Maternelle 4 ans: des embûches providentielles

Lors de l’étude détaillée du projet de loi 5 sur la maternelle 4 ans, qui a débuté mardi en commission parlementaire, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a confirmé que, comme prévu, 250 nouvelles classes ouvriront leurs portes en septembre pour accueillir les enfants de cet âge à l’école. Mais ces classes seront plus petites : elles ne compteront que 11 élèves en moyenne plutôt que 17, comme le souhaite le gouvernement.

Le ministre n’a pas présenté ce fait comme une bonne nouvelle ; on peut le comprendre. On crée le nombre de classes promis, mais ce ne sont pas 4250 enfants qui les fréquenteront mais bien 2750, soit un recul de 35 %. C’est donc dire que pour chacune de ces places en maternelle 4 ans, les dépenses en immobilisations — 800 000 $ par classe, s’il s’agit de nouveaux locaux, et moins si on utilise une salle de classe vacante — grimpent d’autant, tout comme les coûts de main-d’oeuvre. Le ministre prévoit toujours de doter chacune ces classes d’un « duo de feu » formé d’une enseignante et d’une technicienne en éducation spécialisée, celle-ci à mi-temps.

Autre inconvénient pour le gouvernement caquiste : si cette tendance se maintient, l’objectif d’accueillir 50 000 enfants dans les maternelles 4 ans d’ici 2023 est compromis. Si rien ne change, il n’y en aura qu’un peu plus de 30 000 à l’échéance. Le ministre, qui trouve pourtant « encourageant » qu’autant de parents aient choisi d’envoyer leur rejeton de 4 ans à l’école, ne peut parler ici d’engouement sans miner sa crédibilité. On peut comprendre qu’il ne veuille pas inscrire l’échéancier de 2023 dans le projet de loi, ce que réclament, non sans malice, les partis d’opposition.

Or, paradoxalement, cette faible fréquentation peut être vue comme une excellente nouvelle. Durant les consultations sur le projet de loi 5 en commission parlementaire ce printemps, plusieurs groupes et experts avaient signalé que le ratio de 17 élèves par classe était trop élevé, citant en exemple les centres de la petite enfance (CPE) où ce ratio est de dix enfants de 4 ans par groupe.

L’autre conséquence, c’est que le développement au ralenti de la maternelle 4 ans atténuera l’effet déstabilisant sur les autres modes de services de garde qui doivent composer avec la perte d’une partie des enfants qui les fréquentent. Il faut rappeler que la promesse électorale de la Coalition avenir Québec portait sur la création de 5000 classes en cinq ans, un nombre qu’une fois au gouvernement, on a ramené, par réalisme, à 3000, un chiffre qu’on pourrait revoir à la baisse en fonction de la demande réelle des parents.

En commission parlementaire, Jean-François Roberge affronte non pas un duo mais un trio de feu, particulièrement coordonné, que forment les députées Marwah Rizqy, du Parti libéral, Christine Labrie, de Québec solidaire, et Véronique Hivon, du Parti québécois. Le projet de loi biffe toute mention de complémentarité entre la maternelle 4 ans et les autres services éducatifs préscolaires ; mercredi, les trois députées ont obtenu du ministre un amendement qui énonce que la consultation, qui doit avoir lieu avec le ministre de la Famille pour l’organisation de l’éducation préscolaire à l’école, « vise à assurer la cohérence » des différents services éducatifs.

Les députées réclament aussi que le ministre dépose un plan détaillé de déploiement des maternelles 4 ans, ce qu’il serait bien en peine de présenter. Pour l’heure, les places sont créées à la va-comme-je-te-pousse sans tenir compte des besoins : c’est l’existence de salles de classe vacantes dans les écoles, associées à la disponibilité d’enseignantes, qui détermine l’endroit où les nouvelles maternelles 4 ans sont offertes. En septembre, des classes de maternelle ouvriront leurs portes dans des écoles à moitié vides situées dans des localités affectées par le déclin démographique. Pour ces écoles, l’avènement de la maternelle 4 ans est salutaire.

Le ministre s’est engagé à dévoiler prochainement des données sur la provenance des enfants qui sont inscrits en maternelle 4 ans, tant pour les nouvelles places créées en septembre que pour les 644 classes déjà aménagées dans des écoles en milieu défavorisé. On ne sait si ces enfants proviennent des CPE, des autres services de garde subventionnés ou des garderies privées non subventionnées. Mais ce qu’il faut savoir, c’est combien parmi les 18 000 enfants qui ne fréquentaient aucun service de garde se retrouvent en maternelle 4 ans, puisque c’est eux que le gouvernement vise avant tout.

Associée à un développement conséquent de places en CPE, la maternelle 4 ans peut jouer un rôle complémentaire dans l’éducation préscolaire. Espérons que les embûches qui se trouvent sur le chemin du gouvernement Legault tempéreront providentiellement son obsession du « mur-à-mur ».

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3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 22 août 2019 01 h 27

    Moyenne et réalité

    «Mais ces classes seront plus petites : elles ne compteront que 11 élèves en moyenne plutôt que 17, comme le souhaite le gouvernement.»

    S'il s'agit d'une moyenne, cela veut dire qu'il y en aura qui compteront plus de 11 élèves et d'autres moins. Ce serait intéressant de connaître la distribution précise de ces classes. On sait que le maximum est de 17, mais on ne connaît pas le minimum. Or, la réalité risque de ne pas correspondre à la moyenne.

  • CPE CACHALOT STÉPHANE CADIEUX - Inscrit 22 août 2019 12 h 53

    2 enfants provenant de notre CPE

    Ici à Châteauguay, deux enfants de 4 ans ont quitté notre CPE pour les maternelles 4 ans.

  • CPE CACHALOT STÉPHANE CADIEUX - Inscrit 22 août 2019 15 h 36

    CPE Châteauguay et Mercier

    11 enfants ont quitté nos CPE (Patachou, Les Gnomes, Châteaug les adorable, Mamie Soleil, Tam-tam, Cachalot et les Lutins) pour la maternelle 4 ans pour la région de Châteauguay et Mercier.
    11 enfants pour uniquement 2 classes de maternelle 4 ans (une française et une anglaise). C'est lamentable !!!!