Pas dans la cour des pauvres

Selon une étude de la Direction de la santé publique de Montréal, les joueurs qui fréquentent les salons de jeux de Loto-Québec — il en existe deux à l’heure actuelle, le premier à Québec et l’autre à Trois-Rivières — engloutissent chacun plus de 3000 $ par an aux jeux de hasard de Loto-Québec, une somme qui dépasse tous les autres types de clients de la société d’État. C’est d’autant plus préoccupant que ces salons de jeux sont situés à proximité de quartiers défavorisés.

Comme le rapportait Le Devoir jeudi, les clients des salons de jeux dépensent chacun 1000 $ de plus par an en moyenne que les joueurs qui sont rivés dans les bars à des appareils de loterie vidéo (ALV) et 2000 $ de plus que la clientèle mieux nantie des casinos.

Après un début laborieux, les salons de jeux connaissent du succès. Enfin, c’est une façon de parler, puisqu’à cette faveur grandissante correspond l’appauvrissement systématique d’une partie de ses clients parmi les plus vulnérables.

Depuis six ans, les recettes du salon de Québec, situé dans un centre commercial de Vanier, un des quartiers les plus défavorisés de la capitale, ont presque triplé. Dans la dernière année seulement, ses revenus ont bondi de 14 % pour atteindre 45,5 millions. Le salon de Trois-Rivières, plus modeste avec ses recettes de quelque 16 millions, a connu une croissance similaire.

Il faut dire que Loto-Québec, avec la bénédiction du gouvernement, n’a pas ménagé ses efforts pour doper les recettes de ses salons de jeux : on peut maintenant consommer de l’alcool en jouant, un guichet automatique y trône et des promotions de toute sorte contribuent à l’affluence.

Dans sa dernière étude intitulée « Les jeux de hasard et d’argent au Québec et en régions – Statistique de participation en 2018 », la Direction de santé publique (DSP) souligne que des avancées scientifiques ont démontré que les ALV et les jeux en ligne présentent des risques pour la santé des joueurs et leur qualité de vie. Elle a déjà documenté le fait que l’offre de jeux est généralement concentrée dans des quartiers où la population est plus vulnérable. Doit suivre sous peu une étude qui évaluera les préjudices que l’offre de jeux actuelle cause à la population.

Il y a deux ans, sous la pression des DSP, le ministre des Finances Carlos Leitão avait ordonné à Loto-Québec de retirer 1100 ALV des bars, pour n’en conserver qu’environ 9900 d’ici la fin de 2018. Les salons de jeux, qui abritent 535 machines, n’étaient pas touchés.

Loto-Québec se prive ainsi de revenus annuels d’un peu plus de 60 millions, somme qu’elle récupérera en grande partie. Le succès des deux salons de jeux lui procure 14 millions de plus, tandis que les jeux en ligne de la société d’État, dont les revenus ont crû de 80 % en deux ans, lui donnent 30 millions supplémentaires. Bref, ne subsiste qu’un manque à gagner d’à peine 17 millions.

C’est une somme minime par rapport aux revenus annuels qu’encaisse Loto-Québec grâce aux ALV, soit 900 millions. Ces insatiables machines comptent pour le quart de ses revenus, mais elles génèrent — ne l’oublions pas — 45 % de ses bénéfices. La DSP de Montréal estime qu’il faut aussi se méfier des jeux en ligne, qui peuvent entraîner leur lot de problèmes.

Engouffrer 3000 $ par an dans les machines des salons de jeux, c’est énorme pour un homme aux revenus modestes, la clientèle type de ces établissements. Même si cela contrecarre le plan d’affaires de Loto-Québec, trop efficace quand il s’agit de détrousser les pauvres gens, il est temps que le gouvernement y voie. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec a promis de déménager le salon de jeux de Québec dans le secteur touristique. C’est la chose à faire.

6 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 novembre 2018 01 h 05

    Faire de l'argent sur le dos des gens les plus vulnérables.

    Honte à nos gouvernements qui font de l'argent sur le dos des gens les plus pauvres et les plus vulnérables. Ce sont les contribuables qui se ramassent ensuite avec les dégâts en frais de santé physique et mentale de ces pauvres personnes accrochées aux jeux.

  • Gaston Bourdages - Abonné 23 novembre 2018 06 h 42

    Encourageons, insistons auprès...

    ...de monsieur Legault et de ses pairs pour qu'ils respectent leur engagement. Ils contribueraient ainsi à redorer l'image face au politique et faire mentir l'adage populaire à l'effet que « la politique, c'est du pareil au même avec toutes ses promesses non tenues » Huffington Post fait état de 86 promesses par les gens de la CAQ.
    https://quebec.huffingtonpost.ca/2018/10/02/promesses-electorales-coalition-avenir-quebec_a_23548417/
    Plus est, respecter et tenir une promesse c'est installer un barrage devant une autre éventuelle attaque du cynisme déjà trop présent, cynisme équivalent à stérilité.
    Quant à « la cour des pauvres » quoi y dire ?
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Hélène Lecours - Abonnée 23 novembre 2018 08 h 15

    La loto

    Ça fait longtemps que ça dure. Après les bingos, la loto et les machines à sous. Serais-ce l'Église qui a inventé les "jeux de hasard" ?

  • Clermont Domingue - Abonné 23 novembre 2018 10 h 50

    Les pauvres et l'espoir.

    Est-ce une bonne idée de démémager les jeux de hasard dans les quartiers touristiques? Ça leur coûtera plus cher pour aller jouer...

    Les pauvres s'achètent de l'espoir.... Doit-on essayer de les en priver?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 novembre 2018 11 h 00

    Une honte: «Amenez-les, on les fera soigner»

    Selon moi, la mission première et essentielle de l'État est auprès des personnes vulnérables et à leur égard, il ne devrait absolument pas, au moins, leur faire du mal: au moins, ne pas faire de mal. Malheureusement, il est malfaisant à leur égard, visant souvent les personnes les plus vulnérables à l'alcool, au jeu, au tabac et au canabis. L'on dira qu'il les soigne aussi, mais tout ne soigne pas. Dans le cas du jeu, le minimum serait qu'il ne localise pas les aires de jeu dans les quartiers urbains déjà défavorisés. Quelle estime aura un enfant pour l'État lorsque le comportement de ses parents les amènent à le priver de l'essentiel? On voudrait qu'il le méprise et on s'y prendrait identiquement.