Une information vitale

Un traitement de chimiothérapie destiné à des patients atteints de cancer est-il efficace si 10 à 15 % de la dose prévue initialement s’est perdue en cours de perfusion ? À question vitale, réponse essentielle. Le ministère de la Santé du Québec ne peut pas faire l’économie d’un portrait de situation détaillé et d’une communication destinée à toutes les personnes concernées, patients et professionnels compris.

Les premiers soubresauts de cette histoire nous ont secoués en plein coeur de l’été : rapportée par CBC, une enquête menée par Cancer Care Ontario à la suite d’une anomalie détectée dans un hôpital de Mississauga a révélé que 1063 patients n’avaient pas reçu la dose recommandée de trois agents anticancéreux dans le cadre de leur traitement d’immunothérapie, ceci après défaillance du protocole de perfusion dans 28 établissements sur 74. Les professionnels ont été prévenus, de même que les patients, parmi lesquels 10 % ont dû subir une autre série de traitements. Un nouveau protocole d’administration de la dose fut mis en place afin d’éviter les pertes à travers la perfusion. Vue d’ici, l’enquête fut menée rondement et dans la plus grande transparence.

Au Québec, c’est le brouillard complet. Une seule certitude est tombée après les questions du Devoir : oui, des patients atteints de cancer ont reçu des doses incomplètes de leur traitement (chimiothérapie ? Immunothérapie ?), sans « effet négatif ». Combien de patients ? Quels médicaments ? Quels établissements ? Aucune de ces questions essentielles n’ont trouvé réponse satisfaisante, laissant aujourd’hui des milliers de personnes vulnérables, déjà soumises aux aléas de la maladie, rongées par un cran d’anxiété supplémentaire.

Le Québec a changé son protocole d’administration en août, mais ni les spécialistes ni les ordres professionnels n’ont été informés que des établissements avaient recensé des doses incomplètes. Quant à la déclaration « obligatoire » de ce type d’incident, la loi dispense de le faire quand « les conséquences ou leur niveau de gravité sont inconnus », ce qui semble être le cas ici. Quel apaisement de pacotille !

Les patients ne trouveront aucune sécurité dans les approximations servies en guise de réponse. Même si les risques sont quasi nuls et que rien ne permet de conclure à un vice de système, les malades sont en droit de savoir ce qui s’est passé. C’est un devoir de transparence élémentaire.

1 commentaire
  • Richard Le Blanc - Abonné 23 octobre 2018 08 h 00

    Chimiothérapie et DSQ

    Très peu de personnes au Québec sont au fait que l’Ontario a confié depuis longtemps à son agence de lutte contre le cancer, le Cancer Care Ontario (CCO), la responsabilité de développer l’équivalent de notre Dossier Santé Québec (DSQ). La conséquence est que le CCO possède dans ses banques de données à Toronto un registre actif et complet des incidence et prévalence des cancers ainsi qu’un registre en temps réel de toutes les chimiothérapies données en Ontario. Ce n’est donc pas une surprise que le CCO soit capable de sonner de telles alarmes. Rien de tel au Québec: pas de registre actif de tumeurs, pas de registre de chimiothérapies données, etc Il n’y a donc rien de surprenant que ni le MSSS, ni la Direction québécoise de lutte contre le cancer, ni l’AMHOQ ne répondent aux sollicitations des journalistes: ces instances ne pourraient pas fournir quelque statistique crédible que ce soit concernant le cancer ou son traitement au Québec. Troublant...