Discours inaugural: d’audace et d’amalgame

Dans son discours d’ouverture de la 42e législature, le premier ministre François Legault a égrainé les promesses qu’il avait formulées en campagne, en apportant parfois quelques retouches mineures. Les trois priorités de son gouvernement restent l’éducation, l’économie et la santé, dans cet ordre. Quant à la protection de l’environnement, il faut comprendre qu’elle sera tributaire du développement économique.

Dans le même paragraphe, François Legault a souligné le « grand défi économique » qui attend le Québec, soit de « rejoindre le niveau de richesse de ses voisins », et l’importance d’un autre défi. « La survie de notre planète est en jeu », a-t-il lancé sans ambages. « Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux. »

Ceux qui s’opposent systématiquement aux projets de développement versent dans les « discours idéologiques », estime le premier ministre. Son gouvernement, lui, n’a pas d’idéologie, a-t-il soutenu.

Le premier ministre n’a pas peur de recourir à l’amalgame, présentant le projet de troisième lien à Québec — essentiellement un tunnel et une autoroute reliant rive sud et rive nord à l’est — comme une avancée écologique. Certes, il n’a parlé que d’un tramway reliant les deux rives et de la possibilité d’enfouir les lignes de haute tension d’Hydro-Québec qui traversent l’île d’Orléans, ce qui, en soi, serait une prouesse technique. On peut croire que cette astuce politique ne saura convaincre les opposants au projet que l’étalement urbain est compatible avec le développement durable, opposants qui « ont décidé d’en faire un symbole idéologique anti-environnement », estime le chef caquiste. Quant aux autres, ils trouveront peut-être dans le plan esquissé de quoi se donner bonne conscience.

Pour le meilleur et pour le pire, on doit constater que François Legault a l’intention de respecter l’essentiel de ses promesses. C’est le cas de la prématernelle 4 ans, qui ne nuira pas, selon lui, au réseau des centres de la petite enfance (CPE). À ceux qui soulèvent les difficultés que représente la généralisation de ces nouvelles classes d’ici cinq ans, il répond qu’il s’agit d’un discours « fataliste » qui « manque d’audace et de fierté ».

Si on peut douter que l’audace viendra à bout de toutes les embûches, il faut voir d’un bon oeil le fait que le gouvernement caquiste place l’éducation en haut de sa liste des priorités. François Legault a évidemment raison d’affirmer que l’éducation est « le plus important facteur de bien-être, d’épanouissement et de richesse des individus, mais aussi des collectivités ». Il a énuméré une série de mesures concrètes pour améliorer la situation de l’enseignement primaire et secondaire et confirmé son intention d’augmenter le financement de l’éducation année après année. Le premier ministre a invité son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui doit tout de même avoir de plus amples ambitions, à « multiplier les petits gestes » pour améliorer le sort des enseignants qui seront, d’ailleurs, mieux payés en début de carrière.

En revanche, ceux qui comptaient sur des engagements précis pour l’enseignement supérieur resteront sur leur faim. L’éducation supérieure « est aussi un levier pour créer de la richesse », a souligné le premier ministre, qui a insisté sur « la nécessité de rapprocher les chercheurs et les entrepreneurs ». Voilà des orientations tout économiques pour nos universités.

Dans le discours de 26 pages, la culture ne mérite qu’un petit paragraphe, fait de clichés et dépourvu d’engagements.

Parallèlement à des dépenses accrues en éducation, mais aussi en santé, François Legault a confirmé que son gouvernement remettra « de l’argent dans les poches des familles » : augmentation des allocations familiales pour le deuxième enfant et les suivants, suppression de la majoration des tarifs de garde et taxe scolaire uniformisée à la baisse. Il restera à son gouvernement de démontrer que cette combinaison d’allégements fiscaux et de hausse des dépenses, associée au maintien de l’équilibre budgétaire, ne relève pas de la pensée magique.

Toutes ces promesses lancées en campagne électorale, que le premier ministre a l’intention de respecter intégralement, ne vont pas toutes dans le même sens. Amélioration des services publics et baisse du fardeau fiscal, troisième lien autoroutier et développement durable sont difficiles à concilier. Ce discours d’ouverture est certes sans fioritures, concret et terre à terre, mais réaliser tout ce qu’il contient est tout de même un défi. « Nous avons un adversaire redoutable : la peur. La peur de ne pas être capables. La peur de nous tromper », a-t-il affirmé. François Legault ne semble pas avoir froid aux yeux ; espérons qu’il ne se goure pas.

15 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 29 novembre 2018 01 h 00

    «Amélioration des services publics»?

    En réduisant les effectifs de 5000 personnes en plus des milliers de postes supprimés par le précédent gouvernement? La pensée magique est toujours au pouvoir...

  • Clermont Domingue - Abonné 29 novembre 2018 07 h 31

    Rêvons...

    Je crois que l'éducation ira en s'améliorant. Je pense que l'économie ira moins bien que souhaitée. J'ai peur que les vieux et les malades doivent compter davantage sur eux-mêmes et sur leurs proches,

    On peut rêver Ça coûte rien et ça remonte le moral.

  • Garance Beaulieu - Abonné 29 novembre 2018 08 h 02

    Le 3e lien: une avancée écologique !

    Bienvenue dans la nouvelle ère des faits alternatifs !

    • Christian Roy - Abonné 29 novembre 2018 21 h 37

      Au Caquistan, l'étalement urbain est une bénédiction pour l'environnement.

  • Bernard Dupuis - Abonné 29 novembre 2018 09 h 56

    Parlant de peur et d'audace

    On ne peut pas reprocher à M. Legault de manquer de projets. Il affirme qu’il ne faut pas avoir peur de ne pas être capables, peur de nous tromper. Et tout cela çà l’intérieur du Canada. Quelle audace! Pourtant, elle est là l’énorme peur de ne pas être capables, de nous tromper. Il me semble que M. Legault ne part pas du bon pied.

    Dire qu’il ne faut pas avoir peur, mais rester simultanément peureux, on peut appeler cela le mystère Legault. C’est la contradiction dans laquelle il entraîne inéluctablement les Québécois.

    Bernard Dupuis, 29/11/2018

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 29 novembre 2018 12 h 31

      M.B.Dupuis vous pointez bien le probleme : rester peureux et toutes les miseres qu'il
      entraine .....

    • Claude Richard - Abonné 29 novembre 2018 12 h 59

      Pour quelqu'un qui a retraité peureusement en renonçant à poursuivre l'objectif de l'indépendance, Legault n'a pas beaucoup de crédibilité quand il nous exhorte à ne pas avoir peur et à faire preuve d'audace. Il s'est mis bien à l'abri sous l'aile protectrice du Canada en reniant ses convictions jusque-là profondes. Tout le contraire de l'audace et du courage. Il veut faire des Québécois des gens riches mais soumis. Riches? Rappelons-lui qu'il n'a que la moitié du coffre d'outils. Quel peuple colonisé est devenu riche?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 novembre 2018 13 h 48

      M. Claude Richard écrit avec justesse:" Legault n'a pas beaucoup de crédibilité quand il nous exhorte à ne pas avoir peur et à faire preuve d'audace.". Pire encore, il n'a aucune solution à proposer pour dénouer l'Impasse constitutionnelle qui perdure depuis 1982.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 novembre 2018 08 h 45

      « Dire qu’il ne faut pas avoir peur, mais rester simultanément peureux, on peut appeler cela le mystère Legault. » (Bernard Dupuis)

      De ce « mystère », apeurant ou épeurant ?!?, seul un contre-mystère donnerait lieu de paravent et de surprises !

      En attendant, se prosterner ou …

      … rester debout !?! - 30 nov 2018 -

  • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2018 10 h 15

    Une seconde commission Parent?

    Si le gouvernement Legault avait été vraiment sérieux en matière d'éducation, il aurait mis sur pied un seconde commission Parent. Après les cinquante ans de la parution du rapport éponyme, le temps est bien mûr pour ce faire. Mais on agira plutôt avec des petites et moyennes mesures, à la pièce. Électoralisme et populisme exigent! Pour la vision globale, on verra...plutôt on passera.

    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université