Le parcours sera difficile pour Scheer

Il s’en est fallu de peu pour que la carrière politique de Justin Trudeau prenne fin abruptement. Le costume de chef de l’opposition officielle ne lui aurait pas été prêté bien longtemps par ses troupes. La formation d’un gouvernement minoritaire libéral repousse ce scénario.

Justin Trudeau a gaspillé une conjoncture favorable, avec une économie qui tourne rondement, aux mains d’un adversaire de transition, Andrew Scheer, à qui on donnait peu de chances de succès il y a quelques mois à peine.

M. Trudeau a bien failli se couler lui-même, avec l’accumulation des casseroles (SNC-Lavalin, les blâmes du commissaire à l’éthique, le blackface, etc.) et une gestion trop prudente de sa campagne. Le bilan de son gouvernement est pourtant enviable si l’on gomme sa passion des costumes et son multiculturalisme effréné.

Les électeurs lui ont reconnu une stature de premier ministre qui fait défaut au chef conservateur. C’est peut-être là la seule véritable leçon de cette proverbiale sagesse que les analystes prêtent aux électeurs.

La réélection d’un gouvernement libéral minoritaire n’est pas de mauvais augure pour le Québec, bien au contraire. Le scrutin a confirmé le recul du Nouveau Parti démocratique (NPD) au « statut pré-Layton » de son développement. La montée du Bloc québécois, qui obtient plus de 30 sièges, s’est faite aux dépens de la formation de Jagmeet Singh au Québec.

Yves-François Blanchet récolte ce qu’il a semé. Le chef bloquiste a mené une campagne propre, digne, sans animosité. À lui maintenant de défendre les intérêts du Québec et de se rappeler que les valeurs progressistes, la lutte contre les changements climatiques, le respect des compétences provinciales sont tout aussi importants que les questions de laïcité. Les revendications du Québec seront bien entendues avec l’émergence confirmée de cet axe caquiste-bloquiste. Justin Trudeau ne sera pas en mesure d’ignorer les demandes du Québec avec un statut aussi précaire que le sien.

Les conservateurs sont en voie de passer de 95 à près de 120 circonscriptions, mais il s’agit d’un mince prix de consolation. Ce résultat ne saurait masquer le fait qu’Andrew Scheer ne séduit guère hors de la famille naturelle conservatrice. Son potentiel de croissance est pour ainsi dire limité.

Il s’est acharné contre Justin Trudeau, le traitant de menteur à la moindre occasion, dans une campagne sale au cours de laquelle il n’a pas été en mesure de persuader les électeurs qu’il avait une vision d’avenir pour le Canada.

Dans la dernière ligne droite, il a confondu l’ombre et la proie en gaspillant sa crédibilité dans une initiative visant à discréditer le Parti populaire du Canada (PPC) de Maxime Bernier et à brandir l’épouvantail de la souveraineté pour freiner la progression du Bloc.

Les conservateurs offrent une vision du monde rejetée sans ménagement en 2015. Le réchauffé servi par le chef Scheer ne passe pas plus en 2019. Sont-ils prêts à accepter cette cruelle réalité ?

M. Scheer ne sera pas en position d’exercer le rôle d’influenceur dans les dynamiques délicates et les jeux d’équilibre qui marqueront la 43e législature. Un déclenchement précipité des élections le ramènera à la case départ, avec ce déficit de vision bien visible pour ses adversaires et les électeurs. Il a raté sa seule vraie chance de devenir premier ministre.

Le NPD sera nettement mieux placé que les conservateurs — et volontaire — pour faire les compromis nécessaires à la survie du gouvernement. Le vent de droite manquera de souffle, finalement.

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19 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 22 octobre 2019 07 h 41

    "Le vent de droite manquera de souffle, finalement."


    Voilà. Tout est dit. C'est ce qui était le plus important. Pour le reste, c'est le NPD et dans une moindre mesure le Bloc qui mettront de la pression sur ce gouvernement.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 octobre 2019 08 h 50

      Le NPD, qui a été éradiqué du Québec et du vote francophone, ne mettra pas de la pression sur ce gouvernement. C’est la même version multiculturaliste, mondialiste, libre-échangiste, centraliste et communautariste du PLC avec un chef religieux qui ne passe nulle part au Canada. Partir de 44 comtés en 2015 à 24, il faut le faire pour appeler cela une victoire. Pour le PLC ou le NPD, c’est le vote des immigrants de Montréal, Toronto et Vancouver qui ne pensent juste à faire venir leurs grands-parents et leurs vieilles matantes et mononcles plutôt que de s’intégrer à la culture francophone. Alors, les villes votent pour ceux qui permettront que les frontières deviennent une passoire afin de créer des pays à l’intérieur du Québec et du ROC pour déconstruire les cultures des peuples fondateurs, vous savez, ceux qui en ont fait un pays libre et riche.

      Le NPD, avec le PLC et en concert avec le lobby islamique, vont essayer de se débarrasser de la loi 21 dûment votée par l’Assemblée nationale. Ceci dit, à la fin de l’exercice, on risque de se retrouver dans un Québec et Canada extrêmement polarisés et des populations divisées. L’Ouest du pétrole sale voudra exporter son or noir via le Québec et le Bloc québécois dira non. Les conservateurs, les libéraux, les néo-démocrates et les verts, tous des partis exclusivement anglophones, seront tous d’accord.

      C’est cela qu’ils appellent le progressisme. En tout cas, pas au Québec. Misère.

    • Pierre Desautels - Abonné 22 octobre 2019 11 h 03

      @Cyril Dionne

      Malgré la bonne performance du Bloc, on dirait que vous avez perdu vos élections, avec ces frustrations. Le fait que les libéraux ont le plus de sièges au Québec et que l'homme au turban a la balance du pouvoir y est sûrement pour quelque chose...

    • Cyril Dionne - Abonné 22 octobre 2019 12 h 05

      @ Desautels

      L'homme au turban n'a aucun pouvoir. Plus vite que vous comprendrez cela, plus vite qu'on pourra aller de l'avant. Pourtant, ce n'est pas difficile à saisir. L'homme au turban a été rejeté partout au Canada et évidemment, au Québec. Mais l’alliance des islamo-gauchistes de Québec solidaire et des néo-démocrates, n’aiment pas qu’on parle de cela. Ah ! Les multiculturalistes, communautaristes et extrémistes religieux.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2019 17 h 59

      @ M. Martel

      Je ne veux pas partir un débat là-dessus. Je diffère d'opinion. Québec a tendance à être conservatrice, au sens large.

      Et je ne suis pas Montréalais! :)

  • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2019 08 h 49

    Les valeurs, trop de droite, du PCC ne poignent pas au Québec, sauf dans la région de Québec

    Il y a clairement 2 sociétés distinctes dans ce pays. De plus, Scheer s'était nettement aligné avec des premiers ministres provinciaux conservateurs, surtout sur Jason Kenney et les politiques pétrolières.

    Dans l'opposition, la CAQ s'était même montrée possiblement en faveur d'Énergie Est. Une fois au pouvoir, Legault a dû se rendre compte qu'il n'y avait pas d'acceptation sociale.Scheer s'est enfargé sur la question de l'avortement.

    La ville de Québec, comme au référendum de 1995, a choisi différemment du reste de la province.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 octobre 2019 15 h 32

      Lors de l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, le chantier maritime de la Davie de Lévis employait 1,500 personnes.

      Après avoir établi le principe que ‘le Quebec ne fait pas partie de la stratégie maritime du Canada’ (ce qui signifie, en clair : on veut pas donner de contrat au Québec), la Davie n’emploie plus que 500 personnes quatre ans plus tard.

      Bref, après avoir délocalisé la construction maritime du Québec vers les chantiers d’Irving, les gens de la région de Québec ont toutes les raisons de juger sévèrement Justin Trudeau.

      Il ne s’agit donc pas d’un particularisme régional dépourvu de raisons concrètes.

      Quant au référendum de 1995, les fonctionnaires de Québec ont craint l’arrivée ‘massive’ (sic) de fonctionnaires francophones d’Ottawa vers la ville de Québec après l’indépendance.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 octobre 2019 09 h 38

    Un détail

    Aussi rejetée, dites-vous, que soit la vision du monde des Conservateurs, celle-ci a quand même reçu l'assentiment de _plus_ de voix que celles des Libéraux : 34,5% vs 33%.

    À mon avis, cette élection prouve qu'aucun parti canadien n'est présentement un parti 'national'. Ce que nous avons, c'est une succession de fiefs locaux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2019 10 h 53

      S'il n'y a pas au Canada de parti «national», c'est aussi parce que le Canada n'est pas une «nation» au sens où les éléments de cohésion et de consensus y seraient assez forts pour qu'il ait titre à être désigné tel. Mais tout comme nos voisins du sud arrivent depuis quelques siècles déjà à faire pays (nation politique) malgré de très profondes et durables divisions, il n'y a pas forcément signe dans la consolidation de ces «fiefs locaux» le signe que le Canada soit une fiction et qu'il n'y aurait au nord du 45e de nations politiques que pour autant que tous ces «fiefs locaux» le deviennent. Tout au contraire, la manière dont même le BQ s'engage à jouer sa part dans les tensions régionales est peut-être le signe avant coureur de l'émergence d'un nouveau fédéralisme, quelque application monsieur Blanchet mette-t-il à rassurer tout ceux que cela pourrait inquiéter...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2019 12 h 16

      @ M. Martel

      Vous avez entièremenr raison. Le problème du PCC, c'est que son vote est concentré. Ils ont reculé en termes de sièges au Québec. Le Canada est un pays fort divisé:-question du pétrole et de l'environnement -questions des valeurs trop à droites ou trop à gauches -la place du Québec non réglée sur la question constitutionnelle -l'influence d'une certaine droite religieuse influente,hors Québec; alors que, au Québec, c'est le contraire.

      Il faudrait que ce parti revienne au "parti progessiste conservateur" sous Mulroney. Bien hâte de voir la réaction des premiers ministres de l'Ouest. Quand des Québécois ont su que la droite religieuse hors Québec poussait du côté conservateur, plusieurs sont débarqués.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2019 10 h 13

    De la défense des intérêts du Québec


    Manifestement, la proverbiale humilité de monsieur Blanchet a été très sérieusement compromise par le retour en force du BQ. Cela pour l'anecdote.Mais les autres partis ne manqueront pas de lui rappeler qu'à un millon quatre cent milles voix, c'est pas comme s'il avait été plébisicité et que pour autant que les intérêts du Québec sont effectivement en cause, leur « défense » ne consiste pas sans mélange à relayer les positions de la CAQ. On dira que ce à quoi il s'est engagé, ce n'est pas à porter le programme de la CAQ mais les consensus de l'Assemblée nationale. Soit. Mais il devrait alors en donnant aussi leur voix à cette majorité d'électeurs qui n'ont pas voté pour la Caq et qui n'a pas non plus demandé au Bloc de réitérer le supposé appui à 70% dont on prétend que L21 jouit dans la population.

    Normal que les politiciens la jouent de cette manière, en laquelle il entre d'ailleurs une bonne part de sincère conviction, mais que Le Devoir ne fasse pas la différence entre les prétentions partisanes et la nature et l'extension des appuis dont les partis jouissent, voilà qui relève plus de l'alignement partisan que de l'analyse politique. C'est correct. Mais mérite d'être noté.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2019 11 h 01

      @ M. Maltais Desjardins

      L'Indépendantiste, que je suis, se réveille la nuit pour prier pour que la Cour suprême de l'Autre nation annulle la loi sur la laïcité.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2019 11 h 44

      Monsieur Grandchamp, je crains fort que ce ne soit que dans votre sommeil que ce rêve se réalise. Malheureusement, la loi constitutionnelle de '82, par l'introduction de l'article 33 dont les Autres provinces de l'Autre nation avaient fait la condition de leur adhésion, prive la Cour de la capacité d'annuler la loi 21. Tout ce qu'elle pourra faire, éventuellement, et ne manquera pas de faire, c'est de montrer dans quelle mesure l'usag de la «dérogation» s'écarte des dispostions non seulement de la Canadian Charte, mais de celle du Québec. Ce faisant, elle exercera pleinement son rôle de gardienne du droit sans pour autant compromettre la souveraineté des parlements. Ce dont vous rêvez, c'est en somme que cette souveraineté, plutôt que d'en avoir été victimes à l'occasion de la nuit des longs couteaux, que ce soit nous-mêmes qui devions la proclamer pour qu'elle ait toute son extension. Les faits contrediront une nouvelle fois cette vision victimaire. Comme en bien d'autres circonstances où Québec a utilisé la clause dérogatoire, les seules conséquences qu'il aura à encourir seront d'ordre politique, tant de la part de ceux qui ne sont pas ici d'accord avec L21 que de ceux qui s'y opposent ailleurs au Canada ou dans le monde. Or ce prix-là serait très exactement le même si Québec devenait un Pays. Sauf dans vos rêves, monsieur, il n'y a pas d'ennemi du peuple dans l'Autre nation devant qui nous pourrions enfin faire front dans une belle unanimité toute fleurdelysée. Heureusement.

    • Françoise Labelle - Abonnée 22 octobre 2019 18 h 27

      M. Maltais Desjardins,
      je me demandais si je devais ou non approuver votre réponse à M.Grandchamp. Vous abordez plusieurs sujets.
      Je pense que la charte québécoise a été conçue de façon québécoise, pour ne pas heurter la canadienne.
      J'ai assez répété que l'interptétation anglo-saxonne de la laïcité (a little bit of humor) n'est pas la seule en accord avec les droits de l'homme.
      En fait, tout se joue autour de la «liberté d'expression religieuse» et je ne suis pas sûre de l'endroit où le tranchet de la Supreme Court tombera, si elle tiendra compte de l'aspect politique, si on défendra l'autre conception de la laïcité à la Cour suprême.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2019 22 h 26

      1- La charte québécoise a été adoptée en 1975 à l'unanimité et est entrée en vigueur en juin 1976.
      2- De quelque manière que la Cour suprême tranchera dans les litiges en cause, elle ne fera que qualifier la raisonnabilité des restrictions imposées par L21. En vertu de la clause 33, le parlement de Québec pourrait indéfiniment en reconduire les dispositions sans que ces avis soient juridiquement contraignants à cet égard. Il faut espérer que ces avis soient utiles et qu'ils permettent au législateur d'agir de façon éclairée au nom de citoyens qui aient une compréhension la plus riche possible de ces questions. Mais il reste que la latitude du législateur est entière tant que les citoyens lui en accorde permission, quelle que soit la justesse de la décision. S'il y a débat, il sera donc politique et québécois, comme il l'a été sans qu'aucun parti fédéral ait jamais prétendu s'ingérer dans les délibérations légitimes de notre Assemblée nationale. Il faut être attentif au fait que jamais la légitimité de la CAQ n'a été mise en cause à Ottawa même s'il est fort possible que la loi aille plus loin que ce que la majorité des québécois accepteraient s'ils avaient une conscience plus fine des enjeux fondamentaux en cause.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 13 h 17

      "S'il y a débat, il sera donc politique et québécois" RMD "(...) politique et québécois" par opposition à "juridique et fédéral" si je comprends bien.

      Ce qui rend d'autant plus regrettable la place démesurée qu'a occupée la L21 dans les élections fédérales.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 octobre 2019 13 h 30

      La Charte québécoise n'a pas la même puissance que la Charte canadienne, car dans le premier cas, il s'agit d'une loi de l'Assemblée nationale et, dans le deuxième cas, la Charte canadienne a préséance sur les Parlements fédéral et provinciaux. Bien sûr, la Charte canadienne permet à l’article 33 à un Parlement de soustraire ses lois au respect de libertés fondamentales, mais les Parlements sont quand même sujets aux conditions de l’article 33 pour ce faire (libellé explicite, limite de temps de la vigueur de la clause dérogatoire, quoique renouvelable, etc.). Et l’article 33 ne s’applique pas à tout. Par exemple, on ne peut déroger au droit à l’enseignement primaire et secondaire dans une langue officielle prévu à l’article 23.

      Par contre, pour n'importe quelle loi, l'Assemblée nationale peut se soustraire l'application de la Charte québécoise, le principe de la souveraineté du Parlement, dans sa juridiction, l'empêchant de se lier lui-même. De plus, le législateur québécois s'est aussi assuré dans la libellé de cette loi, que la Charte québécois ne ferait pas obstacle à son application.

      Pour illustrer de façon extrême, l’Assemblée nationale aurait le pouvoir, pour ce qui est de sa juridiction, d’abroger purement et simplement la Charte québécoise et ce, même rétroactivement. La Charte québécoise n’est qu’une loi de l’Assemblée nationale.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 octobre 2019 22 h 08

      Je ne voulais pas dire que le débat ne concernait que les québécois, mais que c'est ici qu'il devra être tranché à nouveau par le législateur. Mais comme on l'a vu - vous pouvez le déplorer -, les électeurs du reste du Canada se sont sentis interpellés à juste titre par cette question. Ils ont le droit de promouvoir une autre conception du vivre ensemble. Sans parler du fait qu'au bout du compte, le tiers du tiers des électeurs inscrits se sont prononcés au Québec pour la formation politique qui relayait l'injonction de Legault à l'endroit de Trudeau de ne pas s'en mêler. Faut croire qu'ils n'ont pas entendu la provocation de Trudeau... au point de lui accorder le même vote qu'au BQ. Monsieur Dionne les qualifiera, ceux-là. Bien sûr : ils usurpent la démocratie.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 octobre 2019 00 h 25

      "(...) vous pouvez le déplorer - les électeurs du reste du Canada se sont sentis interpellés à juste titre par cette question." RMD.

      Ni vous ni moi ne sommes en mesure d'évaluer le poids relatif qu'a eu la question du L21 dans le choix des électeurs. Vous nous faites part de votre conviction intime, qui correspond peut-être, ou pas, à la vérité, mais qui est indémontrable lorsque vous affirmez que "les" électeurs du Canada se sont senti interpellés - mais dans quelle proportion et dans quelle mesure? Vous ne le savez pas, et moi non plus, cas nous ne sommes pas doués de pouvoirs de télépathie collective (je suppose que vous ne prétendez pas détenir ce pouvoir). Nous savons que le BQ, plus que d'autres partis, qui l'ont fait aussi, mais moins, ont utilisé la chose ("La laïcité, c'est nous"). Du vrai bonbon électoral pour le BQ, il faut bien le dire.

      J'ai quand même l'impression suivante, que je reconnais tout aussi indémontrable que la vôtre. Je crois que le poids relatif de cet élément, parmi les autres considérés dans le choix des électeurs, a été moins grand dans le ROC qu'au Québec. Ce qui est normal: le Québec est plus visé - de plus, le BQ était le seul parti vraiment pour, et n'avait pas de candidat dans le ROC... Parmi les autres éléments considérés: fiscalité, environnement, énergie, programmes sociaux, déficit, etc.

      Ce que je déplore, c'est la trop grande place qu'a tenu cet enjeu dans les élections fédérales, peu importe par qui et où, Québec et dans le ROC, car il me semble que des élections fédérales sont destinées à choisir un programme exécutif et législatif fédéral, alors que la L21 relève du pouvoir judiciaire et de l'Assemblée nationale. Cela distrait donc du but de cet exercice démocratique. Qu'on en parle un peu, peut-être, mais il ne faut pas perdre de vue le but premier de l'exercice.