Cliniques d’hiver: un éternel fiasco

Désormais, il relève de l’euphémisme que de dire que le système de santé québécois toussote, s’échauffe et plie du genou, tel un patient atteint d’un accès de grippe. Une certaine exaspération chronique s’ajoute à la fiche des symptômes : comme nous sommes las de ce désastre annuel nommé engorgement hivernal des urgences ! Un mauvais spectacle mené par des maîtres de l’improvisation.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, annonçait à ce chapitre la force de l’expérience et une volonté nette de puiser au terrain pour trouver les solutions plutôt que de tout commander de l’impérieux navire amiral ministériel, aussi omnipuissant que déconnecté de sa base. Les chapitres des derniers jours laissent croire plutôt à un fiasco éternel.

Fort heureusement, le ridicule ne tue pas : ces derniers jours, en pleine éclosion grippale, il est devenu impossible de prendre rendez-vous dans l’une de ces 59 cliniques d’hiver, ouvertes précisément pour permettre le désengorgement d’urgences aux salles d’attente remplies de grippés.

Pressurisée par des reportages pointant l’inefficacité crasse de l’opération ministérielle antigrippe, la ministre McCann entonne un refrain connu : diantre, aux médecins d’en faire plus, tonne-t-elle, brandissant à nouveau leur rémunération, comme s’il s’agissait de sévir pour convaincre d’agir.

Quiconque a tenté la course à obstacles nommée prise de rendez-vous sait bien qu’entre l’énoncé et la pratique, il y a un abysse. Cette fois, l’argent ne semble pas mis en cause. C’est dans la qualité de la préparation qu’on semble avoir erré, notamment au moment de la prise de rendez-vous, qui ne permet pas de préciser la source du mal. Grippe ? Gastro ? Mal de dos ? Si le système mis en place pour désengorger les urgences permet à tout le monde et à n’importe qui de se présenter à la clinique pour avoir accès au sanctuaire sacré du médecin, on ne s’étonnera pas ensuite de conclure que ça ne fonctionne pas. Les grippés s’empilent là où ils ne le devraient pas.

Les causes du problème sont multiples : manque de lits à l’étage des hôpitaux, difficultés de recrutement de personnel, à la fois dans les cliniques et les centres hospitaliers. Mais aussi hyper-bureaucracie et opération mal ficelée, comme en font foi toutes ces cliniques qui ont dû renoncer à participer, car cela menaçait leur fonctionnement habituel. Dans ce contexte, le risque est grand que même les plus engagés soient tentés d’abdiquer.


 
8 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 17 janvier 2020 04 h 24

    On serait si bien...

    On serait si bien si les gens n'étaient pas malades... Tu parles d'une idée d'être malade comme cela, et oser se rendre en clinique sans rendez-vous sans y avoir pris un rendez-vous... Tu parles d'une gang d'effrontée que ces gens... Vitement, demandons à nos corporations médicales d'exiger une prime de "dérangement pour notre quiétude" par ces hordes de malveillants malades qui envahissent nos cliniques, nos urgences, nos... et nos... Et être un médecin, c'est de l'ouvrage en titi, vous ne savez pas comment c'est difficiole de planifier ses prochaines vacances, ses prochaines formations au soleil, visitez ses prochaines acquisitions immobilières à Westmount...

    • Bernard Plante - Abonné 17 janvier 2020 10 h 46

      Belle suite de clichés. Digne des radios de Québec.

  • Simon Grenier - Abonné 17 janvier 2020 08 h 34

    "La force de l'expérience"??? Il va falloir reconnaître un jour qu'en raison de la façon dont les cadres - en particulier les cadres supérieurs - sont choisis et "formés", quiconque était un décideur dans le réseau de la santé ne fera que reproduire ce qui existe déjà une fois dans le siège de ministre. Médecin, PDG, VP, cela importe peu.

    Quand on a une "brillante carrière" comme gestionnaire dans le réseau de la santé, comme Mmes McCann et Bourdon à la précédente campagne électorale, c'est qu'on a toujours fait ce qu'il faut pour laisser les choses/processus/politiques officieuses et non-écrites exactement comme elles le sont: c'est la seule façon de gravir les échelons dans ce réseau si l'on n'est pas médecin.

    La seule.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 janvier 2020 08 h 59

    Critiquer, OK, mais la solution ?

    Cet éditorial ne trouve rien de mieux que de critiquer la ministre, facile. Si on essayait d'identifier la ou les sources profondes du problème, on pourrait proposer des solutions, puis décider si, oui ou non, on les met en oeuvre. J'écris 'ou non' parce que'on jugera peut-être que ça coûterait trop cher. Et peut-ête que ça prendra du temps. Ayant vécu 11 ans à l'étranger (France, É.-U.), mon pif, pour ce que ça vaut, me dit que c'est d'abord une question de nombres de soignants, surtout au niveau des généralistes et encore plus des autres soignants. Ça revient donc à une question d'argent car on n'attirera pas les jeunes dans ces professions sans les payer.

  • Pierre Desautels - Abonné 17 janvier 2020 09 h 00

    Question de "timing".


    Bien dit, mais il ne fait pas oublier qu'au Québec, il vaut mieux être malade ou avoir une fracture du lundi au vendredi de 8 heures à 16 heures, et même là, bonne chance. Sinon, c'est l'urgence et une loterie pour rentrer dans le meilleur rang, n'est-ce pas? Et pour les cliniques d'hiver, une vraie farce. Pour la région des Laurentides, une seule clinique, ouverte de 8 heures à 17 heures. Chanceux va.

  • Serge Grenier - Inscrit 17 janvier 2020 09 h 27

    Centralisation vs décentralisation

    Quand le monde était simple et déconnecté, ça pouvait fonctionner de centraliser les décisions pour optimiser l'action. Mais aujourd'hui, le monde est devenu complexe et hyper connecté. C'est devenu contre productif de centraliser les décisions parce qu'aucun être humain n'est assez intelligent et n'a assez de temps dans une journée pour connaître tous les dossiers, toutes les implications, tous les aboutissants, tout ce que ça prend pour arriver à la bonne décision afin d'optimiser l'action. Et on continuera d'aller de fiasco en fiasco tant et aussi longtemps qu'on aura pas compris que la décentralisation est infiniment mieux adaptée que la centralisation à la complexité du monde.