Prix littéraire des collégiens: sous le rouleau compresseur

Sans tambour ni trompette, le Prix littéraire des collégiens s’est associé cette année à un partenaire financier qui, sur le fil fragile du milieu littéraire, fait figure de rouleau compresseur. Ce géant de la vente en ligne au rabais est nul autre qu’Amazon.

Annoncée jeudi en même temps que les titres des finalistes du prix littéraire, cette alliance a eu l’effet d’une douche froide. Des auteurs aux libraires, une chaîne du livre en émoi a dénoncé l’incursion à pas feutrés, dans le giron d’un prix chouchou, de ce géant planant sur la survie des petits joueurs indépendants.

Depuis ses débuts au tournant des années 2000, Le Devoir soutient le Prix des collégiens, dont le prestige n’a d’égal que la noblesse de sa mission : dans les suites du Goncourt des lycéens en France, il promeut la littérature québécoise auprès des étudiants des collèges, dans un alliage tout aussi rare qu’exemplaire d’éducation et de culture. Le Devoir savait-il que le géant Amazon, membre de la confrérie GAFA qui roule aussi sur notre industrie son compresseur à milliards, allait s’associer au Prix des collégiens ? Non. Nous l’avons appris alors que c’était chose faite. Mais qu’on se rassure : nous honorerons notre engagement de partenaire diffuseur, comme convenu.

Derrière cette « histoire de gros sous », quel symbole ! Un géant du commerce électronique accusé par les libraires de concurrence déloyale soutient un prix dont l’objectif est la circulation des oeuvres québécoises. L’association avec les cégépiens frappe l’imaginaire quand on sait que trois jeunes de 18-34 ans sur quatre ont acheté en ligne en 2017 — et que deux Québécois sur cinq magasinent sur Amazon une fois par mois au moins.

L’organisation n’a pas choisi le partenaire idéal, disons-le, ni non plus raffiné ses techniques de communication. Sa décision contrevient à sa mission et plonge le milieu du livre en plein malaise : le voilà contraint de dénoncer un prix qu’il affectionne.

L’union est on ne peut plus malheureuse. Mais peut-on reprocher au Prix des collégiens de chercher la pérennité là où les engagements financiers des joueurs essentiels manquent ? C’est dans les failles du désengagement de l’État que se posent les gros sabots des magnats du Web. Ils ont alors le champ libre pour revêtir l’habit du donateur et frapper où bon leur semble.

5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 novembre 2018 05 h 10

    À titre de consommateur, j'y porte aussi ma....

    ...part de responsabilités. Je suis libre d'acheter où je veux, de qui je veux. Des choix qui m'invitent aussi à être cohérent et faire en sorte que mes bottines suivent les babines. Il m'est très difficile de m'élever contre les ravages du néolibéralisme et, du même coup, encourager, par mes achats, « les gros sabots du WEB » ou autres entreprises contribuant au « Make America great again ! »
    Il existe tellement de sortes de vivre la prostitution.
    Comme vous utilisez, madame Chouinard, avec beaucoup de justesse, les mots « rouleau-compresseur », j'y fais du pouce pour, une autre fois, comparer le néolibéralisme à un rouleau-compresseur qui, à la vitesse de l'escargot, avance et écrase tout ou presque sur son chemin. Le carburant utilisé ? « Money talks ! »
    Faire le libre choix d'encourager nos libraires indépendants, c'est certainement aussi contribuer au « Make Quebec great again », ce Québec capable de grandiose, de superbe, d'immense, de magnifique, d'admirable. En sommes-nous conscients ?
    Je n'ai rien CONTRE « les gros sabots ». Je suis POUR NOS chaussures avec le prix, parfois, demandé.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages
    Saint-Mathieu-de-Rioux.
    P.S. Merci et félicitations à vous gens de devoir qui continuerez à « honorer votre engagement de partenaire diffuseur, comme convenu »

    • Gaston Bourdages - Abonné 14 novembre 2018 09 h 47

      Je vous offre mes excuses pour un impair commis dans mon commentaire. Lorsque j'.écris « Je suis POUR NOS chaussures », je pensais alors à cet important libraire Québécois qui, un jour interviewé, avait répondu, si ma mémoire m'est fidèle, que pour lui « vendre des livres...c'était comme vendre des chaussures » Convenons aussi qu'il y a corrélation entre sabot et chaussure.
      Gaston Bourdages

  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2018 07 h 36

    des destructeurs de cultures et de civilisation , un jour nous nous en rendrons compte, mais il sera trop tard

    sommes nous obligés d'être les victimes de ces géants qui n'ont qu'une chose en tête, le profit , allons nous un jour nous rendre compte qu'ils sont surtout des destructeurs de cultures et de civilisations, est ce que ca de l'allure que les maisons d'enseignement d'ouvre la porte a ces destructeurs

  • Julie Bouchard - Abonnée 14 novembre 2018 09 h 20

    la cible

    la vraie cible ce sont les fortunés québécois qui ne contribuent pas

    Amazon séduit mais il tient aussi son rôle de citoyen corporatif, même si je n’approuve pas ses methodes

    où sont les riches
    sont ils autre chose que des nouveaux riches?

    • Gilbert Turp - Abonné 14 novembre 2018 13 h 36

      Le modàèle de mécénat à l'amérique ne colle pas à notre réalité. Modèle Québécois oblige, l'État doit donner un signal. Quand l'État se désengage (ce qu'ont faits les libéraux avec tout ce qui touche au livre), les gens d'affaires se désengagent aussi.
      Je n'ai pas lu d'étude sociologique exhaustive sur ce sujet, mais mon expérience d'événements de levée de fonds pour la culture m'indique assez clairement que lorsque l'État s'engage, les gens d'affaires embarquent.