Escalade du pont Jacques-Cartier: opération ratée

On ne peut condamner tous les gestes de désobéissance civile. Dans le passé, la désobéissance civile non violente — c’est à quoi se consacre le mouvement d’origine londonienne Extinction Rebellion (ER), dont trois membres montréalais ont gravi le pont Jacques-Cartier mardi — a servi des causes nobles. Certains de ces gestes étaient illégaux ou considérés comme tels par les autorités — on n’a qu’à penser aux interventions des navires de Greenpeace à une certaine époque —, d’autres, sans être illégaux, ont causé des inconvénients à de simples citoyens.

Le coup d’éclat ainsi que le blocage du boulevard René-Lévesque le même jour par des dizaines de militants d’ER font partie d’une série de manifestations qui ont eu lieu dans 60 villes à travers le monde.

Les deux co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, ont refusé de condamner ce méfait qui a forcé la fermeture du pont Jacques-Cartier pendant plusieurs heures, entraînant un embouteillage monstre. Une membre et organisatrice du parti, l’enseignante Chantal Poulin, une amie du député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, compte parmi les grimpeurs impliqués.

Tout au plus Manon Massé a reconnu du bout des lèvres que « ça peut être contre-productif », tandis que l’autre co-porte-parole expliquait que les militants qui ont escaladé le pont l’ont fait en toute connaissance de cause et étaient prêts à en assumer les conséquences, notamment sur le plan juridique. Ça ne rend pas leur action plus pertinente.

Aussi spectaculaire soit-il, ce méfait n’a rien fait pour rallier les banlieusards pris en otages. La population québécoise en général n’a d’ailleurs pas attendu le mouvement ER pour se préoccuper des enjeux climatiques.

Si le but recherché par ces militants nouveau genre, c’était d’embarrasser le gouvernement caquiste et le forcer à prendre des engagements, c’est raté. Au contraire, tant le premier ministre François Legault que son ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ont pu détourner l’attention en cassant du sucre sur le dos des « agitateurs » et sur QS, au lieu de sortir de leur torpeur et de mettre fin à leur incohérence devant la crise climatique.

Espérons qu’au Québec, Extinction Rebellion optera pour des actions qui rallient les citoyens à sa cause plutôt qu’elles ne les en éloignent. En démocratie, convaincre le plus grand nombre demeure une condition essentielle à tout changement social, un principe qui devrait aussi guider les membres de QS.

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12 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 11 octobre 2019 01 h 32

    Raté?

    «Si le but recherché par ces militants nouveau genre, c’était d’embarrasser le gouvernement caquiste et le forcer à prendre des engagements, c’est raté.»

    Et la marche de 500 000 personnes, bien plus si on compte celles tenues un peu partout au Québec, qui a pourtant rallié les citoyens à la cause de cette manifestation, mais qui n'a pas plus incité le gouvernement caquiste à prendre des engagements, était-elle aussi ratée? Pensez-vous vraiment que ce gouvernement aurait agi, s'il n'avait pas pu «détourner l’attention en cassant du sucre sur le dos des « agitateurs » et sur QS»? Que conseillez-vous pour faire sortir ce gouvernement de sa torpeur et de mettre fin à son «incohérence devant la crise climatique»? Rien? De mon côté, j'espère que d'autres continueront à essayer, à défaut de réussir.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 octobre 2019 10 h 20

      Vraiment M. Jodouin. Ce sont les 350 000 personnes qui ont eu leurs droits brimés par ces écoterroristes. C'était les mêmes automobilistes qui étaient "pognés" dans leur voiture.

      La désobéissance civile non violente de la génération la plus choyée de l’histoire humaine est poliment une contradiction et on demeure poli. Si celle-ci refuse d'être complice d'un pouvoir légitime dûment voté par les citoyens du Québec, il ne reste plus grand-chose à dire ou à faire. Le principe même du pouvoir politique légitime rend impossible, nul et non avenue, l'efficacité de la désobéissance civile non violente dans ce cas précis.

      Selon nos écoanxieux, les coûts engendrés par leur petite escapade du pont Jacques-Cartier entreraient dans la définition de la désobéissance civile et seraient justifiés. Pour la plupart des gens sensés, c’est contraire à l’éthique sur la désobéissance civile puisqu’aucun tort n’a été porté à leur endroit. Celle-ci doit être non violente, tout court et ne doit pas causer tort à autrui, vous savez, ceux qui sont innocents.

      On pourrait commencer par demander est-ce qu’il y a eu atteinte aux convictions personnelles de la majorité et s’il existe une certaine proportionnalité entre les conséquences directes de la désobéissance et celles du respect de la loi ou de l’ordre? Est-ce que ces gens ont subi des torts et que l’État a brimé et violé leurs droits inaliénables en tant que citoyens? Bien sûr que non.

      Comment peut-on, en se regardant dans le miroir, penser que la désobéissance civile est admissible dans un État de droit? Cette action illégale dans ce cas menace à la fois l’état démocratique et les droits fondamentaux de la majorité des citoyens. Si la désobéissance civile veut répondre à un profond désarroi face à une manière de gouverner qui ne correspond pas à leurs attentes, eh bien, dans notre démocratie, nous avons tous les pouvoirs pour faire les changements nécessaires. Faites-vous élire si la majorité des gens veut vous suivre.

  • Paul Drapeau - Abonné 11 octobre 2019 08 h 29

    Émission de gaz à effet de serre.

    Puisqu'elle a immobilisé la circulation, cette opération a augmenté l'émission de gaz à effet de serres. Il serait intéressant de la quantifier. Les activistes devraient choisir des opérations qui ne les augmentent pas, voire qui les diminue. Ce n'était surtout pas une opération écologique.

    • François Beaulé - Abonné 11 octobre 2019 12 h 01

      Puisqu'il ne faisait pas froid, les automobilistes ont sûrement arrêté leur moteur. Donc moins de GES et non pas plus.

  • Marc O. Rainville - Abonné 11 octobre 2019 09 h 11

    Sans titre

    Je suis à cent pour cent en accord avec les actions de désobéissance civile de Extinction rébellion. Je laisse à d’autres le droit de définir ce qui justifie de telles manifestations.

  • Simon Grenier - Abonné 11 octobre 2019 09 h 47

    "La population québécoise en général n’a d’ailleurs pas attendu le mouvement ER pour se préoccuper des enjeux climatiques."

    Eh là là. Au contraire, c'est PARCE QUE le bon peuple québécois s'en contre-fiche qu'émergent des coups d'éclat comme celui-là. Les ventes de VUS sont toujours en progression et les maisons sont toujours plus intéressantes lorsqu'elles sont moins chères (et que les choix de vie subséquents sont subventionnés par la collectivité) et qu'elles incluent 5 pieds carrés de gazon. Les gens sont trop taches pour séparer les sacs de plastique des autres plastiques dans leur bac de recyclage. Alouette.

    L'ère de la post-vérité, de la victoire de l'opinion sur l'information... elle est là. Elle avait l'air d'un concept ridicule mais elle est bien implatnée, maintenant. Pour être entendu, il faut exagérer et faire chier. Point. Sinon, on se retrouve avec des Trump, des pipelines nationaux, des troisièmes liens inutiles, des maternelles 4 ans dont tout le monde se demande bien pourquoi, des femmes violées et tuées sous l'oeil vedge des autorités...

    Y'a de quoi monter sur un pont devant autant d'aveuglement, oui.

  • Marie-Hélène Gagnon - Abonnée 11 octobre 2019 09 h 58

    L'inaction

    Avez-vous déjà songé que si la CAQ était passé à l'action concernant les changements climatiques, personne n'aurait probablement bloqué le pont. Lorsque le gouvernement dit que le 3e lien, gazoduc et Uber sont bons pour l'environnement et qu'il n'a aucun plan environnemental, ben ça amène des gens à poser des gestes de ce genre. Ce ne sont pas ces grimpeurs qu'il faut condamné, c'est l'inaction du gouvernement!