Que de bruit!

Le chef du Parti populaire du Canada (PPC), Maxime Bernier, se dit victime de censure aux mains de la « meute gauchiste totalitaire » à la suite du retrait, en début de semaine, de panneaux publicitaires payés par un tiers et reprenant son message contre « l’immigration de masse ». Confrontée à un véritable tollé, l’entreprise Pattison, propriétaire des panneaux, a décidé de les décrocher. Même le commanditaire, True North Strong and Free, a fini par prendre ses distances. M. Bernier rouspète, mais aurait-il voulu s’offrir pareille publicité, il n’y serait jamais parvenu.

Le chef du PPC n’a pas tout à fait tort de protester. Ces affiches arboraient une opinion qu’il n’est pas seul à partager et qui, bien que franchement choquante avec ses sous-entendus inquiétants, ne disparaîtra pas des esprits parce qu’on l’efface de quelques panneaux. Il aurait mieux valu y répondre sur le fond. L’entreprise Pattison a eu le bon réflexe au départ en rappelant qu’il ne lui revient pas de juger des idées des Canadiens tant que leurs messages respectent le Code des normes de la publicité. En cédant aux pressions sur la Toile, a-t-elle créé un précédent cependant ? Aujourd’hui, ce sont celles de M. Bernier, mais quelles autres pourraient subir le même sort ? Qui tranchera ?

Cette controverse donne aussi des munitions aux partisans de M. Bernier qui l’estiment déjà victime des élites politique et médiatique qui, selon eux, lui barrent la route vers les débats des chefs. Ce sera pourtant la première fois que les grands réseaux de télévision n’auront pas le contrôle de ces rendez-vous avec des critères qui étaient souvent arbitraires. Deux débats, l’un en français et l’autre en anglais, seront organisés par une Commission aux débats des chefs et les critères ont été établis à l’avance.

Il y en a trois. Pour voir son chef invité, un parti doit en respecter deux. Le PPC a suffisamment de candidats pour se qualifier, mais n’a aucun député élu sous sa bannière et n’a pas obtenu au moins 4 % des suffrages lors du dernier scrutin ou, pour un nouveau parti, pas encore démontré que plus d’un candidat a « une véritable possibilité d’être élu lors de l’élection » en cause. Le PPC, qui a mordu la poussière lors des élections complémentaires où il s’est présenté, a soumis les noms de cinq candidats qu’il juge assez connus pour faire une différence. Aucun sondage ne confirme toutefois ses dires. La commission compte vérifier, mais on se demande comment.

Cela peut paraître subjectif, mais il y a un précédent très instructif et qui démontre qu’il est possible de trancher sans porter un jugement sur les idées défendues (ce que suggérait de façon mal avisée le NPD pour trancher le cas de M. Bernier). En 1993, le chef bloquiste, Lucien Bouchard, et le chef réformiste, Preston Manning, ont été invités aux débats des chefs. Chacun avait fait élire un député sous sa bannière à l’occasion d’une élection complémentaire et, au lendemain des échecs constitutionnels successifs, ils dominaient les sondages dans leur région respective. Les ignorer aurait été impossible, car ils étaient porteurs de sentiments populaires puissants.

Maxime Bernier, on l’a compris, n’appartient pas à cette ligue, et il le sait. À preuve, s’il fait pression sur la Commission, il ne bouscule pas d’autres organisations, comme Munk Debates, qui ne l’ont pas invité à leurs rendez-vous thématiques. M. Bernier veut de l’attention et invoque, dans sa dernière lettre à la Commission, toute celle que lui portent les réseaux sociaux et les médias en général pour défendre sa participation. Il fait du bruit, mais la Commission, qui doit trancher d’ici le 16 septembre, doit s’assurer que le chef du PPC fait davantage, que son empreinte sort de la marge.

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