À toutes faims utiles

Dans la grande région de Montréal, 35 000 tout-petits se nourrissent grâce à l’existence des banques alimentaires, dont la popularité chagrine ne cesse d’augmenter, signe de grand besoin. Au Québec, et plus largement au Canada, les moins de 18 ans constituent plus du tiers des usagers de ces épiceries de la dernière ligne. Dans les écoles secondaires de Montréal, un élève sur deux commence sa journée avec un petit-déjeuner dans la panse, une statistique morose qui va de pair avec le fait que dans la métropole seulement, 11 % des ménages souffrent d’insécurité alimentaire, la pire prévalence au Québec.

Ces données font bien trop rarement les manchettes. Il a fallu que le premier ministre sortant Philippe Couillard glisse en campagne électorale sur une facture d’épicerie de 75 $ pour que, soudainement, entre un échange de recettes à saveur de rôti de porc ou de baloney, la pauvreté prenne l’allure d’un sujet d’importance, le temps d’une question. La soupe au caillou n’engraisse personne, ni même les sujets de débats politiques.

C’est dans une apparente indifférence que Montréal fait un geste louable en se dotant d’un Conseil du système alimentaire montréalais (SAM), ainsi que l’a annoncé mardi la mairesse Valérie Plante. Mme Plante poursuit là une action entreprise alors qu’elle était conseillère municipale. Cette initiative, jusque dans sa genèse — citoyenne —, porte la marque d’un changement possible. L’objectif est l’accès pour tous à une alimentation saine ; le mode d’action du Conseil-SAM est axé sur la concertation, avec une représentation mixte de membres issus des structures de pouvoir concernées et d’acteurs de la société civile. Ce maillage est annonciateur d’une vision d’ensemble ancrée sur la réalité et porteuse de changements concrets, si le conseil ne s’attarde pas trop dans les bras rassurants de la théorie.

La tâche est titanesque, si on l’aborde par le côté sombre de la lorgnette. Faire pousser des fruits et légumes dans la cour des moins nantis, enrayer le gaspillage, mettre en place des programmes d’agriculture urbaine dignes de ce nom, encourager les saines habitudes alimentaires, s’assurer d’un approvisionnement équilibré, d’une distribution efficace, le tout dans le respect des normes environnementales qui visent à réduire l’empreinte écologique. Se pourrait-il que Montréal agisse comme chef de file en matière d’alimentation durable ? La proposition est des plus appétissantes.

1 commentaire
  • Marguerite Paradis - Abonnée 18 octobre 2018 06 h 20

    PLATEAU MONT-ROYAL, RUE MARIE-ANNE, LOCATAIRES PAUVRES À LA RUE

    Quand la mairesse de Montréal et son équipe collabore aussi allègrement avec une promoteur pour évincer des locatairEs sans le sous, je ne pense pas que « la faim » soit sa préoccupation.
    Je vois plutôt de « l'infâmie »...