Les 50 ans du PQ: rallier les forces vives

Ce n’est certes pas dans l’allégresse que les péquistes soulignent les 50 ans de la fondation du Parti québécois, issu de la fusion du Mouvement Souveraineté-Association (MSA) de René Lévesque et du Ralliement national (RN), une formation de droite dirigée par l’ex-créditiste Gilles Grégoire. Deux semaines plus tard, le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), de Pierre Bourgault, un parti socialiste, se sabordait pour rejoindre le nouveau parti. On le voit : le PQ était une large coalition aux tendances divergentes et impétueuses à côté de laquelle la Coalition avenir Québec a l’air d’une sage chorale qui chante à l’unisson.

L’heure n’est donc pas à de festives célébrations pour les péquistes, dont le parti a obtenu son pire score de l’histoire en pourcentage des voix. De fait, les deux partis qui se sont partagé le pouvoir depuis 50 ans amorcent une difficile période de reconstruction. Du côté du Parti libéral, le directeur de la dernière campagne, Alexandre Taillefer, semble avoir quelques idées bien arrêtées sur le sujet ; dans le milieu des affaires, on dit d’ailleurs qu’on apprend bien davantage de ses échecs que de ses réussites. Au Parti québécois, la réflexion est d’autant plus vitale qu’elle doit porter non seulement sur l’avenir d’un parti, mais aussi sur celui du mouvement souverainiste.

Il serait présomptueux de notre part de proposer des solutions toutes faites qui régleraient d’un coup de baguette magique les sérieux problèmes du PQ, un parti plongé dans une situation qui nécessitera d’intenses réflexions et échanges. Allons-y toutefois de quelques observations.

D’entrée de jeu, mentionnons que les problèmes du PQ ne datent pas d’hier. Déjà, la défaite de 2014 avait fait dire à bien des péquistes, comme Alexandre Cloutier, que le parti devait être reconstruit et son programme, réécrit. Et Jean-François Lisée a fait la preuve que la solution ne passe pas par des stratégies fines où l’option souverainiste est mise sous le boisseau et son actualisation, reportée à des calendes plus ou moins grecques.

Les mouvements d’indépendance nationale s’appuient sur les forces vives d’une société. C’était évidemment le cas dans les années 1970, où le PQ de René Lévesque incarnait un mouvement social et culturel, un projet de société résolument progressiste. En Écosse, par exemple, le Scottish National Party a rallié les écologistes, les féministes, les pacifistes, et il se présentait comme le parti anti-austérité, supplantant dans ce rôle le Parti travailliste. L’indépendance se fait avec les progressistes et non pas avec les réactionnaires.

L’identité du peuple québécois fait forcément partie de l’équation : si nous étions « Canadians first and foremost » comme la majorité des citoyens de la fédération, l’enjeu de l’indépendance ne se poserait évidemment pas. Mais les questions identitaires ne doivent pas occulter le fait que le projet porte sur la liberté politique d’une nation pluraliste. Le PQ a commis une grave erreur en insistant sur le caractère identitaire de sa charte des « valeurs québécoises », tentant d’exploiter les sentiments chauvins et xénophobes d’une frange réactionnaire de la population sous le couvert d’une défense de nobles principes républicains. Trop radical, ce projet de charte, qui divisait l’électorat, n’a fait qu’éloigner des citoyens — des jeunes, en particulier — de l’option souverainiste.

Si l’accession à l’indépendance est l’affaire des forces vives d’une nation, le PQ, pour assurer son avenir, doit pouvoir les rallier. Ses orientations clairement sociales-démocrates ne devraient pas l’en empêcher. Nous croyons aussi que le PQ, avec son programme, est davantage en phase avec la population que Québec solidaire, dont le programme exhale des relents marxistes-léninistes dès qu’on s’en approche de trop près.

Or, la liberté politique du Québec n’a plus la cote.

L’indépendance n’est plus essentielle quand il s’agit de se réaliser sur le plan individuel ici ou ailleurs sur la planète. Pour certains, il y a quelque chose de satisfaisant à vivre chacun pour soi dans un « État post-national » qui n’a pas d’identité propre, comme l’a affirmé Justin Trudeau, citoyens du monde transportés par une utopie mondialisée, partisans d’un cosmopolitisme apolitique.

Un jour ou l’autre, nous en reviendrons. Et comme la question nationale demeure irrésolue, le projet indépendantiste demeure pertinent. Le PQ n’a d’autre choix que de le porter avec détermination. Même si rallier à nouveau les forces vives de la nation représente une énorme tâche tant pour le parti fondé par René Lévesque que pour l’ensemble du mouvement souverainiste.

83 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 13 octobre 2018 00 h 49

    Journal ou organe d'un parti?

    « Québec solidaire, dont le programme exhale des relents marxistes-léninistes dès qu’on s’en approche de trop près.»

    Cet éditorial porte sur le PQ, mais l'auteur n'a pas pu se retenir, tel son dernier chef (du PQ et de l'éditorialiste, semble-t-il), de vomir sur QS en inventant un homme de paille qui lui évite de se poser la question pertinente en la matière : le PQ, qui a renoncé lors de la dernière campagne de parler de sa raison d'être, l'indépendance, en est-il encore le vaisseau amiral, ou ce statut doit-il être transféré à QS, ou, à tout le moins, être partagé entre ces deux partis?

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 octobre 2018 10 h 26

      Je suis d'accord que «L’indépendance se fait avec les progressistes et non pas avec les réactionnaires.» Par contre, je ne suis pas d'accord que la Charte des valeurs a divisé les Québécois. Au contraire, les sondages démontrent une majorité de francophones, incluant les immigrants, 81% favorisaient la laïcité de l'état et de ses agents.
      Il faut arrêter de démoniser les principes progressistes des Lumières en les appelant «des valeurs identitaires». Ce ne sont pas des valeurs identitaires du tout. La plupart des immigrants s'inscrivent dans ces valeurs universelles de la neutralité qui sépare la religion de l’État pour garantir la paix sociale.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 octobre 2018 17 h 01

      Je partage votre approche.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2018 22 h 59

      "Je partage votre approche." CB - vous adressez-vous à M. Jodoin, à Mme Alexan ou aux deux.

    • Yann Leduc - Inscrit 13 octobre 2018 23 h 07

      ll y en a pour tous les goûts au Devoir. Si vous cherchez de la propagande QSiste au Devoir, je vous suggère de lire Mme Francine Pelletier.

      Le PQ a une grande part de responsabilité dans l'échec de la gauche indépendantiste, M. Dutrisac ne manque de le souligner dans son texte. Quant à QS, il a de beaux idéaux en général, mais après 12 ans d'existence, force est de constater qu'il n'a pas trouvé le moyen de les mettre en pratique, par sectarisme, par manque de pragmatisme, en refusant tout compromis, en refusant de s'allier avec le PQ. Avec 10 députés à l'Assemblée, on se condamne à la maginalité, aux bons sentiments, à la symbolique et à l'impuissance politique.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 octobre 2018 11 h 26

      M. Labelle, je signifie mon partage à Mme Alexan.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 octobre 2018 21 h 38

      Madame Alexan extrapole librement sur le sens de la question à laquelle le 81% en question a répondu. Entre autres.

  • Claude Bariteau - Abonné 13 octobre 2018 06 h 02

    L'indépendance offre plus d'outils pour relever les défis de l'environnement.

    Artisan de la révolution tranquille, Lévesque fonde le PQ pour hausser les pouvoirs du Québec. Il ne prône pas l’indépendance, mais des membres du RIN, plus indépendantistes sociaux-démocrates que socialistes, se joignent au PQ, ce qui explique l’article 1 et les pirouettes autour.

    Après 1982, le PQ se scinde entre indépendantistes et protectionnistes des acquis du Québec. Le pacte Lévesque-Mulroney, repris par Bourassa, est sans résultat. Parizeau, de retour au PQ, prône alors l’indépendance comme alternative à la «souveraineté partenariat» définie dans le rapport Campeau-Bélanger. Le référendum est négatif.

    Redevenu protectionniste, le PQ piétine. Les résultats de 2018 révèlent que la protection est l’affaire de la CAQ et que l’indépendance est devenue celle de QS après la fusion d’ON. D’où se pose aujourd’hui sur quoi le PQ doit se brancher pour rebondir. Sur l’identité ? Sur l’indépendance nationale ? Sur les forces progressistes ? Sur les jeunes ? Sur le peuple ? Sur une nation pluraliste ?

    Se brancher sur le passé, l’identité ou une nation imaginaire est sans issue. Se brancher sur la population mobilisée qui a fait du Québec sa patrie est incontournable mais encore faut-il naviguer avec un cap à atteindre. Lévesque et Parizeau en avaient dans des contextes précis. D’ici peu, l’environnement sera le problème le plus préoccupant.

    Se pose alors la façon, au Québec, de l’aborder. Un pays en a plus qu’une province et ses habitants s’y investiront d'avantage s’ils le créent, contrôlent les choix politiques et s’associent aux pays qui s’investissent pour stopper les dérives actuelles.

    C’est ni une question nationale ni une question de gauche ou de droite, mais un enjeu politique. Il exige de préciser les contours du pays et la façon d’aborder les problèmes de l’environnement. Si les membres s’y refusent, le PQ disparaîtra. Naîtra-il un autre parti ? Probablement.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 13 octobre 2018 10 h 57

      Moi, je mise d'abord sur les forces vives; ce sont ces personnes qui sont bien informées sur l’état du mouvement idépendantiste et qui ont participé à son développement. C’est dans ce bassin de personnes que l’on peut recruter ses meilleures force vives. Ce n’est pas par hasard que des personnes se lient d’amitié, mais parce qu’elles croient et soutiennent sa mission et ses projets en voie de réalisation.

      Ce sont ces personnes qui sont présentes lorsqu’un que le mouvement subissait des moments difficiles. Elles continuent d’appuyer le mouvement malgré une situation précaire. Ce sont vers ces gens que nous devons nous diriger pour surmonter des obstacles. Ces gens observent avec une certaine distance  : ils sont les meilleurs conseillers, et ils voient des choses qui peuvent échapper aux dirigeants du mouvement. Ils constituent l’actif le plus important.

      La prospection d’un marché s’effectue avec méthode, ténacité et persévérance ... sans jamais se lasser. Faire de la prospection, c’est préparer patiemment une liste toujours accrue de membres potentiels et se renseigner sur eux avant de les recruter. La prospection n’est jamais terminée, parce que, constamment il se développe des membres potentiels nouveaux.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 13 octobre 2018 11 h 36

      Parfois on se laisse bercer(sic) par des mots qui n'ont de signifiance que dans la bouche de celui qui les a émis.
      Parfois c'est surtout de l'insignifiance que l'on retrouve tout azimut...D'ici peu dites-vous ce sera l'environnement qui sera le plus préoccupant...C'est depuis plus de100 ans que le Monde est entré dans l'ère industrielle qui le condamnait déjà.... à s'en préoccuper.Ce n'est pas un PARTI POLITIQUE (peu importe son sigle) qui réussira à mettre du bon sens dans la tête de chaque humain. Ce sont des politiques, des lois, des règlements générés par le bon sens...cartésien ,la connaissance...intrinsèque et l'imputabilité... de personnes morales qui ont à coeur le bien être de tous et chacun... qui prévaudront. Mais comment les reconnaître? Là est la question ! En attendant, c'est à chacun d'entre nous de faire sa réflexion...et ça presse. Se contenter du moindre de deux, trois ou quatre maux...c'est l'insignifiance portée à son comble.

    • Raynald Rouette - Abonné 13 octobre 2018 12 h 27


      M. Bariteau,

      Je vous invite à lire le texte de Pierre Vadeboncoeur paru dans L’Action nationale en mai 2006, ayant pour titre « Dérapages ». Il explique en quoi la fondation de QS est nuisible tant au PQ qu’au Bloc. Il dit en gros que QS ne remplacera pas un parti qu’il a contribué à éliminer. Il avait prédit en détails la situation qui prévaut aujourd’hui pour le mouvement indépendantiste.

      Ce texte est parmi d’autres dans un livre du même auteur sous le titre « Les Grands Imbéciles », aux éditions Lux.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 octobre 2018 14 h 59

      M. Sévigny, la question de l'environnement est sur la table depuis plus de 40 ans et les idées mises de l'avant visent à modifier, comme vous le dites, les effets corrosifs de l'ère idustrielle par d'autres façons de produire et d'utiliser des biens.

      Vous dites que ça prend des politiques, des lois, et cetera. Je ne pense pas autrement. Pour qu'elles prennent forme, il faut plus que de la bonne volonté. Il faut des partis politiques qui s'activent dans cette direction au sein d'États qui détiennent des leviers qui se retrouvent seulement dans les pays, car ce sont des partis et des États qui sont avec le temps devenus complices des dérives qui font que la question de l'environnement est devenue incontournable.

      J'ajoute seulement qu'au Québec ces leviers ne sont pas présents et qu'une province est limitée dans ses actions et dans ses ententes avec d'autres pays qui s'alignent pour infléchir la tendance lourde bien documentée par M. Shields du Devoir. L'exemple de la Californie en témoigne. C'est un État qui marche dans la bonne direction alors que les États-Unis s'y refusent. M. Blomberg le sait. Il veut que les États-Unis changent de cap et entend prendre la direction du Parti démocrate pour changer l'alignement Trump.

      La réflexion est déjà en cours et il presse, à mes yeux, de s'investir avec une approche qui ait des incidences porteuses au Québec en s'arrimant aux travaux, recherches et activités qui poussent dans cette direction.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 octobre 2018 16 h 07

      Mme Sévigny,

      Si seulement l'ère industrielle de la première et deuxième révolution étaient en cause, on aurait pu y remédier. Ce qu’on occulte trop souvent, c’est que la population mondiale a presque quintuplé durant les 100 dernières années. Nous sommes passés de 1,6 milliards en 1900 à 7,5 milliards aujourd’hui. Nous ajoutons plus de 100 millions d’humains à toutes les années. Le véritable problème avec les changements climatiques est la surpopulation. Les produits fossiles et l’industrialisation ne sont que les « accélérateurs » à notre situation précaire. Ajoutez à cela, l’espérance de vie qui est toujours grandissante et vous avez la recette pour la fin de l’homme sur la terre avant 2060 comme l’avait prédit un certain Isaac Newton.

      Mais vous avez raison de dire que « ce sont des politiques, des lois, des règlements générés par le bon sens...cartésien, la connaissance...intrinsèque et l'imputabilité... de personnes morales qui ont à cœur le bien être de tous et chacun... qui prévaudront ». Mais on semble connaître une certaine pénurie de ces gens durant cette époque de l’hyper-individualisme. Les partis politiques ne sont que les véhicules pour parvenir à l’indépendance. Et avec un parti de marxistes/fédéralistes révolutionnaires à l'extrême gauche comme QS, on n’est pas sorti du bois. Dans une ère des citoyens du monde et de nulle part et de la mondialisation à tous crins, on doute que les jeunes soient prêts à s’émanciper et à ne jamais se défaire de l’étiquette de « Tanguy ». Le Canada multiculturaliste anglo-américain ne parle pas français et tout ce qu’il veut, c’est d’assimiler ce qui reste de français d’Amérique au nord-est du 45e parallèle.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2018 22 h 54

      Un Québec avec tous les pouvoirs a plus d'outils qu'un Québec qui n'a pas tous les pouvoirs. Personne ne le niera.

      Rien ne garantit toutefois que le Québec aura toujours de meilleures politiques environnementales que les autres provinces ou le gouvernement fédéral pendant l'éternité. Par exemple, pour des raisons d'égoïsme clientéliste, le gouvernement du Québec a appuyé la production d'amiante - et le Bloc, pour justifier son existence malgré qu'un gouvernement non-souverainiste soit au pouvoir au Québec interprète les "intérêts du Québec" comme l'appui à tout ce qui vient du gouvernement du Québec, que ça soit bon ou mauvais, sans égard à la valeur de la politique elle-même. Quant à la CAQ, elle était prête à monnayer Énergie Est.

      Par contre, il est clair que la question environnementale n'a que faire des frontières - qu'une approche fédérale permet une concertation plus globale et mieux intégrée. Ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas fait que ceci est faux. De même que ça n'est pas parce que le Québec a certains pouvoirs qu'il s'en prévaut assez ou les exerce bien. En fait, très idéalement, une fédération mondiale serait mieux équipée pour faire face à la mondialisation de l'économie - et pour se diviser les tâches ou participer de façon commune à l'effort nécessaire sans précédent que l'on devrait faire pour combattre ce qui nous menace, non seulement les GES, mais l'épuisement des ressources, la disparation des forêts et la diminution exponentielle de la biodiversité, entre autres.

      Par exemple, l'indépendance du Québec ne peut pas convaincre l'Alberta de renoncer aux sables bitumineux. On peut juste ne pas y penser parce que nous ne ferions plus partie du même pays, c'est tout. Détourner le regard ne change rien à l'objet non-regardé.

      Une culture politique qui implique une participation plus large dans un plus grand nombre augmente bien sûr le degré de difficulté - mais en même temps, il s'agit d'un défi plus grand de maturité politiqu

    • Claude Bariteau - Abonné 14 octobre 2018 11 h 36

      M. Labelle, l'indépendance du Québec ne convraincra pas l'Alberta de renoncer aux sables bitumineux. Évidemment. Mais le Québec peut renoncer à l'achat de ce pétrole, investir dans les énergies nouvelles et faire partie de la fédération mondiale, ce qui, province, se ferait sous l'égide du Canada s'il s'y associe.

      La lutte à livrer ppur le Québec a plus de chance d'avoir des effets sur l'Alberta hors du Canada plutôt qu'au sein du Canada, mais aussi en association avec des pays qui font de cette lutte une priorité tout en conservant des liens avec les groupes qui mênent ces luttes au sein des pays récalcitrants.

    • Claude Coulombe - Abonné 14 octobre 2018 13 h 02

      @Cyril Dionne Tout à fait d'accord. La crise environnementale est beaucoup une crise démographique. Cela semble un sujet tabou. Pour comprendre le mur dans lequel nous fonçons, il suffit de réfléchir deux secondes à l'absurdité d'une croissance économique exponentielle dans un système fermé comme la planète Terre avec 7,6 milliards de bonhommes / bonnesfemmes à bord. Juste en biomasse, l’humanité fait plus de 10 fois la masse de tous les animaux sauvages terrestres réunis. Cela fait beaucoup de monde à nourrir avec, en plus, 4 milliards de gros animaux d’élevage.

      Pour aggraver le tout, les changements climatiques représentent une menace pour l'approvisionnement en nourriture. C'est sûr, les riches mangeront à leur faim, mais les pauvres risquent de souffrir de la famine. Sans compter les migrations massives et les conflits qui pourraient en résulter.

      Malgré que la population mondiale devrait se stabiliser autour de 10 milliards de personnes, il faudra envisager la décroissance, probablement par attrition (i.e. non remplacement des générations). Signe encourageant, c’est ce que l’on observe dans les pays développés.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2018 13 h 27

      "Mais le Québec peut renoncer à l'achat de ce pétrole, investir dans les énergies nouvelles" dans le Canada ou non. Il a fait bien peu jusqu'à date dans le cadre des pouvoirs qu'il a déjà - on ne sait pas d'avance quelles politiques adoptera un gouvernement québécois indépendant. Le plus important, c'est d'avoir les bonnes politiques. Le Canada n'est pas, par essence, un état pétrolier et n'est pas condamné à l'être pour l'éternité. Il faut distinguer une conjoncture temporaire des systèmes à long terme.

      "La lutte à livrer ppur le Québec a plus de chance d'avoir des effets sur l'Alberta" ... parce que?

      Si l'Alberta était pour diminuer ou maintenir sa production, cela serait un sacrifice pour elle - dans de meilleures conditions et avec des gens plus solides, elle pourrait se laisser convaincre - et tout le Canada devrait participer à ce sacrifice - l'indépendance du Québec n'apporterait rien à cet égard. De plus, nous, comme la Colombie-Britannique, avons beaucoup plus de poids sur l'Alberta à l'intérieur de la fédération qu'à l'extérieur. Enfin, nous avons le droit de vote au fédéral...

    • Claude Coulombe - Abonné 14 octobre 2018 13 h 33

      @ Raymond Labelle Vous avez raison, la crise environnementale est évidemment un problème à l'échelle planétaire. C'est comme pour les paradis fiscaux, la solution passe par une concertation mondiale. Cela ajoute à la difficulté du problème.

      Cela dit, il n'y a pas de contradiction entre avoir un gouvernement mondial ou du moins des Nations Unies efficaces et l'existence de petits états comme le Québec, l'Écosse ou la Catalogne, surtout pour des raisons culturelles. Un peu comme la vie sur Terre est organisée en écosystèmes eux-mêmes constitués de systèmes interdépendants de populations et d'espèces vivantes. La biodiversité est essentielle au bon fonctionnement des écosystèmes. Les animaux et les plantes sont eux-même constitués d'organes qui sont des assemblages de cellules spécialisées... etc.

      Il peut très bien avoir plusieurs niveaux d'organisation. Les Nations Unies, les grands blocs économiques, les fédérations de pays et les provinces, les régions, les villes et villages plus ou moins autonomes et interdépendants. Tout cela devrait être très organique et d'une grande diversité.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2018 16 h 48

      À M. Coulombe. Le fédéralisme offre la possibilité d'un meilleur moyen d'intégration et de coordination des politiques que la multiplication des états indépendants - et le fédéralisme prévoit aussi des pouvoirs aux entités qui le constituent mais peut-être ne faut-il pas trop mettre l'accent sur cette question.

      Le plus important est de bien se coordonner et d'adopter les bonnes politiques, d'une manière ou d'une autre.

      Toutefois, étant donné l'urgence de la situation, investir ses énergies dans la dissolution d'un État fédéral et la création d’un État, qui n'est pas une tâche si simple et qui est très distrayante, ne me semble pas un bon investissement de temps et d'énergie.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 13 octobre 2018 06 h 04

    EXCELLENT TEXTE.

    "vivre chacun pour soi dans un « État post-national » qui n’a pas d’identité propre, citoyens du monde transportés par une utopie mondialisée, partisans d’un cosmopolitisme apolitique."

    Voilà exactement l'idéal qu'on nous propose, aujourd'hui, de la droite néo-libérale jusqu'à la nouvelle extrême-gauche obsédée par les droits individuels des "racisés".

    Ce qui fait que le mot "identitaire" est devenu l'insulte la plus méprisante à lancer, un amalgame généralisateur étant sous-jacent avec tout ce qui existe de plus réactionnaire, raciste, extrémiste de droite, quand ce n'est pas nazi. À noter la contradiction interne de ce discours, qui voue aux gémonies l'identitaire des majoritaires, mais prend systématiquement la défense de la moindre parcelle identitaire des minoritaires.

    Au Québec, tous les progrès sociaux ont pu être réalisés sur la base du concept de "droits collectifs", dont les jeunes générations n'ont jamais entendu parler.et qui leur passe 100 pieds par-dessus la tête.

    La survie du PQ, si elle doit avoir lieu, paasera forcément par une revitalisation de ce concept. La survie de l'humanité aussi, puisque sans lui, il n'existe aucune chance de faire face au défi écologique.

    • Christian Aubry - Abonné 13 octobre 2018 13 h 19

      Je ne conteste pas votre analyse concernant "la droite néo-libérale", M. Thibaudeau, mais elle me semble infondée en ce qui concerne «la nouvelle extrême-gauche obsédée par les droits individuels des "racisés".»

      1) D'où vous vient cette idée que QS (puisque c'est ce parti que vous visez) prône le "chacun pour soi", alors qu'il s'affiche comme "solidaire"?

      2) Et en quoi prônerait-il un "État post-national" alors que, contrairement au PQ, il propose de lancer "une démarche d’assemblée constituante dès son arrivée au pouvoir"?

      3) Vous pouvez supprimer les guillemets entourant le terme "racisé" puisqu'il a officiellement fait son entrée dans le dictionnaire Le Petit Robert (édition 2019): «Personne touchée par le racisme, la discrimination.» Malheureusement, dans la mesure où le consensus scientifique actuel rejette les arguments biologiques susceptibles de légitimer la notion de race, il a toute son utilité dans le débat public.

      4) Le terme "identitaire" est évidemment le corrollaire du précédent. Toujours selon le consensus scientifique actuel, la stigmatisation des personnes racisées s'appuie en effet sur "une représentation arbitraire selon des critères morphologiques, ethnico-sociaux, culturels ou politiques, comme les identités" (source: Wikipedia).

      Les identitaires sont donc ceux qui décident arbitrairement de l'identité des peuples. Que ce terme soit chargé de mépris et d'amalgame n'est certes pas propice à l'élaboration d'un débat raisonnable. Ceci dit, revisitez les archives de la dernière campagne électorale et vous constaterez une dérive tout aussi regrettable du côté des puristes de l'identité québécoise.

      En stigmatisant avec mépris la «gogauche» et, plus récemment, l'extrême gauche, de nombreux péquistes ont cédé eux aussi à un amalgame réducteur et abusif, assimilant injustement le mouvement solidaire aux dictatures communistes, cellules révolutionnaires trotskistes et autre Cinquième Colonne prenant le Québec d'assaut, couteau entre le

    • Jean Thibaudeau - Abonné 13 octobre 2018 16 h 28

      Christian Aubry
      Ce n'était pas seulement QS que je visais, mais toute l'extrême-gauche occidentale (ex. le PIR en France), et malheureusement, une bonne partie de la gauche tout court (dont Michel Onfray dit qu'elle n'existe plus en France depuis 1983).

      Ça ne vous a pas frappé, au cours de la dernière année, comment QS, Valérie Laplante, Philippe Couillard et Justin Trudeau ont tenu le MÊME langage multiculturaliste à chaque fois qu'il était question des signes religieux? Comment ils défendaient les valeurs et pratiques religieuses (même les plus réactionnaires) avec les MÊMES accusations de racisme et d'exclusion, sous le MÊME couvert de la préservation des droits INDIVIDUELS des membres des minorités?

      Ce discours dépasse d'ailleurs les seuls partis politiques. Planning familial, en France, qui ne condamne l'excision que du bout des lèvres, et notre propre FFQ (devenue la Fédération des LGBT et des femmes racisées exclusivement), à qui il a fallu tordre un bras pour réagir au décès de Lise Payette, sont sur la même longueur d'onde. Le président du syndicat des enseignants vient de se lancer en guerre contre la laïcité (sans demander à ses membres ce qu'ils en pensaient)...

      Ça fait un an que j'essaie de comprendre comment il pouvait se faire que tout ce beau monde se retrouve dans le même lit sans que ça les dérange, apparemment. J'en suis venu à conclure qu'ils mesurent TOUS le progrès à l'aulne exclusif des LIBERTÉS INDIVIDUELLES. Celles des riches pour les premiers, celles des minorités pour les seconds.

      La désaffection envers le PQ s'explique par bien des facteurs, mais certainement l'un des plus importants a été l'incapacité de ma génération à transmettre la notion de bien collectif à leurs enfants-rois. Aujourd'hui, à gauche comme à droite, ceux-ci ne pensent plus que comme des INDIVIDUS-ROIS.

      Dommage pour les valeurs universalistes, dommage pour le progressisme.

    • Raymond Labelle - Abonné 13 octobre 2018 22 h 57

      Le concept de "collectif" implique aussi de dépasser ses intérêts régionaux ou ethniques ou identitaires pour voir plus grand.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 octobre 2018 09 h 49

      @JT Un super exposé magistral interactif ....que vos deux derniers commentaires (06:04 et 16:28) . Tout le monde devrait comprendre...
      Comme je le suggère souvent, ils devraient faire l'objet /faire partie d'un cursus scolaire tant au secondaire qu'au collégial ...là où les jeunes d'aujourd'hui "se noient" dans un monde virtuel à outrance...celui, comme vous le dites si bien, des individus-rois.
      S'il y a des enseignants/professeurs " à l'écoute" présentement....pourquoi ne pas les utiliser ? Il y a sûrement moyen de leur faire place.

  • Gaston Bourdages - Abonné 13 octobre 2018 06 h 25

    Par où commencer après vous avoir lu monsieur Dutrisac ?

    « L'indépendance se fait avec les progressistes et non pas avec les réactionnaires » encore que ceux-ci sont nécessaires pour aiguillonner le statut quo, pour ébranler certaines consciences « dormant sur la switch » ( s'il vous plaît de me l'excuser ).
    «....quelque chose de satisfaisant à vivre chacun pour soi....qui n'a pas d'identité propre » Quelle lucide lecture que la vôtre monsieur Dutrisac ! Votre analyse me dérange, m'invite à dire que cet état d'absence d'identité est un drame. Je m'en fais une image « Seul, je déambule dans la foule, sans but précis autre que celui de suivre la masse toute aussi anonyme, cette populace décrite l'autre jour par, je pense, monsieur Jean-François Nadeau, cette foule sans repères. Au gré de je ne sais quoi je me laisse voguer, habité par la morosité, le désabusement. Le cynisme n'a même plus d'emprise sur moi. Le vide m'habite, le vide me ronge sauf que je l'ignore, À petits feux je meurs. Encore là sans m'en rendre compte »
    En sommes-nous rendus là ? Si oui pourquoi ? Si oui, comment en sommes-nous rendus là ? Que s'est-il passé ? Ai-je perdu la foi en moi, foi dans les autres, foi dans la vie, foi dans ce qu'elle porte de beau, foi dans ce qu'elle nous offre ?
    J'aime monsieur Dutrisac, au plus haut point votre « Un jour ou l'autre nous en reviendrons » Quand ? Après que nous aurons assez souffert de ce « pas d'identité propre », de ce « vivre chacun pour soi » ?
    Merci pour l'invitation à faire examen de « mon » manque d'identité et feu monsieur René Lévesque je prie de venir à ma rescousse.
    Sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 octobre 2018 12 h 12

      "Sauf que je l'ignore."Terrible l'ignorance,n'est-ce pas M.Bourdages ?
      "Le grand danger de la soumission,c'est lorsqu'elle devient une habitude,lorsqu'elle s'insinue comme un poison
      paralysant dans les veines,sans meme qu'on s'en apercoive.Alors la résignation est est un fait accompli.
      Le dernier rempart est tombé,la conscience est obscurcie et commence lentement à mourir."
      Propos tiré d'un roman de Henning Mankell.

    • Gaston Bourdages - Abonné 13 octobre 2018 15 h 50

      Merci monsieur Grisé. Vous avez deviné que c'est une scène que j'ai imaginée ? En fait, tout ce qui se trouve entre parennthèses françaises est de l'ordre de mon imagination, celle-ci nourrie par la lecture que nombre de gens font de l'actuelle santé citoyenne prévalent actuellement au Québec. Le vide ne me ronge pas. Ce fût, un temps noir de ma vie, le cas. La nature ayant horreur du vide, vous comprendrez que j'ai eu à le nourrir. Que d'aides j'ai reçues pour ce faire et que de mercis j'ai alors à y formuler ! Je suis privilégié de pouvoir vous « jaser » de la sorte en ce moment. Je me fais une image de la résignation « Les épaules voûtées, le regard perdu, habité par une énorme quête en recherche de savoir où est-ce que je puis déposer la tête ( lire aussi ici le coeur et l'âme ) » J'espère ne jamais avoir à vivre la résignation.
      La conscience, ma conscience j'ai, un temps, obscurcie jusqu'à la rendre à la mort. Je m'arrête ici par respect.
      Gaston Bourdages

  • Jean Lapointe - Abonné 13 octobre 2018 07 h 20

    L'indépendance a de bonnes chances de redevenir la meilleure chose à faire.

    «L’indépendance n’est plus essentielle quand il s’agit de se réaliser sur le plan individuel ici ou ailleurs sur la planète» (Robert Dutrisac)

    Le projet d'indépendance devient justement plus important que jamais pour contrer ce mouvement favorisant surtout la réalisation de soi ici ou ailleurs parce qu' il redonne de l'importance au collectif pourtant indispensable.C'est peut-être une chance que nous avons.

    Et quand on voit la façon dont a été reçue la proposition par la CAQ de faire de l' Etat du Québec un Etat laïc et de fixer des règles concernant les signes religieux révèle que le sens du collectif au Québec est loin d'être disparu.Elle surprend même.

    Par contre les affrontements et non pas les chicanes, comme les appellent certains,avec le gouvernment fédéral, JustinTrudeau, les anglophones du Québec et l'extrême gauche québécoise ne peuvent il me semble que favoriser le renforcement du sens de la collectivité québécoise et non plus uniquement la collectivité canadienne-française et est prometteuse pour l'avenir et pour le Parti québécois parce que, face aux blocages à prévoir, l'indépendance politique a de bonnes chances d'apparaître comme la solution à laquelle faire appel pour s'en sortir.

    L'indépendance a aussi de bonnes chance de redevenir une façon de protéger la langue française surtout à Montréal parce que sa survie est sentie comme menacée et la meilleure façon aussi de faire face aux menaces qui pèsent sur l'environnement parce que le Québec disposerait alors de davantage de moyens pour ce faire et enfin le meilleur moyen de contrôler l'immigration.

    Maintenant que les libéraux ne sont plus au pouvoir,il est maintenant possible de passer à autre chose et le Parti québécois a un rôle important à jouer.

    Avec la CAQ au pouvoir les quatre prochaines années risquent d`être mouvementées comme jamais. L'indépendance a de bonnes chances de réapparaître comme la solution privilégiée par une majorité de Québécois et de Québécoise de toutes ori