Fausses notes

Qu’est-ce qui est le plus navrant ? La pitoyable traduction de la chanson de campagne des libéraux ou le fait que personne au sein du parti de Justin Trudeau, y compris le chef lui-même, n’ait su déceler dans cette version de pacotille l’illustration parfaite du pâle traitement accordé au français en cette terre canadienne ?

Le Parti libéral du Canada (PLC) a choisi comme thème officiel la mélodie à succès One Hand Up, du groupe ontarien The Strumbellas. Les artistes ont eux-mêmes traduit les paroles. Mais hélas, le résultat sonne l’échec, écorche les oreilles et la fierté francophone. Dans une gibelotte linguistique qu’on ne peut honnêtement nommer français, des mots s’additionnent, « main » ici, « enlève » là, plus « haut » ailleurs. Le One Hand Up anglais célébrant en musique l’engagement et la volonté de changement s’écrase complètement en français, avec Une main haute qui n’évoque en rien le poing fièrement brandi en l’air des politiciens engagés.

La piètre qualité de la traduction a causé un tollé sur les réseaux sociaux, provoquant ici l’hilarité, là l’indignation. Les libéraux ont annoncé lundi qu’ils retournaient en studio pour créer une nouvelle version, qui sera un sonnet francophone authentique — excellent revirement. La candidate libérale Mélanie Joly a reconnu lundi qu’il s’agissait d’une fausse note politique.

Mais le mal est fait. Dans ce faux pas d’apparence banale, on ne peut s’empêcher de voir l’irrespect pour le fait français et, de manière plus profonde, la distance qui s’est créée entre le PLC et tout le débat entourant le nationalisme à la québécoise. Justin Trudeau pratique lui-même allègrement dans nombre de ses discours et déclarations à l’emporte-pièce une sorte de franglais qui n’indigne plus personne. C’est le règne de l’indifférence érigé désormais en norme politique et linguistique. C’est l’incohérence d’un parti qui s’autoproclame promoteur du bilinguisme, mais qui, si l’on gratte un brin le discours officiel, semble agacé par les efforts à consentir pour honorer le français autrement qu’avec le salmigondis de la traduction.

Cette même insouciance teintée d’agacement colore, d’année en année, la réaction politique aux doléances exprimées par le commissaire aux langues officielles. Le respect des droits linguistiques au Canada et, en filigrane, les égards montrés à la langue française remplissent des discours — et des traductions ! —, mais les gestes ne suivent pas… la musique.

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23 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 septembre 2019 00 h 31

    Un cas, le mien

    Depuis plus d’un an, toute la correspondance promotionnelle que je reçois du Parti libéral du Canada est exclusivement en anglais. Pas un traitre mot en français.

    Je ne mets pas ces lettres au recyclage; je les collectionne. Pour convaincre ceux qui ne peuvent pas imaginer que le PLC nous fait reculer 60 ans en arrière, à l’époque où les vendeuses d’Eaton ne parlaient qu’anglais.

    Il y a plusieurs mois, je reçois un appel d’Ottawa d’une jeune dame, très sympathique, unilingue anglaise. Apparemment, le PLC préfère embaucher des unilingues anglais plutôt que des francophones (bilingues au non) pour solliciter des fonds au Québec.

    J’ai résisté à la tentation de lui raccrocher la ligne au nez et j’ai plutôt choisi de lui expliquer — dans sa langue — pourquoi il m’était impossible de financer un parti qui avait aussi peu de respect pour mon peuple.

  • Michel Lebel - Abonné 17 septembre 2019 07 h 04

    J'en ferais pas un grand plat!


    J'ai entendu cette chanson à quelque reprises. J'en ai pas compris un traître mot, la musique étant plus forte que tout. Je ne ferais pas un grand plat de cette histoire, mais elle dit ce qu'elle dit. Bref, en matière linguistique et autre, Trudeau n'est pas Macron!

    M.L.

    • Claude Bernard - Abonné 17 septembre 2019 23 h 09

      M Michel Lebel

      Imcompréhensible en français elle l'est tout autant en anglais.
      On dirait que les jeunes de par la planète n'ont cure de comprendre les mots d'une chanson; d'ailleurs ce ne sont plus des chansons mais des «tunes».
      Le sens général, quelques mots ou bribes de phrases, le feeling, l'athmosphère, le niveau sonore, le rythme et la musique enfin, rien que la musique, la musique seule compte.
      Alors, si c'est le cas, on comprend mieux ce qui a pu se passer.
      C'est une gaffe, une boulette, un faux pas; faut pas s'en faire, la majorité se fout de ce fiasco qui ne blesse que les «losers» dont on connait l'éternelle «croustille sur l'épaule».
      C'est pourquoi la version «améliorée» sera aussi plus pire et choquera tout autant.
      Quelle influence sur le vote? Je pense qu'elle sera nulle malgré tout ce qu'on écrira et pensera sur la tragédie qu'elle révèle involontairement: notre disparition en marche.



      17.09.19faussenotes

  • Sylvain Rivest - Abonné 17 septembre 2019 07 h 09

    Libérez-nous de Justin Trudeau

    Reste à savoir maintenant quel artiste va composer une pièce pour le parti libéral?

    Ils pourraient demander au trio Loco Locass d’adapter leur classique, Liberez-nous des Libéraux, au parti fédéral.

    https://youtu.be/azy-dUhf6yo

  • Marc Therrien - Abonné 17 septembre 2019 07 h 41

    S'agissant de "coolitude"


    et parlant de geste, imaginons maintenant Justin Trudeau qui clame: donne-moi en cinq quand il fait un "high five" à un partisan.

    Marc Therrien

  • Jean Lapointe - Abonné 17 septembre 2019 07 h 41

    Quelle naïveté

    «C’est le règne de l’indifférence érigé désormais en norme politique et linguistique.» (Marie-André Chouinard )

    C'est plutôt la preuve que le PLC cherche à nous ignorer de plus en plus parce que leur but c'est de faire du Canada un pays de langue anglaise de plus en plus unitaire quitte à accorder quelques concessions aux francophones. Ils ne respectent même plus les règles inscrites dans leur propre constitution parce qu'ils s'insèrent sans complexe dans les compétences dévolues aux provinces. On dirait que LE DEVOIR ne voit pas les changements qui sont en train de se faire et qu'ils ignorent les choix politiques faits par le PLC . LE DEVOIR s'en tient à des explications de nature psychologique comme si c'était les seules explications possibles. Pour les libéraux il n'y a que le peuple canadien qui doive exister et les francophones doivent s' y noyer en devenant des Canadiens comme les autres Ils sont prêts à accorder quelques concessions aux francophones mais il est hors de question qu'ils puissent bénéficier de quelque statut particulier que ce soit. Ils espèrent nous avoir à l'usure. Ce n'est pas un problème de nature psychologique c'est un enjeu poltique.