Diplômés étrangers: va-t-on tourner le dos à l’avenir?

En raison de leur expérience préalable au Québec, les diplômés et les travailleurs temporaires qualifiés « ont déjà amorcé leur processus d’intégration au marché du travail et à la société québécoise, ce qui en fait des candidats de choix à l’immigration permanente ».

Telle est l’affirmation faite par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion dans son document cadre sur la planification de l’immigration au Québec pour la période allant de 2020 à 2022. Il est difficile de réconcilier cet énoncé de principe avec la décision récente de Simon Jolin-Barrette de suspendre le Programme de l’expérience québécoise (le PEQ) jusqu’au 1er novembre.

L’annonce était enfouie dans la Gazette officielle la semaine dernière. Pour atténuer l’impact d’une décision indélicate, on ne peut choisir meilleur format, ni meilleure période de l’année. Le ministre titulaire de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion a fait des cachotteries inutiles aux citoyens et aux élus.

Le PEQ a été mis en place en 2010 par le gouvernement de Jean Charest, afin d’accélérer les démarches pour obtenir un certificat de sélection (la première étape menant à l’octroi d’une résidence permanente) pour les étudiants étrangers ayant obtenu leur diplôme au Québec et possédant une maîtrise du français parlé intermédiaire ou avancé. Environ 5000 diplômés sont passés par le PEQ pour demeurer au Québec l’an dernier.

La suspension du PEQ est marquée par l’incohérence. Le ministre Jolin-Barrette aurait dû faire part de ses intentions au moment où il annonçait, le 5 juillet dernier, un réinvestissement nécessaire de 70 millions dans les programmes incitatifs de francisation des immigrants. Au moins, il aurait fait face à la musique devant les médias. La stratégie de communication laisse pantois, d’autant plus que les raisons pour justifier la suspension du PEQ sont nébuleuses. Il s’agirait de favoriser un deuxième volet du PEQ, moins connu, visant des travailleurs étrangers temporaires, afin de contrer la pénurie de main-d’oeuvre, selon un porte-parole du ministère.

Ce raisonnement est spécieux. On voit mal comment il sera possible de résorber la pénurie de main-d’oeuvre en réduisant le bassin de candidats potentiels pour les quelque 120 000 emplois vacants. D’ailleurs, rien ne prouve que les emplois qualifiés, tout indiqués pour les diplômés du PEQ, seront comblés par les travailleurs immigrants. Oublions la pénurie de main-d’oeuvre un instant. Selon les dernières projections de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), il y aura plus de décès que de naissance au Québec à partir de 2030. La croissance de la population passera inévitablement par l’apport de nouveaux arrivants, à moins que le Québec veuille gérer son déclin.

Le ministre Jolin-Barrette ne cherche-t-il pas plutôt à atteindre coûte que coûte sa cible de réduction des seuils d’immigration ? Qu’accomplira-t-il en favorisant les travailleurs étrangers temporaires, soit de la main-d’oeuvre bon marché, et en envoyant sur une voie de garage les diplômés qualifiés ?

Le gouvernement Legault envoie un bien mauvais message aux étudiants étrangers qui seraient tentés de s’établir au Québec, sans compter qu’il plonge les diplômés actuels dans l’incertitude sur leur avenir. Il sape les efforts des universités et des employeurs qui cherchent à attirer et à retenir les talents étrangers. Il hypothèque son avenir en s’aliénant une clientèle recherchée non seulement au Québec, mais dans tous les États occidentaux qui transitent vers l’économie du savoir.

Le gouvernement Legault refoule les immigrants les plus prometteurs pour son destin. Ces étudiants contribuent au financement des universités et ils enrichissent la vie universitaire. Ils ont obtenu un diplôme reconnu au Québec, au terme d’un parcours qui les aura exposés au fait français, à ses institutions et à sa culture. Ils maîtrisent le français. Et ils veulent faire le choix du Québec ! Que leur faut-il de plus ?

Le gouvernement Legault a bien raison d’investir dans la francisation après des années de laisser-faire, et il est dans son droit d’adopter des politiques publiques qui favoriseront l’intégration des immigrants à la majorité francophone. Il oublie par contre que l’immigration ne peut se réduire à une affaire de quotas, de seuils et de tests.

C’est d’intégration des immigrants à la majorité francophone qu’il devrait se soucier, et celle-ci passe par deux vecteurs : l’éducation et le travail. Les étudiants internationaux qui bénéficient du PEQ possèdent déjà les bons ancrages de par leur formation et leur attractivité sur le marché du travail.

Comme le font remarquer Force Jeunesse, l’Union étudiante du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec dans notre page Idées, il n’y a pas meilleurs candidats à l’immigration que des jeunes formés dans nos universités et nos collèges, domiciliés au Québec et attachés par le fil invisible de l’amitié et des réseaux professionnels.

Simon Jolin-Barette a pris une décision à court terme, pernicieuse pour l’essor du Québec et son image. Personne ne le blâmera de reculer pendant qu’il est encore temps.

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31 commentaires
  • Jacques-André Lambert - Abonné 18 juillet 2019 02 h 12

    Étudiants étrangers. Universités québécoises anglophones.

    "Il n’y a pas meilleurs candidats à l’immigration que des jeunes formés dans nos universités et nos collèges, domiciliés au Québec et attachés par le fil invisible de l’amitié et des réseaux professionnels."

    En 2018, sur 42,390 étudiants étrangers, 28,755 ont fréquenté Bishop (409), McGill (11,144) et Concordia (7,202). (Alain Mélançon, "Le Québec attire de plus en plus d’étudiants internationaux", U. de Sherbrooke)

    Ainsi, la courte expérience québécoise de 68% des futurs diplômés universitaires internationaux s’est déroulée en anglais.
    Dans l’ouest de Montréal à 67%.

    Ça invite à une certaine prudence. Une coche au-dessus de l’approche "libérale", disons.

    "Le gouvernement Legault envoie un bien mauvais message aux étudiants étrangers qui seraient tentés de s’établir au Québec."

    Je considère plutôt qu’il envoie aux étudiants étrangers qui seraient tentés de s’établir au Québec qu’il ne suffit pas d’avoir obtenu un diplôme d’une université québécoise.

    S’ils ont fait le choix du Québec, qu’est-ce qu’il leur en coûte de faire valider leur familiarité avec les institutions et la culture québécoises et leur maîtrise du français?

    Quant aux autres (la minorité) qui ont fréquenté des universités francophones, la question ne se pose même pas.

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 juillet 2019 08 h 37

      "Le PEQ a été mis en place en 2010 par le gouvernement de Jean Charest, afin d’accélérer les démarches pour obtenir un certificat de sélection (la première étape menant à l’octroi d’une résidence permanente) pour les étudiants étrangers ayant obtenu leur diplôme au Québec ET POSSÉDANT une maîtrise du FRANÇAIS parlé intermédiaire ou avancé. "

      Vous semblez avoir oublié cette partie du texte.

    • Roux Robert - Abonné 18 juillet 2019 09 h 20

      Il y a incohérence dans les chiffres rapportés. La somme des étudiants par université donne 18755 et non pas 28755 ... Serait-il possible de déterminer l erreur car cela change passablement le propos , le pourcentage passant alors à un peu moins de 45% (ce qui n est pas négligeable pour autant)

    • Claude Richard - Abonné 18 juillet 2019 10 h 08

      Il me semble que s'il avait été un tant soit peu honnête (ou disons objectif, pour être poli) Brian Myles aurait dû mentionner ces faits. Qu'est-ce qui l'autorise à dire que ces étudiants (dans leur totalité laisse-t-il entendre) maîtrisent le français? Comme tableau complet on repassera. Comme plaidoyer pro-immigration sans nuances, nous sommes bien dans le Devoir d'aujourd'hui.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 juillet 2019 12 h 14

      Le programme est suspendu pour deux mois et demi.

      Il faudrait au moins savoir pourquoi. C'est un minimum qui s'impose. Mais aussi savoir ce qui'il adviendra des personnes dont le dossier aurait du être traité durant cette période.

      Pour des motifs élémentaires de transparence, ces précisions s'imposent et il revient au Ministère en cause de les fournir le plus tôt possible.

    • Jacques-André Lambert - Abonné 18 juillet 2019 14 h 22

      M. Robert Roux. Vious avez bien raison.

  • Daniel Leblanc - Abonné 18 juillet 2019 03 h 32

    Décision mal avisée.

    Décision mal avisée non seulement au niveau de la langue mais aussi au niveau économique.

    Comme vous le signalez ces immigrants formés sont plus aptes à occuper des emplois qualifiés dont on aura grand besoin dans le futur mais en plus même à court terme c'est une aubaine. Eduquer ces diplômés jusqu'à leur arrivée au Québec a coûté des montants énormes à leurs pays d'origine: on parle vite de millions et non de dizaines de milliers de dollars.

    Pourquoi se priver de tels montants pour répondre à des besoins de dépannage de court terme des entreprises.

    Lorsque l'on met ensemble le coût nul de la formation de ces diplômés et les retombées économiques futures notamment au niveau de l'impôt, il n'y a aucune comparaison économique qui tienne avec des programmes visant à répondre à des besoins de main d'oeuvre à court terme.

    Pour analogie, c'est le type de "deal " que Airbus a vite saisi avec la C série. Cette comparaison avec l'histoire récente devrait aussi faire réfléchir ce gouvernement. Les occasions de "bon-beau-pas cher" ou de "free lunch" ne se présentent pas souvent en affaire; si c'est bon pour les autres, pourquoi pas pour nous. Surtout que les autres économies occidentales commencent à ressentir aussi le choc économique de l'évolution démographique.

    Le dépannage est une chose, l'investissement une autre.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2019 09 h 59

      Le choc économique de l'évolution démographique vous dites? Est-ce que vous avez entendu parler de la 4e révolution industrielle de l’automatisation, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle? Que va-t-on faire avec tous ces gens qui n’auront pas de travail lorsque nous serons en période de récession? La moitié des gens risquent de perdre leur travail qui leur procure une dignité socioéconomique pour élever une famille d’ici 2030 (« les bonnes jobs »). Ils vont se recycler dans une industrie tertiaire des services? Misère.

    • Laure Neria - Inscrite 18 juillet 2019 13 h 02

      Mr Dionne, les étudiants en question sont très au fait de ces technologies et beaucoup sont spécialisés dans les domaines que vous nommez. Jusqu'à preuve du contraire ces machines ne se conçoivent et ne se fabriquent pas toute seule, ni les protocoles qui les accompagne, ni les études d'impact sur la société qui en découle, ni les questions ethiques, juridiques,économiques, philosophiques qui y sont liés. On parle là d'emplois à forte valeur ajouté dans de nombreuses sphères de l'économie. Ca prendra des spécialistes, des gens formés et éduqué à cela, ça tombe bien c'est la mission des universités ...

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 juillet 2019 07 h 15

    Au Québec, nous voulons de la transparence!

    Parmi les nombreux discours ça et là sur toutes sortes de sujet, il y a toujours un politicien qui essaie de nous en passer une petite vite! La méfiance est partout car la politique, ici comme ailleurs, apporte son lot de magouilles, de stratégies et de cachoteries qui sont parfois heureusement relevées! Pour terminer là-dessus, nous savons tous qu'il est préférable pour les élu(e)s d'agir quand les citoyens sont plus attirés par des activités extérieures en périodes estivales.
    Nous manquons partout au Québec d'immigrants! La situation devient chaque jour plus pénible pour tous les employeurs, les commerçants et tous ceux et celles qui ont besoin d'aide immédiate au risque de tout perdre! Bref, c'est plutôt le temps d'accélérer le processus d'intégration et de faciliter l'embauche de ceux qui ont déjà une expérience avec le Québec, comme ceux de la PEQ! Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond pour éviter une opportunité évidente? C'est quoi le problème Monsieur le Ministre?

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2019 09 h 46

      Ce quoi votre problème M. Leiffet?

      Vous êtes en conflit d'intérêt puisque vous êtes vous-même un immigrant de la première génération. C’est sûr que vous allez chanter les louanges d’une immigration qui est souvent non nécessaire et dénoncer un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple québécois. En 2019, l’immigration profite aux immigrants et non pas à la société d’accueil, filet social et chemin de Roxham obligent.

      Vous sombrez dans le mythe de l’immigration où la chambre de commerce veut une main-d’œuvre peu dispendieuse au salaire minimum pour ensuite les refiler à la société une fois que nous serons récession.

      Misère.

    • Laure Neria - Inscrite 18 juillet 2019 13 h 05

      @Cyril Dionne

      "dénoncer un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple québécois. " vous m'avez faite avoir un beau fou rire là.
      Dans le fond une seule peur vous habite : que des gens compétent viennent supplée à votre médiocrité, ce qui ne sera pas bien difficile quand on vous lit.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2019 17 h 09

      Chère personne qui se cache sous le nom de « Laure Neria »,

      Nous avons toutes les libertés ici, même celle de quitter si on n'est pas satisfait. De toute façon, on croit bien que c'est plus qu'une possibilité dans votre cas.

      Et non, ce pays est la terre de mes ancêtres depuis plus de 12 générations et comme le dit la première strophe de l’Ô Canada écrit par nulle autre, Adolphe-Basile Routhier, mis sur une musique de Calixa Lavallée, des Français d’Amérique de souche. C'est aux invités qui sont passés date de partir.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 19 juillet 2019 09 h 52

      Ah! une réaction à la Trump. Puisque vous n'aimez pas, vous pouvez retourner chez vous. Alors qu'on vous dit qu'on a choisi pour y vivre. Réaction cheap qui qualifie son homme.

      Par définition, la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple. Gouvernement pour les Québécois, c'est du fascisme.

  • François Beaulé - Abonné 18 juillet 2019 07 h 23

    Les véritables causes du déclin

    « à moins que le Québec veuille gérer son déclin », écrit le directeur du Devoir. Le Québec n'est pas d'abord son gouvernement mais plutôt sa population. Et le déclin de cette population serait causée par le manque de volonté des individus de se reproduire. En plus, ce qui n'arrange rien, le nombre d'enfants qui éprouve des problèmes socio-affectifs et d'apprentissage est en hausse. Non seulement les Québécois ne font pas suffisamment d'enfants pour maintenir leur population mais encore les qualités parentales sont en baisse. Voilà les véritables causes du déclin appréhendé. Que le directeur du Devoir n'a pas le courage ni la lucidité d'aborder. Il trouve plus facile de répondre à ce grave problème de société en misant sur la gestion de l'immigration, technocratiquement.

  • Michel Lebel - Abonné 18 juillet 2019 07 h 32

    Les ''petites vites''

    Un autre exemple d'incohérence de la CAQ! La main gauche ignore ce que fait la main droite. Et ce gouvernement aime bien jouer à la cachoterie et à en passer des ''petites vites''. Rien de bien édifiant et démocratique.

    M.L.