Gestion du Fonds vert, un gaspillage climatique

Mis sur pied l’an dernier, le Conseil de gestion du Fonds vert a produit un rapport dévastateur sur l’attribution des sommes de cette cagnotte censée contribuer concrètement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et mettre en oeuvre le Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec.

Dans son rapport préliminaire dont Le Devoir a obtenu copie et qui fut remis en août à la ministre Isabelle Melançon, le Conseil juge que plus de la moitié des actions du Fonds vert menées par quinze ministères et organismes doivent être soit stoppées immédiatement, soit réévaluées ou documentées, car l’information à leur sujet est incomplète ou absente.

Les sommes en jeu sont importantes : jusqu’ici, 2,4 milliards du Fonds vert ont été réservés à ces initiatives sur les 4 milliards qui doivent y transiter d’ici 2020 et 1,3 milliard a été déjà dépensé. Rappelons que ce sont principalement les automobilistes qui alimentent ce fonds à raison d’une ponction évaluée à 4 ¢ le litre d’essence.

Au-delà de ce gaspillage éhonté, le conseil de gestion constate que l’atteinte des objectifs de réduction des GES d’ici 2020 représente un « défi colossal » et que la contribution du Plan d’action à cet égard est beaucoup moins importante que prévu.

Il y a plus de quatre ans, le Commissaire au développement durable sonnait l’alarme sur la mauvaise gestion du Fonds vert : les objectifs des projets chapeautés par différents ministères n’étaient « ni précis ni mesurables ». En décembre 2015, il revenait à la charge en soulignant que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques avait traité la plupart de ses recommandations de façon insatisfaisante.

Devant ce fouillis, le gouvernement Couillard annonçait qu’un conseil de gestion serait chargé de mettre un peu d’ordre dans le Fonds vert.

Or, quatre ans après le premier rapport du commissaire, rien n’est réglé. Le conseil de gestion y va certes de recommandations afin de mieux coordonner l’ensemble des initiatives et revoir les actions touchant les transports et l’aménagement du territoire. Mais on ne sait quand elles seront mises en oeuvre ni même si elles le seront.

Les ministères ont pigé à qui mieux mieux dans le Fonds vert sans se soucier des résultats. Aussi, il faut garantir une plus grande indépendance encore à cette caisse verte dont dépend la lutte contre les changements climatiques.

1 commentaire
  • Denis Carrier - Abonné 21 septembre 2018 08 h 20

    Un gaspillage éhonté


    1,3 milliard (mille trois cents millions!) a été déjà dépensé par le Font vert. Si cette somme avait servi à la transformation de notre parc automobile du pétrole à l’électricité le résultat sur notre bilan de gaz à effets de serre aurait été formidable. Où est donc passé cette somme colossale sans résultats concrets? Je suppose que les «Ti-amis» du parti libéral liés aux pétrolières ont su en profiter. Une telle somme, surtout qu’elle provient des automobilistes, devrait prioritairement servir à ce secteur, d’autant plus qu’il est notre principale source de ges. Ajoutons à cela nos surplus d’électricité propre et notre accès au lithium et aux terres rares et nous avons tous les ingrédients pour un défi des plus intéressants pour nos universités et nos ingénieurs. Qu’attendons-nous?