

    «Les élections, ce n'est que de la poudre aux yeux. Les partis changent, mais à l'intérieur, derrière les portes fermées, ils s'entendent et distribuent des rôles.»
    [Alice Parizeau]