Des municipalités répressives face au cannabis

À deux semaines de la première vente légale de cannabis sur le territoire québécois, un mouvement se répand parmi les administrations municipales pour interdire de consommer de la marijuana dans tous les espaces publics.

Déjà, une trentaine de municipalités, qui en font une question d’acceptation sociale et de moralité publique, ont adopté un règlement interdisant de consommer du cannabis partout sur leur territoire et des dizaines d’autres projettent de le faire, dont la Ville de Québec. La consommation ne sera permise que dans les résidences privées et sur leur terrain.

À Montréal, ce sont cinq arrondissements, dirigés par le parti d’opposition Ensemble Montréal, qui ont annoncé mercredi leur intention d’interdire, à divers degrés, la consommation dans les lieux publics, une prohibition à géométrie variable qui dépendra de l’endroit où le Montréalais posera les pieds dans sa ville.

Parallèlement, les associations de propriétaires d’immeubles locatifs invitent leurs membres à interdire aux locataires de fumer de la marijuana chez eux, comme c’est le cas, en toute légalité, pour le tabac.

Dans les villes qui imposeront cette prohibition outrancière, il faut se demander où les locataires pourront griller leur joint. Évidemment, cela soulève un enjeu de justice sociale : contrairement aux propriétaires, les locataires — les jeunes, notamment, qui le sont pour la plupart — n’auront le droit de fumer de la mari nulle part. Quelle absurde situation.

Les directions de santé publique ont déploré cette prohibition tous azimuts. En interdisant la consommation de cannabis à l’air libre pour la confiner dans des lieux clos, on augmente les risques associés à la fumée secondaire, notamment pour les enfants.

Faut-il rappeler que la légalisation du cannabis vise des objectifs de santé publique puisqu’elle permet, notamment, de contrôler la qualité du produit et de lancer des campagnes de sensibilisation en vue d’en diminuer la consommation ? Elle a aussi pour but de briser l’emprise du crime organisé sur la vente de la marijuana. En rédigeant la Loi encadrant le cannabis, le gouvernement Couillard s’est montré inconséquent en laissant des municipalités répressives agir à leur guise au nom de l’autonomie de ces « gouvernements de proximité ». Il ne faut malheureusement pas compter sur le gouvernement Legault pour corriger la situation, lui qui entend interdire aux adultes de 18 à 20 ans de consommer un produit légal.

9 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 octobre 2018 00 h 46

    Le cannabis sera légal...

    ... Il sera simplement interdit d'en consommer (et d'en cultiver)

  • Jacques Morissette - Abonné 4 octobre 2018 04 h 38

    Cette loi sur le cannabis va-t-elle réellement responsabiliser les usagers? Sinon elle sera une loi vide de sens et contradictoire si l'on se fie aux raisons qui poussent le gouvernement dans ce sens, une loi de la démesure?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 octobre 2018 05 h 01

    Un travail d'éducation à faire

    Un propriétaire peut interdire de fumer un joint dans les ascenseurs et les aires communes. Toutefois, le locataire a un droit constitutionnel consommer tout produit légal chez lui. Tout au plus le propriétaire peut-il interdire la _culture_ du cannabis en raison des risques d’incendie.

    Quand à l’interdiction de la consommation sur la voie publique par les municipalités, elle s’appuie sur une méconnaissance des dangers de la fumée secondaire.

    En mai dernier, j’ai écrit le texte ‘Tensions à l’approche de la légalisation du cannabis’ qui répond aux principales appréhensions à ce sujet, dont la question des ‘dangers’ de la fumée secondaire dans les lieux publics.

    Tant que les médias ne feront pas leur devoir sur cette question précise — qui est d’informer le public — les élus croiront bien faire.

    Or que fait Le Devoir ? Il publie des lapalissades comme ‘_L’abus_ de cannabis associé à de faibles résultats scolaires chez les adolescents’ qui contribuent à la paranoïa contre la légalisation du cannabis.

    • Pierre Fortin - Abonné 4 octobre 2018 12 h 01

      Bien d'accord avec vous.

      Pour que la légalisation du cannabis soit réussie, il faudra investir dans une éducation honnête qui s'adresse à l'intelligence, qui reconnaisse la responsabilité première des usagers et surtout celle des plus jeunes qui sont déjà en bonne partie des consommateurs.

      Retenons qu'à cet égard, la loi ne prévoit rien pour eux que des interdictions tout en les maintenant dans un système qui continuera d'en faire des délinquants. Où croit-on qu'ils s'approvisionneront sinon en continuant d'entretenir le marché noir ? Je ne crois pas que cette loi seule constitue une saine contribution au développement de leur personnalité; comment peut-on s'épanouir librement en société quand on est contraint à la clandestinité ? Et qui s'est préoccupé de ce problème à ce jour ?

      Nos politiques semblent croire qu'il y aura une mise à zéro le 17 octobre et qu'on fera table rase du passé. La belle affaire ! La consommation de cannabis est passée dans les mœurs depuis longtemps, que ça nous plaise ou non : le ministre fédéral John Munroe jonglait déjà avec la question de la légalisastion en 1970 ! On ne changepas un mode de vie aussi facilement. Quant à attendre de nos élus la prise en charge de leur pleine responsabilité, on peut encore rêver : le fédéral se décharge sur les provinces, celles-ci sur les municipalités et tout ce beau monde refilera la patate chaude aux profs et à la police sans leur fournir de moyens adéquats. Par contre, on n'a pas manqué de budgéter les profits qui font saliver.

      « Et ne négligeons pas de mentionner l’irresponsabilité volontaire, qui consiste à refuser d’accepter ou de reconnaître ses responsabilités. » — Dmitri Orlov, " Éloge de l’irresponsabilité "

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 4 octobre 2018 08 h 08

    Déconcertant !

    « Faut-il rappeler que la légalisation du cannabis vise des objectifs de santé publique » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De ce « rappel »m il est comme déconcertant que certaines autorités publiques interdisent, dans certains territoires et chez les jeunes, la consommation d’un produit légal !

    Déconcertant ! - 4 oct 2018 –

    Ps. : En passant, mon chat (Tigrou), à peine âgé de 8-9 ans seulement, vient de sortir dehors pour fumer ou manger de l’herbe et s’envoler en l’air avec ses ami.e.s !

  • Jacques Gagnon - Abonné 4 octobre 2018 10 h 01

    Ridicule !

    Qaund on compare cette attitude rétrograde avec la glorification de l'alcool, poison social, sanitaire et poison tout court. Quand on compare le nombre de cas de mortalité dans les urgences causés par l'alcool. On voit notre PM trinquer, on voit prendre des brosses dans les séries et films, on voit trinquer à TLMP. Enfin, ça boit partout et on en rit. C'est scnadaleux. Personne parmi ces nouveaux censeurs ne sait même l'effet du cannabis qui ne se compare en rien avec les ravages de l'alcool. Savez-vous que l'alcool entraîne la mort des cellules du cerveau et engendre la démence éthylique. On pourrait en mettre et en mettre encore sur ce sujet.

    En fait on se comporte comme si le cannabis n'était pas déjà extensivement utilisé, consommé depuis plus de cent ans, ici et ailleurs dans le monde..